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Eric Lombard, BNP Paribas : "L'assurance vie est très rentable pour nos clients"

Propos recueillis par Séverine Sollier de La Tribune et Krystèle Tachdjian, de l'Echo de Bruxelles

Publié le 15 octobre 2010 à 07:36 - Mis à jour le 15 octobre 2010 à 07:36

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La banque BNP Paribas exerce le métier d'assureur dans une quarantaine de pays en Europe, en Asie et en Amérique latine. Cette activité a connu une croissance de 22% en 2009 et une bonne progression au premier semestre 2010. Ces derniers mois, le bancassureur a créé une co-entreprise en Italie en assurance dommages, racheté l'ex filiale française d'assurance vie de Dexia et un assureur vie turc. Ses projets : le lancement d'une nouvelle gamme de contrats en "euro diversifié", l'extension de l'assurance...

- L'assurance vie, va-t-elle continuer à croître, compte tenu des nouvelles contraintes de solvabilité et du contexte de taux d'intérêt très bas ?
- L'assurance vie est très rentable pour nos clients. En France et en Belgique par exemple, nos portefeuilles constitués au fil du temps bénéficient d'un rendement très supérieur à celui des produits obligataires et monétaires. La question est de savoir si nous pourrons conserver suffisamment d'actions sur l'actif général pour rendre le fond en euros attractif pour les clients, ou si nous ne le pourrons pas, compte tenu des contraintes de solvabilité.

- Ces nouvelles contraintes liées à Solvabilité 2 vont-elles vous conduire à modifier l'offre d'assurance vie en fonds en euros ?
- Il y a des produits alternatifs d'assurance vie qui émergent. Je pense en particulier à « l'euro diversifié ». C'est un produit sur lequel la garantie en capital n'est pas donnée à tout moment comme sur le fonds en euros, mais uniquement au terme ce qui permet une gestion plus dynamique. Concrètement, ce contrat en euro diversifié est composé de deux parties, le fonds général qui sécurise le capital investi et la provision technique de diversification - en unités de compte- qui donne la sur-performance sur la durée de l'investissement. Donc, il s'agit à la fois d'un produit protecteur et attractif pour le souscripteur, et moins coûteux en fonds propres pour l'assureur.

- Ce produit en "euro diversifié" a été créé en France par une loi de juillet 2005, il avait été décrié à l'époque comme trop complexe, pourquoi ce retournement ?
- Oui, mais depuis, il y a eu la crise financière et solvabilité 2. Le fait de garantir le capital est devenu primordial et la contrainte de fonds propres est devenue plus forte. J'ajoute que la mise en place de système d'information pour gérer ce type de produit est très coûteuse. On ne se lance pas du jour au lendemain dans un tel investissement. Cela explique que la création d'un contrat en euro diversifié ait pris un peu de temps. Il est clair que Solvabilité 2 accélère la réflexion sur les solutions alternatives à l'assurance vie en fonds en euros.

- La directive Solvabilité 2 dans l'assurance doit s'appliquer à partir de janvier 2013, seriez vous favorable à une période de transition avant cette application ?
- En ce qui concerne la préparation technique, il n'y pas de sujet car nous serons prêts pour janvier 2013. Je considère que cet exercice doit se faire à niveau de fonds propres inchangés. Si c'est le cas, ce n'est pas la peine d'avoir une période de transition. Ce serait de toute façon une erreur d'accroître l'exigence de fonds propres car les assureurs européens n'ont eu aucun problème de fonds propres pendant la crise.

- Le secteur de la bancassurance semble rester à l'écart des grandes opérations de fusion-acquisition qui redémarrent actuellement, pourquoi ?
- Je ne vois aucune corrélation entre la taille et le succès. Rappelons nous que Northern Rock était une petite banque, AIG et Citi de grandes maisons. Ma conviction est que la situation restera figée tant que le paysage réglementaire ne sera pas stabilisé. Concernant Bâle 3, il serait absurde de traiter moins bien les grandes banques que les petites. J'espère que les pouvoirs publics n'exigeront pas une couche supplémentaire de fonds propres pour les grandes maisons car ce serait immédiatement récessif. Trop de fonds propres demandés, impliquera moins de crédit dans l'économie.

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- Au deuxième trimestre, le pôle Investment Solutions (gestion d'actifs, banque privée, assurance...) de BNP Paribas a profité du dynamisme du métier assurance avec des revenus en hausse de 21,2%. Quels ont été les principaux moteurs de la croissance ?
- Nous avons réalisé une bonne collecte à travers les différents réseaux de BNP Paribas, qu'il s'agisse de BDDF (Banque de détail en France), et de BNL (Banca Nazionale del Lavoro) en Italie, qui constituent de gros moteurs en épargne. Nous avons également profité d'une très forte croissance de l'épargne en Asie notamment à Taiwan, en Corée et en Inde. Dans le même temps, en France, nous avons préparé le lancement de nouvelles offres.

