Porc : la hausse du prix de l'alimentation animale va-t-elle achever les éleveurs ?

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Après la grande distribution, puis le conflit actuel avec les industriels-transformateurs, les producteurs de cochon doivent composer avec les fabricants d'alimentation animale et leur hausse du prix.
Après la grande distribution, puis le conflit actuel avec les industriels-transformateurs, les producteurs de cochon doivent composer avec les fabricants d'alimentation animale et leur hausse du prix. (Crédits : Reuters)
Alors que la bataille sur le prix du porc engendre une crise sans précédent, les éleveurs subissent un alourdissement de leur coût de production: le prix de l'alimentation animale augmente entre +2% et +4%.

C'est un nouveau coup de massue pour les éleveurs de porc. Le prix de l'alimentation animale, qui représente 70 % du coût de production du cochon, repart à la hausse depuis une semaine. Selon plusieurs témoignages, l'augmentation du prix de la tonne, qui tourne actuellement autour de 245 euros au prix acheté par les éleveurs, serait comprise entre 5 et 10 euros, soit une hausse comprise entre 2% et 4%. Une mauvaise nouvelle pour les agriculteurs alors qu'ils font face à une situation de crise sans précédent.

Nouveau front pour les éleveurs

Nouveau face à face, donc, pour les éleveurs de porc. Après la grande distribution, puis le conflit actuel avec les industriels-transformateurs, les producteurs de cochon doivent composer avec les fabricants d'alimentation animale et leur hausse du prix. Pour essayer d'arrondir les angles, ces deux acteurs se sont retrouvés ce jeudi en marge de la seconde séance de cotation hebdomadaire du Marché breton du porc de Plérin, où le prix du kilo est resté stable, à 1,389 euro, en dessous du prix de référence à 1,40 euro.

Mais les discussions entre les deux parties sont restées stériles, autant que la réunion qui s'est tenue au ministère de l'Agriculture, entraînant une nouvelle source d'inquiétude pour les producteurs de porc.

Un marché spéculatif

Comment expliquer cette envolée ? L'alimentation animale est composée à 90 % de matières premières, principalement des céréales, selon les fabricants. Le prix de celles-ci est soumis à la loi du marché. Pourtant achetées sur un marché à terme, qui devrait assurer une stabilité des prix, les nombreux aléas engendrent une forte volatilité du tarif des matières premières :

« Nous sommes dans un secteur très concurrentiel. Par ailleurs nous achetons sur un marché international, sur lequel l'offre et la demande n'est plus la seule donnée. La spéculation est forte en fonction des événements, comme la situation météorologique, la crise de l'euro, les conflits, le niveau du dollar, ou les soubresauts de l'économie chinoise », explique Laurent Morin, délégué générale de Nutrinoë, une structure qui représente les entreprises de la nutrition animale bretonnes.

Ces marchés sont donc concurrentiels et spéculatifs, ce qui peut donner des situations paradoxales. Par exemple, la bonne récolte mondiale de céréales prévue en 2015, à 723 millions de tonnes, soit 1 % environ (8 millions de tonnes) de moins que le record de 2014, alors que la demande diminue en Chine, ne garantit pas une baisse des prix.

Hausse du prix des matières premières

Selon Laurent Morin, après une forte baisse enregistrée entre le début de l'année 2013 et le mois de septembre 2014, le prix des matières premières céréales est reparti à la hausse : +26 % pour le blé, + 24 % pour le maïs, +11% pour le soja, +18% pour le colza. (Ces données sont fournies pour le fabricant et ne peuvent pas se croiser avec celles de l'Insee car l'institut fait une moyenne globale de l'évolution du prix des céréales.)

Parallèlement à l'augmentation du prix des céréales, celui de l'alimentation animale, produite par les fabricants à partir de ces matières premières puis vendue aux éleveurs, a baissé.

