Deutsche Bank encaisse sa pire perte depuis 2015 sous le poids de sa restructuration

Par Delphine Cuny  |   |  654  mots
Le directeur général de Deutsche Bank, Christian Sewing (à droite), avec le président du conseil de surveillance, Paul Achleitner, lors de l'assemblée générale en mai 2019. (Crédits : Deutsche Bank)
La première banque allemande a enregistré une perte nette de 3,1 milliards d'euros au deuxième trimestre incluant des charges de 3,4 milliards liées au vaste plan annoncé début juillet, soit la moitié des coûts anticipés. Le groupe, qui compte supprimer 18.000 emplois, a déjà entamé les démarches auprès de 900 personnes. La réaction est mitigée en Bourse.

Le vaste plan de transformation annoncé le 7 juillet par Deutsche Bank a fait lourdement chuté dans le rouge les comptes de la première banque allemande au deuxième semestre. Le groupe avait prévenu qu'une large part des 7,4 milliards d'euros de coûts de cette sévère restructuration, se traduisant par 18.000 suppressions d'emplois sur trois ans, serait affecté dès cette année.

Les résultats du deuxième trimestre publiés ce mercredi 24 juillet incluent ainsi une charge de restructuration de 3,4 milliards d'euros (près de la moitié du total), et font apparaître une perte nette de 3,15 milliards : le résultat aurait été en retrait mais positif de 231 millions d'euros sans ces charges, essentiellement des dépréciations d'actifs et de crédits d'impôts.

Il s'agit de la plus importante perte trimestrielle enregistrée par Deutsche Bank depuis 2015. L'an dernier, Deutsche Bank avait publié son premier bénéfice annuel depuis 2014. L'année 2015 s'était soldée par une perte nette de 6,8 milliards, dont 6 milliards enregistrés au troisième trimestre, sous l'effet de dépréciation et d'une amende.

« Nous avons déjà pris des mesures importantes pour mettre en œuvre notre stratégie de transformation de Deutsche Bank. Celles-ci se reflètent dans nos résultats. Une partie substantielle de nos coûts de restructuration est déjà digérée au deuxième trimestre. En excluant les charges de transformation, la banque serait rentable et, dans nos activités plus solides, les revenus étaient stables ou en croissance » a fait valoir le directeur général, Christian Sewing, cité dans le communiqué.

L'action perd près de 5% ce mercredi à la mi-journée à la bourse de Francfort à 6,83 euros. Sa capitalisation s'élève à 14 milliards d'euros, moins que le spécialiste des paiements Wirecard (18 milliards) et que Société Générale (19,5 milliards d'euros).

La perte est en réalité plus forte que prévu : début juillet, le groupe avait évoqué une perte de 2,8 milliards « seulement » au cours du trimestre achevé.

Révision en baisse des prévisions

Deutsche Bank a également revu en baisse ses prévisions et attend désormais un produit net bancaire inférieur à celui de l'an dernier. Au deuxième trimestre, le produit net bancaire accuse un repli de 6% à 6,2 milliards d'euros. Sur le semestre, il est recul de 7%.

Les activités dans la banque de financement et d'investissement affichent une perte d'un milliard et un fort recul des revenus au deuxième trimestre (-18%), en particulier dans le conseil M&A et l'origination (-30%) et la vente trading (-32%), « du fait de l'anticipation du marché de la réduction stratégique du métier Actions de la banque. » La banque de détail et commerciale ainsi que la gestion d'actifs se portent mieux.

 « L'exécution de la stratégie de transformation de Deutsche Bank est en cours » insiste la banque.

L'établissement indique que les négociations avec BNP Paribas en vue de lui céder ses activités sur les marchés d'actions sont « sur la bonne voie ». L'autre partie qui ne sera pas cédée est en cours de fermeture. L'entreprise a déjà informé 900 personnes que leur poste serait supprimé. Au cours du trimestre, elle a réduit de 600 personnes ses effectifs, désormais de 90.866 employés (équivalents temps plein), soit 4.600 de moins qu'il y a un an.

 « C'est douloureux, mais il était important pour nous de clarifier la situation plutôt que laisser les gens dans le flou. Lorsque notre restructuration nécessitera des réductions supplémentaires, nous ferons tout notre possible pour communiquer nos décisions dès que possible » a déclaré le directeur général dans une lettre aux employés. « Nous ne sommes pas au seulement au début de notre transformation de Deutsche Bank - après deux semaines, nous sommes déjà en plein milieu ! » a-t-il estimé, optimiste.