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Porc: la hausse du prix de l'alimentation animale va-t-elle achever les éleveurs?

Maxime Hanssen

Publié le 22 août 2015 à 05:03 - Mis à jour le 14 septembre 2015 à 15:11

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Alors que la bataille sur le prix du porc engendre une crise sans précédent, les éleveurs subissent un alourdissement de leur coût de production: le prix de l'alimentation animale augmente entre +2% et +4%.

C'est un nouveau coup de massue pour les éleveurs de porc. Le prix de l'alimentation animale, qui représente 70 % du coût de production du cochon, repart à la hausse depuis une semaine. Selon plusieurs témoignages, l'augmentation du prix de la tonne, qui tourne actuellement autour de 245 euros au prix acheté par les éleveurs, serait comprise entre 5 et 10 euros, soit une hausse comprise entre 2% et 4%. Une mauvaise nouvelle pour les agriculteurs alors qu'ils font face à une situation de crise sans précédent.

Nouveau front pour les éleveurs

Nouveau face à face, donc, pour les éleveurs de porc. Après la grande distribution, puis le conflit actuel avec les industriels-transformateurs, les producteurs de cochon doivent composer avec les fabricants d'alimentation animale et leur hausse du prix. Pour essayer d'arrondir les angles, ces deux acteurs se sont retrouvés ce jeudi en marge de la seconde séance de cotation hebdomadaire du Marché breton du porc de Plérin, où le prix du kilo est resté stable, à 1,389 euro, en dessous du prix de référence à 1,40 euro.

Mais les discussions entre les deux parties sont restées stériles, autant que la réunion qui s'est tenue au ministère de l'Agriculture, entraînant une nouvelle source d'inquiétude pour les producteurs de porc.

Un marché spéculatif

Comment expliquer cette envolée ? L'alimentation animale est composée à 90 % de matières premières, principalement des céréales, selon les fabricants. Le prix de celles-ci est soumis à la loi du marché. Pourtant achetées sur un marché à terme, qui devrait assurer une stabilité des prix, les nombreux aléas engendrent une forte volatilité du tarif des matières premières :

«Nous sommes dans un secteur très concurrentiel. Par ailleurs nous achetons sur un marché international, sur lequel l'offre et la demande n'est plus la seule donnée. La spéculation est forte en fonction des événements, comme la situation météorologique, la crise de l'euro, les conflits, le niveau du dollar, ou les soubresauts de l'économie chinoise », explique Laurent Morin, délégué générale de Nutrinoë, une structure qui représente les entreprises de la nutrition animale bretonnes.

Ces marchés sont donc concurrentiels et spéculatifs, ce qui peut donner des situations paradoxales. Par exemple, la bonne récolte mondiale de céréales prévue en 2015, à 723 millions de tonnes, soit 1 % environ (8 millions de tonnes) de moins que le record de 2014, alors que la demande diminue en Chine, ne garantit pas une baisse des prix.

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Hausse du prix des matières premières

Selon Laurent Morin, après une forte baisse enregistrée entre le début de l'année 2013 et le mois de septembre 2014, le prix des matières premières céréales est reparti à la hausse : +26 % pour le blé, + 24 % pour le maïs, +11% pour le soja, +18% pour le colza. (Ces données sont fournies pour le fabricant et ne peuvent pas se croiser avec celles de l'Insee car l'institut fait une moyenne globale de l'évolution du prix des céréales.)

Parallèlement à l'augmentation du prix des céréales, celui de l'alimentation animale, produite par les fabricants à partir de ces matières premières puis vendue aux éleveurs, a baissé.

Une mécanique visant à lisser l'impact de la variation des prix

Cette mécanique, qui peut apparaître antagoniste, a une explication : « notre objectif est de lisser sur le long terme la volatilité des prix, qu'ils soient à la hausse ou à la baisse, afin de perturber le moins possible le secteur », détaille M. Morin.

Mais après neuf mois de hausse des matières premières, il fallait « à un moment ou à un autre répercuter l'augmentation sur nos produits », poursuit le représentant de Nutrinoë. Les différentes entreprises de l'alimentation animale ont « selon des stratégies individuelles », insiste M. Morin, suivi cette tendance depuis la semaine dernière, concédant cependant que cette hausse tombe « au mauvais moment pour les éleveurs ».

On peut cependant s'interroger sur le timing de cette répercussion. "Comme tout le monde, nous essayons de perdre le mois d'argent possible", nous répond-t-on du côté des fabricants, réfutant une quelconque entente.

Répercussion sur les éleveurs

Les éleveurs encaissent difficilement cette évolution. « Nous en avons marre d'être la variable d'ajustement. C'est un coup de marteau sur la tête », se désole François Valy, responsable de la filière porc à la FRSEA Bretagne.

Selon le calcul du représentant syndical, pour une exploitation type de 4 700 porcs, soit 200 truies, le coût annuel de l'alimentation animale est d'environ 294 000 euros. Ce qui signifierait, avec une hausse moyenne de 7 euros la tonne, une facture alourdie de 8.400 euros, à 302.400 euros pour l'année. soit une hausse de près de 3%.

Pire, dans le contexte actuel, les invendus générés par le boycott des deux grands industriels-acheteurs de porcs, Bigard et Cooperl, entraînent mécaniquement une hausse de la facture : il faut bien nourrir les bêtes qui ne vont pas à l'abattoir. « C'est une double sanction. Il faut continuer à alimenter nos porcs tout en faisant face à une hausse du prix », estime M. Valy.

"On ne peut pas travailler à se répartir la misère"

Pourtant, fabricants d'alimentation animale et éleveurs expliquent que leur destin est lié : « Si nos clients ne sont plus là, nous allons également disparaître, avance le représentant de Nutrinoë. On ne peut pas travailler à se répartir la misère », assure-t-il.

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Pour preuve du soutien aux éleveurs, les fabricants mettent en avant leur « contribution à la trésorerie des agriculteurs ». Ainsi, le délai de paiement accordé aux éleveurs par les fabricants d'alimentation animale a augmenté de 20 jours en un an en Bretagne. Il faut désormais, en moyenne, 55 jours à un fabricant pour espérer voir la facture de l'éleveur réglée. Conséquence, l'ardoise s'élève à 130 millions d'euros pour les acteurs bretons, une hausse de 40 millions par rapport à l'année dernière. C'est 44 % d'augmentation. Un chiffre qui traduit l'immense difficulté de l'ensemble de la filière et qui pourrait bien achever certaines exploitations.

Maxime Hanssen

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