Une mécanique visant à lisser l'impact de la variation des prix

Cette mécanique, qui peut apparaître antagoniste, a une explication : « notre objectif est de lisser sur le long terme la volatilité des prix, qu'ils soient à la hausse ou à la baisse, afin de perturber le moins possible le secteur », détaille M. Morin.

Mais après neuf mois de hausse des matières premières, il fallait « à un moment ou à un autre répercuter l'augmentation sur nos produits », poursuit le représentant de Nutrinoë. Les différentes entreprises de l'alimentation animale ont « selon des stratégies individuelles », insiste M. Morin, suivi cette tendance depuis la semaine dernière, concédant cependant que cette hausse tombe « au mauvais moment pour les éleveurs ».

On peut cependant s'interroger sur le timing de cette répercussion. "Comme tout le monde, nous essayons de perdre le mois d'argent possible", nous répond-t-on du côté des fabricants, réfutant une quelconque entente.

Répercussion sur les éleveurs

Les éleveurs encaissent difficilement cette évolution. « Nous en avons marre d'être la variable d'ajustement. C'est un coup de marteau sur la tête », se désole François Valy, responsable de la filière porc à la FRSEA Bretagne.

Selon le calcul du représentant syndical, pour une exploitation type de 4 700 porcs, soit 200 truies, le coût annuel de l'alimentation animale est d'environ 294 000 euros. Ce qui signifierait, avec une hausse moyenne de 7 euros la tonne, une facture alourdie de 8.400 euros, à 302.400 euros pour l'année. soit une hausse de près de 3%.

Pire, dans le contexte actuel, les invendus générés par le boycott des deux grands industriels-acheteurs de porcs, Bigard et Cooperl, entraînent mécaniquement une hausse de la facture : il faut bien nourrir les bêtes qui ne vont pas à l'abattoir. « C'est une double sanction. Il faut continuer à alimenter nos porcs tout en faisant face à une hausse du prix », estime M. Valy.

"On ne peut pas travailler à se répartir la misère"

Pourtant, fabricants d'alimentation animale et éleveurs expliquent que leur destin est lié : « Si nos clients ne sont plus là, nous allons également disparaître, avance le représentant de Nutrinoë. On ne peut pas travailler à se répartir la misère », assure-t-il.

Pour preuve du soutien aux éleveurs, les fabricants mettent en avant leur « contribution à la trésorerie des agriculteurs ». Ainsi, le délai de paiement accordé aux éleveurs par les fabricants d'alimentation animale a augmenté de 20 jours en un an en Bretagne. Il faut désormais, en moyenne, 55 jours à un fabricant pour espérer voir la facture de l'éleveur réglée. Conséquence, l'ardoise s'élève à 130 millions d'euros pour les acteurs bretons, une hausse de 40 millions par rapport à l'année dernière. C'est 44 % d'augmentation. Un chiffre qui traduit l'immense difficulté de l'ensemble de la filière et qui pourrait bien achever certaines exploitations.