- De quelles nouvelles offres s'agit-il ?
- Il s'agit notamment d'offres d'assurance qui accompagnent le projet de banque directe de Banque Cetelem, qui a commencé à fonctionner. Nous fournissons déjà à Cetelem des produits d'assurance-emprunteur.et une gamme de produits de protection individuelle. Cetelem va désormais s'équiper d'une offre plus large de produits de protection et développer la vente de produits d'épargne. Nous élaborons aussi de nouvelles offres dans le domaine de la protection et de l'épargne pour BNP Paribas mais ces produits ne sont pas encore lancés. Nous avons encore un très gros travail de préparation à accomplir fin 2010 et en 2011.

- Comment se passe la collaboration avec Ageas, la société d'assurance issue du démantèlement de Fortis ?
Nous avons une très bonne coopération avec Ageas. Je suis d'ailleurs administrateur d'AG Insurance (ndlr : les activités d'assurance belges d'Ageas) dont BNP Paribas détient 25% du capital. Je rencontre régulièrement le management d'Ageas et d'AG Insurance, Bart de Smet, le CEO d'Ageas, Jozef De Mey, le président du conseil d'administration, et Antonio Cano, le CEO d'AG Insurance.

- Votre participation de 25% dans AG Insurance pourrait-elle monter ?
- L'organisation actuelle est satisfaisante. et le partenariat fonctionnent bien. Ce que nous faisons en Italie en assurance dommages, où nous avons une co-entreprise avec Ageas, en est un bon exemple.

- Et quels sont vos projets de développement en Italie pour UBI Assicurazioni, société détenue à 51% par la co-entreprise créée entre BNP Paribas et Ageas?
- Nous avons un partenariat important avec Ageas en Italie dans UBI Assicurazioni en assurance de biens, en assurance automobile et en multirisque habitation. L'acquisition de la participation dans UBI Assicurazioni a été conclue fin 2009. UBI qui est le premier bancassureur dommages en Italie distribuait ses produits au travers de réseau de 2000 agences d'UBI Banca, un des premiers groupes bancaires italiens. Comme toutes les entités présentes sur le marché italien, UBI Assicurazioni a souffert d'une hausse de la sinistralité ces derniers temps. Nous sommes en train de prendre les mesures pour redresser les résultats techniques d'UBI Assicurazioni. Dans un premier temps, nous allons renforcer la relation entre UBI et les réseaux d'UBI Banca en appliquant des méthodes traditionnelles, en l'occurrence franco-belges. Nous sommes très convergents avec Ageas sur la façon de travailler en bancassurance.

- Allez vous étendre l'assurance dommages en Europe ?
- Nous avons aussi des perspectives de travailler avec le réseau de BNL pour distribuer les produits d'assurance d'UBI.. L'idée est d'élargir et faire évoluer la gamme de produits. Si d'autres perspectives de coopération se présentent avec Ageas, nous regarderons favorablement. Nous sommes attentifs à d'autres possibilités de partenariats en Europe mais je ne peux pas en dire plus.

- Faîtes vous de l'assurance dommages ailleurs ?
- Au Brésil avec Cardif, nous avons démarré une activité d'assurance automobile, il y a 1 an. Nous proposons des assurances contre le vol que nous fournissons avec un produit innovant à travers un mécanisme de suivi par satellite des voitures assurées. Nous travaillons en partenariat avec Carrefour, et comptons le faire aussi avec d'autres partenaires. Ailleurs comme au Chili, nous faisons de l'assurance multirisques habitation. Le tremblement de terre nous a d'ailleurs coûté un peu d'argent.

- Et dans le domaine de l'assurance santé ?
Nous avons une offre santé en France qui est vendue à travers le réseau BNP Paribas et qui se développe très bien. Il y a de grandes perspectives dans ce secteur. C'est une activité que nous allons développer en propre en tant qu'assureur. Nous avons aussi une offre santé dans les pays scandinaves, et dans plusieurs autres pays. Le déploiement de la gamme dépend de deux choses : la demande de nos partenaires et la perspective de contribution à nos résultats. BNP Paribas Assurance a récolté 13 milliards d'euros de primes au premier semestre. De nouveaux développements ne font du sens que s'ils contribuent significativement au revenu et au résultat.

