L'économie ukrainienne continue à tourner malgré trois années de guerre contre la Russie. Agriculture, transport mais aussi infrastructures...des PME françaises participent au fonctionnement du pays qui affiche 4 % de croissance en 2024 malgré la mobilisation d'une partie des actifs.« Cela peut être surprenant vu de Paris, mais l'économie ukrainienne fonctionne de manière quasi-normale. Les gens travaillent, sortent, vont au sport et les entreprises tournent », témoigne Gérard de La Salle. Installé depuis 20 ans à Kiev, cet entrepreneur dirige Alfagro, une entreprise française d'importation de matériel agricole.
Alors que le conflit dure depuis trois ans, cette PME de 20 personnes pour 5 millions d'euros chiffres d'affaires fournit les agriculteurs ukrainiens en véhicules agricoles et pièces détachées françaises et européennes. Comme Alfagro, 180 entreprises françaises de toutes tailles sont implantées en Ukraine, employant près de 30 000 personnes, selon la CCI Franco-Ukrainienne.
Les entraves de la mobilisation militaire
Et 40 % sont des PME et ETI qui doivent jongler entre les bombardements russes et les difficultés de recrutement liées à la loi de mobilisation militaire. Voté l'an dernier, ce texte élargit la base d'actifs mobilisables ce qui tend à geler le marché de l'emploi et à dissuader les commerciaux de prendre la route. En effet, les hommes sans enfant de plus de 25 ans peuvent être mobilisés lorsqu'ils changent d'emploi ou lors d'un contrôle routier inopiné. « Cela complique et limite notre activité, mais on ajuste notre fonctionnement comme le fait le reste de la société ukrainienne qui s'adapte avec une vitesse bluffante », souligne l'entrepreneur qui n'a jamais songé à quitter le pays et arrive à maintenir son activité malgré le contexte.
Le Français est aussi en charge de piloter la commercialisation de la start-up charentaise Elicit Plant qui a mis au point un produit réduisant de 20 % la consommation d'eau des plantes de grandes cultures. Si elle compte aujourd'hui 80 salariés, trois millions d'euros de chiffre d'affaires et une levée record de 45 millions d'euros, elle n'était qu'une jeune pousse quand elle a décidé en 2022 de faire don à des agriculteurs ukrainiens de l'équivalent de 200 000 euros de son produit innovant. « C'était un vrai pari qui s'est avéré payant puisque nous devrions signer cette année avec des distributeurs pour démultiplier nos ventes en Ukraine », salue Gérard de La Salle.
Pierre Cheminade, avec Nathalie Jourdan, Olivier Mirguet, Florine Galéron et Annelot Huijgen