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a écrit le 24/08/2015 à 14:10 :
On entend dire les animaux ça pète, ça n’est pas écologique il faut taxer la viandes dans des colloques internationaux. N’avons-nous pas des suicideurs sociaux à l’œuvre à mettre en instituts ? Dans une société européenne sans réformes à 25 à 50% de jeunes sans emploi, ne devrait-on faire des pré-retraite puisqu’on augmente les fonctionnaires et les chômeurs ?
a écrit le 23/08/2015 à 15:26 :
au vue de la qualité tres mauvaise un retour au (bio) s impose les marchands d aliments se gavent
Réponse de le 01/12/2015 à 11:05 :
Non seulement les marchands d'aliments ne se gavent pas, comme la grande majorité des entreprises de la production animale (dont les marges sont nettement inférieures à la moyenne des entreprises françaises), mais le bio n'est pas une solution à tous les maux: l'élevage bio consomme plus d'aliment et à un impact environnemental plus fort lorsque on l'exprime en fonction des quantités produites. De plus le bio n'est intéressant que par ce que la production est très soutenue, si l'ensemble des élevages se convertissent, l'avantage ne sera pas du tout le même !
a écrit le 23/08/2015 à 14:01 :
Le but de l’Etat est-il de flinguer la filière porc ? On entend dire, les vaches produisent du méthane, il faut augmenter les prix de la viande pour une question d’effet de serre. A 604h par habitant, est-ce un modèle mondial alors qu’on parle du travail le dimanche, du travailleur du dimanche ou bien dudit manche ? Il y aurait des fonctionnaires en double emplois voire fictifs. Si l’Etat relance l’emploi, n’a-t-il pas relancé le chômage ? Pour la question sociale, on parle de réduction téléphonique pour des téléphones fixes à des gens sans logement, n’est-ce pas absurde ?
Les filières françaises à subventions ne fonctionneraient pas, et en Allemagne elles fonctionneraient sans subvention?
a écrit le 23/08/2015 à 12:18 :
Quand le marché Européen sera sur une vérité des prix , sans pac , alors le marché retrouvera sa croissance naturelle et les éleveurs et agriculteurs pourront réellement vivre de leurs efforts . Pas d'autres alternative pour que cela change durablement .
a écrit le 22/08/2015 à 23:27 :
En fait, le rechauffement climatique, les guerres un peu partout et la dépression économique rendent les produits agricole de plus en plus difficile a produire. Nous sommes bientot 8 milliard d'habitants et les ressources de la planète commencent a devenir de plus en plus rare. Le mieux est de prévoir un peu de stockage, et d'avoir si possible son jardin, son puit et sa vache. Beaucoup de gens ont faim en particulier en Afrique et en Orient, et ils viennent manger leur pain ou ils peuvent, c'est normal mais tellement terrible...
a écrit le 22/08/2015 à 17:38 :
surtout ... la hausse des taxes en tous genres va achever les éleveurs ! La hausse du prix de l'alimentation animale est la même dans tous les pays d'europe ... mais chez nous, pour un agriculteur / éleveur ... on paye un fonctionnaire, sans compter les nombreux soucis administratifs!
C'est assez rigolo de voir Mme Royal se préoccuper du gâchis alimentaire sachant que c'est l'état qui diminué les dates de péremption !
Réponse de le 22/08/2015 à 21:04 :
C'est assez rigolo de voir Mme Royal se compromettre dans ce gouvernement Vallsarkozy ll.
L'on aurait pensé qu'elle fut plus lucide !
Réponse de le 22/08/2015 à 23:00 :
Pourquoi des taxes ? Car l'état doit rembourser des interets sur des dettes publiques ! Et pourquoi les dettes publiques ? La loi de Giscard-Pompidou de 1973, mais est ce normal qu'un état emprunte auprès de banques privées ? Sans les dettes publiques, l'état n'aurait pas besoin de telles taxes...à méditer.
a écrit le 22/08/2015 à 14:43 :