- Après le rachat d'une filiale d'assurance vie d'Ageas en Turquie, quelle est votre politique d'acquisition ?
- Ageas a effectivement annoncé qu'il avait signé un accord pour nous vendre sa filiale d'assurance vie en Turquie. Nous étudions actuellement l'intégration de cette acquisition dans notre business plan dans le pays qui est encore en cours d'élaboration. Le groupe BNP Paribas possède déjà en Turquie la banque TEB, la banque Fortis, et Cardif. Nous communiquerons quand la nouvelle organisation sera prête.
Notre politique d'acquisition va rester extrêmement prudente d'abord par ce que notre croissance interne reste très vigoureuse. Nous restons néanmoins attentifs aux opportunités qui se peuvent se présenter.

- Voyez-vous la Turquie comme un marché à fort potentiel ?
- Oui, la Turquie me fait penser à l'Espagne il y a quelques années. C'est un pays avec une élite de grande qualité, des entrepreneurs très dynamiques, un marché important avec une grande proximité avec l'Europe. Cardif Turquie est l'une de nos implantations les plus prometteuses. Une fois l'opération Fortis Emeklilik finalisée, il y aura sans doute la conservation de trois sociétés l'une dédiée à la retraite et aux fonds de pension, l'autre à l'assurance vie et la troisième à la non vie, mais elles seront sous un management commun pour l'assurance.

- Avez-vous envisagé d'acquérir le courtier Fidéa qui appartient à KBC et le portefeuille de contrats d'assurance vie First d'Ethias?
- J'ai vu que ces dossiers étaient en vente mais je ne souhaite pas faire de commentaire.

- Vous venez de vendre Patrimoine Management & Associés (PM&A) votre filiale de distribution et de conseils patrimoniaux acquise en 2005, ce type de structure ne vous intéresse plus ?
- Nous avons vendu notre participation de 56,1% car ce projet de vente nous semblait intéressant et qu'une compagnie comme la notre doit revisiter régulièrement ses participations et ce qui fait sens à l'échelle du groupe. Il n'y avait pas beaucoup de synergies commerciales avec cette plate forme de gestion de patrimoine PMA et BNP Paribas Assurance. Cette vente ne veut pas dire que ce type de structure de distribution ne nous intéresse pas d'une manière générale. Il ne faut pas en tirer de conclusion stratégique. Nous continuons d'avoir, avec la compagnie Cardif, une position très forte dans le monde de la gestion de patrimoniale par le biais des conseillers indépendants.

- Où en êtes vous de l'intégration de la compagnie Dexia Epargne Pension que vous avez racheté début 2010 ?
- Elle se nomme désormais Antin Epargne Pension (AEP). Mais nous ne procédons pas à une intégration car AEP est une plate-forme qui va garder son autonomie. Les travaux sont encore en cours, mais nous avons bien avancé sur la gouvernance. Dans un grand groupe, il faut en effet préserver l'esprit entrepreneurial en fonctionnant sur la base d'entités comme AEP. L'équipe est de grande qualité et elle a réalisé de très belles performances commerciales depuis le rachat. Nous avons conservé le management et nous lui avons donné la responsabilité de l'ensemble de l'activité avec les banques privées, hors BNP Paribas. Les banques privées représentent en effet un volume de collecte important. Et comme elles travaillent en architecture ouverte, elles constituent pour nous un poste d'observation de la concurrence.

- Mais l'activité auprès des banques privées n'est-elle pas difficile à rentabiliser du fait de la demande de taux garantis élevés par la clientèle ?
- La nouvelle réglementation française limite la possibilité de taux garantis élevés. Il est néanmoins exact que les marges dans cette activité sont plus limitées, cela suppose des coûts modestes et donc une équipe légère.

- N'avez-vous pas été candidat au rachat de Barclays Vie en France ?
- Nous regardons les opportunités sur le marché français. Nous venons de revendre PMA et de racheter Antin Epargne Pension. Il faut qu'une opération d'acquisition fasse sens. Notre c?ur de métier reste les conseils en gestion de patrimoine indépendants, les banques privées et les grands partenaires. Nous ne ferons rien avec des agents généraux d'assurance ou un réseau de vendeurs salariés « debouts », ce n'est pas notre modèle.

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- Vous évoquiez les investissements informatiques, qu'en est il de vos investissements en ressources humaines et de vos recrutements ?
- En Europe, nous sommes plutôt dans une phase de stabilisation des effectifs afin d'aboutir à une croissance limitée des frais généraux. En Amérique latine et en Asie où la croissance de l'activité est à deux chiffres, la croissance des frais généraux n'est qu'à un chiffre. Notre modèle économique est fondé sur des collaborateurs à temps plein et pas sur des intérimaires, même si l'intérim nous a permis de faire face à au surcroît d'activité.

Propos recueillis par Séverine Sollier de La Tribune et Krystèle Tachdjian, de l'Echo de Bruxelles

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