Négociations sur l'Ukraine : l'Europe écartée par les États-Unis et la Russie

Les échanges ce mardi entre le secrétaire d'État américain et le ministre des Affaires étrangères russe ont duré 4h30.
Reuters/Evelyn Hockstein

Les échanges ce mardi entre le secrétaire d'État américain et le ministre des Affaires étrangères russe ont duré 4h30.
Reuters/Evelyn Hockstein
4H30 d'échanges sans l'Union européenne et l'Ukraine... pour discuter de la paix en Ukraine. Cette absence, lors des pourparlers russo-américains à Ryad en Arabie saoudite ce mardi, interroge, voire agace les chancelleries du Vieux Continent.
Pas de quoi embarrasser Marco Rubio, secrétaire d'État des États-Unis, et Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Russie, qui semblaient satisfaits de leurs d'échanges. Les premiers à ce niveau diplomatique entre les deux puissances depuis février 2022.
Les deux hauts diplomates se sont en effet entendus sur un « mécanisme de consultation » et comptent nommer des négociateurs pour le règlement de cette guerre. Marco Rubio s'est même dit « convaincu » que la Russie voulait s'engager dans un « processus sérieux » pour mettre fin à la guerre, tout en rappelant qu'un accord sur l'Ukraine devrait être « acceptable » pour tous.
« L'administration Trump II a besoin d'un succès rapide, et la Russie a besoin de sortir de son image de fauteur de guerre. Pour les deux pays, stratégiquement, il faut que les premiers communiqués soient positifs pour la bonne tenue de la suite des négociations », observe d'emblée Cyrille Bret, chercheur associé « Russie et Europe orientale » à l'Institut Montaigne, interrogé par La Tribune.
Mais pour le moment, l'allant russo-américain n'est pas partagé par le principal concerné: en marge d'un entretien avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan cette après-midi, le président ukrainien a dénoncé des pourparlers « sur l'Ukraine sans l'Ukraine », et a réclamé des échanges « équitables » qui incluent l'UE, le Royaume-Uni et la Turquie. Et d'annoncer dans la foulée le report au « 10 mars » de sa visite en Arabie saoudite, prévu normalement mercredi.
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« Ce n'est pas étonnant que Volodymyr Zelensky hausse le ton. Le sort d'un pays dépend de celui-ci, il ne peut pas être décidé par qui que ce soit d'autres. Ce format de pourparlers est juridiquement et géopolitiquement scandaleux », juge l'expert. Si Washington et Moscou ont pourtant assuré que Kiev participerait aux pourparlers « en temps voulus », pour Cyrille Bret, « la réussite des négociations ne pourra se faire qu'en intégrant rapidement l'Ukraine et l'UE. C'est indispensable ».
Surpris la semaine dernière par leur exclusion des discussions, plusieurs dirigeants européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Italie, etc), se sont réunis en urgence à Paris ce lundi. Selon un relevé de conclusions interne aux autorités françaises, consulté par l'AFP, les participants ont tracé certaines lignes rouges dans ces négociations. « Rien sur l'Ukraine sans l'Ukraine », « rien sur la sécurité européenne sans les Européens », pouvait-on notamment lire sur ce document.
« Pour le moment l'Union européenne est en division 2 de ces négociations. De la part des États-Unis, c'est totalement mépriser le statut géopolitique de l'UE, qui est dans les premières économies du monde », explique le chercheur associé.
Mais malgré sa détermination et son unité, l'UE peut-elle espérer entrer dans le ring ? « La situation est très évolutive, mais je pense que l'UE va y arriver », répond Cyrille Bret. Il précise : « Les États-Unis le savent très bien : lorsque le conflit sera terminé, ils auront besoin de l'Europe pour mettre en place des contrôles des armements et surtout des aides et des infrastructures pour reconstruire l'Ukraine. »
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Le sujet des sanctions européennes est aussi un levier pour l'UE. D'ailleurs, Marco Rubio le sait, tout autant que Sergueï Lavrov. « Il y a d'autres parties qui ont des sanctions contre la Russie, l'Union européenne devra être à la table à un moment donné parce qu'ils ont aussi des sanctions », a-t-il exprimé ce mardi.
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