Lors de la mise en place de la politique agricole, bien avant la PAC, le rythme établi était de 5 % l'an pour l'extinction des exploitations. Le départ étant de 4 millions de fermes en 1940. Par la suite avec la baisse qui en résultat, il aurait fallu augmenter le rythme pour passer à 10 %. On ne l'a pas fait. Chirac, passé un certain succès, a consacré le budget européen à d'autres choses tandis qu'un maléfique José Bové est venu se faire de la publicité à bon compte sous prétexte de "tenir" les agriculteurs pour le compte du gouvernement. Le résultat est que nous disposons d'un nombre trop grand d'exploitations alors que nos voisins qui ont suivi le processus "normal" ,et, ayant eut comme objectif constant de se prémunir de nous, en fait, nous dépassent en productivité. Pour éviter les coupes sombres trop rapides qui tiendraient du rattrapage nécessaire, l'on a de surcroît posé une limite pour toutes les exploitations franaçaises bétail ou porc. Ce faisant les précurseurs au modernisme sont eux aussi freinés tandis que les entreprises de l'agroalimentaire prises entre deux feux choisissent par nécessité de ne plus continuer à jouer au père noêl en achetant français plus cher. Cette option qui a fonctionné auprès du public un temps n'est plus pertinente avec la crise. Bien entendu nos concurrents n'acceptent pas plus que l'on subventionne les agriculteurs français qui ont reçu à la base la plus grosse part du budget européen. Les paysans concernés manifestent eux de façon groupée alors que beaucoup n'ont aucune raison de se plaindre mais ne veulent pas que les autres les égalent par des subventions éventuelles. La solution qui consisterait à laisser les choses suivre leur cours amènerait à une grande révolte. Cependant pour agir il convient d'adopter une action chirurgicale : traitant un à un des petits problèmes là où ils se posent. Accélérer les solutions "notariales" tout d'abord pour régler les problèmes de ceux qui veulent sortir mais ne le peuvent pas. Financer par des structure ad hoc la technologie et y associer le plus d'exploitants possibles en regroupement. Favoriser le transfert en associé des exploitations vers les transformateurs, ainsi de suite. L'idée première étant plus de continuer à gagner sa vie que de poursuivre le même métier. S'il faut organiser le partage des meilleures pratiques en ce sens il est important par contre de laisser agir en liberté les nouvelles régions. Ce sont ces représentants qui devraient désormais aux côtés du Ministre envisager les moyens nécessaires. La réponse est forcément collective.
a écrit le 22/08/2015 à 14:00 :
"Comme tout le monde, nous essayons de perdre le moins d'argent possible".
J'ai essayé, ça ne marche pas, je suis revenu à des activités qui gagnent de l'argent.
a écrit le 22/08/2015 à 12:26 :
Non, c'est surtout la pression fiscale et autre prélèvements et taxes indirectes ...qui les ont déjà affaibli....!
Réponse de le 22/08/2015 à 14:10 :
Qui les migrants ?
Réponse de le 22/08/2015 à 15:12 :
Vous dites n'importe quoi, en France, les taxes et impots ont toujours été importants, rien n'a changé de ce coté...Non ce qui a changé, c'est l'exportation vers la Russie et la fin de certaines subventions de la PAC.
a écrit le 22/08/2015 à 8:27 :
Pour relancer la consommation du porc, la solution serait de conditionner l’accueil des migrants a un repas d'intégration. En entrée, pâté ou rillettes de porc et rôti de porc en plat de résistance.
Réponse de le 22/08/2015 à 9:11 :
Très bonne idée ! +1000
Réponse de le 22/08/2015 à 10:22 :
Bof, j'en achetais une fois par an, du cochon, mais la viande ne me plait pas trop. Peut-être que je ne sais pas bien la cuire, ou que le critère principal est le prix, 3,3 euros trois côtes sans os, c'est vraiment pas cher, étonnant quand même. Mais je réfère l'agneau, le bœuf, le poisson.
Faudra quand même un jour que j'aille en boucherie voir si certains n'auraient pas du bon porc, plus cher mais goûteux.
Poulet avec label, sinon pas la peine. Mon père préférait le poulet pas cher tout mou, aucun intérêt culinaire ni gustatif.
(évitez de proposer de la vache aux Indiens, sacrée vache. J'espère que les sièges des Rafales ne sont pas en cuir naturel).
Vous êtes bien accueillant avec votre repas. Vous les accueillez les migrants d'habitude ? Quel zèle.
Réponse de le 22/08/2015 à 14:02 :
"Evitez de proposer de la vache aux Indiens, sacrée vache, j'espère que les sièges des Rafales ne sont pas en cuir naturel." Prix Humour 2015, @Photo73 !
Réponse de le 22/08/2015 à 14:06 :
Les musulmans de mangeant pas de porc, ce n'est pas la bonne solution car très peu alors pourrait fouler notre territoire.
Réponse de le 22/08/2015 à 15:16 :
s'intégrer en France, c'est manger du porc et boire du vin rouge ? prix de l'humour 1942.

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