Prix du porc : pourquoi Le Foll ne décolère pas

Par latribune.fr  |   |  749  mots
Stéphane Le Foll n'a pas cherché à minimiser sa "colère", suite à la décision des producteurs bretons de renoncer au prix minimum de 1,40 euro le kilo, réclamé par le gouvernement depuis le début de l'été pour les aider à sortir de la crise. Credit : REUTERS/Alain Jocard
Le ministre de l'Agriculture était très remonté vendredi suite à la décision de l'Union des éleveurs de porc bretons de ne pas maintenir l'objectif de prix d'1,40 euro que le gouvernement avait pourtant négocié pour eux. "En colère" aussi que les éleveurs n'envisagent pas la compétitivité autrement que par la baisse des prix.

C'est un ministre de l'Agriculture exaspéré qui a répondu aux questions de Jean-François Achilli concernant la volte-face des éleveurs bretons sur le prix du porc vendredi 25 septembre sur France Info. Avec force soupirs, Stéphane Le Foll n'a pas cherché à minimiser sa "colère", suite à la décision des producteurs bretons de renoncer au prix minimum de 1,40 euro le kilo, réclamé par le gouvernement depuis le début de l'été pour les aider à sortir de la crise.

Jeudi soir, à la surprise générale, l'Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB) a en effet abandonné l'objectif d'1,40 euro, pourtant négocié pour leur venir en aide. Ils ont dit craindre qu'un prix trop élevé par rapport à celui du porc d'importation ne se traduise par la disparition à terme du marché du porc breton (MPB) de Plérin. C'est une véritable "Bourse du cochon" : le cours de ce marché au cadran situé dans les Côtes d'Armor sert de référence nationale pour les prix du porc depuis ...1972 !

"Chacun assumera ses responsabilités"

"Les producteurs de porc avaient demandé à ce qu'on revalorise les prix compte-tenu de la difficulté dans laquelle ils étaient. On avait trouvé un accord commun entre les producteurs, les industriels et la grande distribution. On a mis en place des stratégies avec la valorisation des viandes françaises et du porc français..", a énuméré le ministre.

"Et là, hier (...) C'est l'Union des groupements de producteurs bretons qui a demandé à ce que le prix baisse. Très clairement !... A partir de là, chacun assumera ses responsabilités", a-t-il prévenu.

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Le ministre de l'Agriculture en a ensuite profité pour rappeler qu'il avait fait des propositions pour mettre fin à la crise. La contractualisation, qui devait permettre à la filière de lier des contrats tripartites entre éleveurs, industriels et grande distribution, intégrant des volumes et des prix. La création de "caisses de sécurisation" dotées de conditions fiscales avantageuses devaient les protéger en permettant de partager les risques liés à la fluctuation du marché.

 Maintenir à tout prix la "Bourse du cochon"

Au lendemain de la décision de l'Union des producteurs, le prix au kilo a donc baissé de 3,30 centimes, à 1,3444 euros au marché au cadran du porc breton (MPB) de Plérin vendredi. Bien loin du seuil d'1,40 euro exigé par le gouvernement. Jeudi, la cotation avait été suspendue à cause du retrait de deux abattoirs, Abera (groupe Sofiprotéol) et Bernard (Jean Floc'h) -imitant ainsi la Cooperl et Bigard qui refusaient de payer le kilo à ce prix.

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 C'est donc devant la pression de ces abattoirs que l 'UGPVB a décidé de demander aux abatteurs présents au marché de ne plus acheter à 1,40 euros le kilo. "Si nous n'avions pas pris cette décision, c'était le dernier marché au MPB aujourd'hui ", s'est justifié le président, Michel Bloc'h.

"On souhaite que le marché refonctionne normalement. Si on continue dans cette voie, il n'y aura plus de marché, les opérateurs n'y viendront plus, en raison de la déconnexion avec les prix pratiqués dans les autres pays producteurs européens", a-t-il ajouté.

Une position "inacceptable" pour Didier Lucas, le patron de la FDSEA dans les Côtes-d'Armor, pour qui "le syndicalisme ne peut pas accepter de baisse des prix".

 Le président poussé à la démission ?

Après cette annonce, Daniel Picart, qui présidait le MPB depuis cinq ans, a dénoncé devant le conseil d'administration la "trahison" qui le poussait à démissionner. Il a été remplacé par François Pot, par ailleurs président du groupement de producteurs de porcs Porélia.

Dans un courrier retransmis à la radio France Bleu, l'ex-président du Marché n'a pas mâché ses mots : "Étant « lâché » par mon propre camp, y compris mon groupement Aveltis, je ne me présenterai donc pas à l'élection du futur président du MPB." Il rappelle que sous sa mandature, trois abattoirs ont été placés en faillite, qu'il a connu plusieurs crises et ajoute :

"Depuis six mois, nous subissons toutes sortes de pressions, politiques, syndicales, économiques. Et malgré ça, le MPB [Marché au porc breton] est toujours debout."

Et d'avancer qu'il tombe pour permettre le retour des abattoirs Cooperl et Bigard.

(avec AFP)