Fortement impacté depuis deux ans par la crise sanitaire, le brasseur alsacien, filiale du groupe danois Carlsberg, fait face à des hausses significatives des coûts des matières premières. A cela s'ajoute l'augmentation de 4,4 % des salaires. La nouvelle donne économique impose un repositionnement haut de gamme sur des produits à forte valeur ajoutée.Comment répercuter la flambée des coûts des matières premières sans entrer en conflit avec ses distributeurs ? Kronenbourg, filiale française du brasseur danois Carlsberg, mène en ce début d'année des négociations délicates avec ses acheteurs de la grande distribution. Le 4 février, en marge de la publication de ses résultats trimestriels, la maison mère a évalué l'augmentation en cours de ses coûts de production "entre 10 % et 12 %". Pour compenser cet effet négatif, le groupe danois, numéro 3 mondial avec des marques telles que Kronenbourg, 1664, Tuborg, Grimbergen ou Baltika, n'a pas nié sa tentation de vendre ses bières plus cher.
"Les prix du malt, du houblon, de l'énergie, les emballages, tout a augmenté. Je ne sais pas si nous pourrons répercuter nos coûts sur nos prix de vente cette année. Nous sommes au milieu de nos négociations avec nos clients", prévient Anders Roed, président de Kronenbourg. "Nous serons un peu moins impactés (que les autres entités du groupe Carlsberg, NDLR) parce que la plupart de nos ingrédients sont locaux. Nous souffrons moins de l'augmentation des prix de transport que les autres brasseries, notamment en Europe de l'Est", tempère ce Norvégien, nommé le 6 janvier 2022 à la tête du premier brasseur français. Lors de son arrivée à Obernai, en pleine négociations salariales, il a été accueilli par des ouvriers en grève. "Cela ne m'a pas vraiment surpris. L'entreprise a subi dix longs jours de grève. Je ne me suis pas impliqué dans la résolution du conflit, je venais juste d'arriver", reconnaît Anders Roed. Le 31 janvier, l'entreprise (1.000 salariés dont 700 à Obernai) a conclu avec ses organisations syndicales majoritaires un accord budgétaire prévoyant 4,4 % d'augmentations générales et individuelles.
Fermeture des cafés
Après deux années de crise sanitaire, Kronenbourg veut relancer ses investissements mais les équilibres financiers l'incitent à la prudence. Le chiffre d'affaires de la brasserie a chuté de 958 millions d'euros en 2019 à 844 millions d'euros en 2020. Kronenbourg annoncera le 5 avril ses résultats financiers pour l'année 2021, qui devraient être stables. "Nous sortons de deux années compliquées. On a dû baisser la production, les ventes ont baissé de 10 %. Les cafés, hôtels et restaurants (CHR), qui représentent 30 % de notre marché, ont été fermés plusieurs mois. La grande distribution a seulement permis un rattrapage partiel de ces pertes", confirme Anders Roed.