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Crise du porc : les éleveurs refusent d'être les otages des abattoirs

latribune.fr

Publié le 13 août 2015 à 12:02 - Mis à jour le 13 août 2015 à 17:57

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Après une journée de crise, Stéphane Le Foll a annoncé obtenir la promesse de l'un des industriels d'acheter cette semaine 90.000 porcs au niveau national au prix revalorisé de 1,40 euro/kilo. 60.000 porcs n'ont pu être vendus aujourd'hui. Deux abatteurs-transformateurs, qui totalisent 30% des achats de porc en France, ont bloqué la cotation pour la deuxième fois. Les éleveurs estiment être pris en otages.

Article actualisé à 19h51

Les industriels de la viande ne veulent pas lâcher le bifteck. Après le boycott de la cotation de lundi (parce qu'ils jugent trop cher le cours fixé mi-juin à 1,40 euro le kilo), Cooperl et Bigard/Socopa (30% des achats de porc sont réalisés pour ces deux gros abatteurs-transformateurs) ont de nouveau boudé ce jeudi le marché du porc breton (MPB) de Plérin, entraînant la suspension de la cotation et la fermeture de la place de marché française de référence sur la viande porcine, sur décision du conseil d'administration.

La compétitivité des abattoirs en cause, selon la FNP

Depuis l'accord conclu à la mi-juin sous l'égide du ministère de l'Agriculture entre industriels transformateurs, grande distribution et syndicats agricoles d'éleveurs-producteurs, le tarif minimal est établi à 1,40 euro le kilo de porc. Ce montant, jugé vital pour les éleveurs-producteurs (à ce prix, selon la FNSEA, seuls la moitié d'entre eux arrive à l'équilibre), est désormais jugé trop cher, et intenable pour les industriels (abatteurs-transformateurs) qui, pour les ventes de viandes à l'export, affrontent une concurrence européenne féroce, notamment en Allemagne (qui a en outre une production deux fois plus importante). Hier, dans "Ouest-France", Patrice Drillet (président de Cooperl) affirmait ainsi qu'il y a un écart de 0,28 euro avec le cours allemand.

De son côté, la fédération nationale porcine (FNP), antenne spécialisée de la FNSEA, n'admet pas cet argument. Refusant d'être prise en otage, elle estime cette rhétorique comme une excuse masquant le problème de compétitivité des abattoirs :

"Nous sommes conscients que l'embargo russe et la distorsion de concurrence sur les coûts de main-d'œuvre sont un handicap, mais les éleveurs français n'ont plus les moyens d'absorber les déficits de compétitivité des autres maillons de la filière."

60.000 porcs non vendus: les frais montent, le gouvernement sollicité

Face à l'annulation de la deuxième et dernière séance hebdomadaire, où  60.000 porcs auraient dû être mis en vente (s'ils ne sont pas abattus, les éleveurs devront continuer à les nourrir, sans espérer les vendre plus cher), le président de l'Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB), Michel Bloc'h, a lancé un appel à l'ensemble des opérateurs pour que la cotation ait lieu vendredi. Il demande également à être reçu par le Premier ministre Manuel Valls ou par son cabinet "dès demain".

"Les producteurs sont essoufflés d'un point de vue trésorerie, ils ne pourront pas supporter des cours qui risquent malheureusement de baisser très fort. Je lance un appel au Premier ministre, à son cabinet, je veux pas lui foutre en l'air ses vacances, bien au contraire, mais il faut au minimum que ses conseillers nous reçoivent dès demain. Cette situation est inextricable pour nous producteurs, il faut que l'Etat entende, je veux que M. Valls nous entende sur ce discours-là", a déclaré M. Bloc'h.

Le Foll annonce une table ronde en août et une réunion en septembre

En fin de journée, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, expliquait dans un point presse qu'il ne disposait d'aucun levier juridique pour forcer la cotation à reprendre sur le marché de Plérin, car il s'agit d'une association type loi 1901 dont seuls les adhérents peuvent prendre les décisions.

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Cependant, après s'être entretenu au téléphone avec les deux industriels, le ministre de l'Agriculture, a affirmé que le patron de Bigard lui a promis d'acheter cette semaine 90.000 porcs au niveau national, comme il le fait d'habitude, au prix revalorisé de 1,40 euro/kilo demandé par les éleveurs. Les porcs habituellement achetés par l'entreprise à Plérin seront achetés dans d'autres endroits.

En outre, dans la journée, le ministre a estimé que "le gouvernement devait poursuivre la stratégie engagée". Cette stratégie de la concertation a été étayée mardi, avec l'annonce de Stéphane Le Foll d'organiser une table ronde fin août sur les nouvelles formes de commercialisation du porc, puis, en septembre, une réunion sur les "nouvelles formes de négociations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs".

Mais la FNSEA, qui s'est interrogée sur la pertinence d'une cotation bi-hebdomadaire, souhaite des mesures d'urgence. Xavier Bellin, le président du syndicat agricole demande que "la Commission européenne et le Conseil des ministres européens, sans attendre le 7 septembre, puissent prendre des mesures exceptionnelles de dégagement du marché pour soutenir les cours".

La grande distribution, dont une partie des acteurs est pointée du doigt par les éleveurs pour leur politique de tarifs tirés vers le bas, tente pourtant de rassurer ses fournisseurs. Lundi, dans une note de blog, Michel-Edouard Leclerc avait confirmé sa position d'achat à 1,40 euro le kilo, une position suivie par Intermarché, tout en rappelant que ces prix ne sauraient être tenables à moyen terme.

Prix du bœuf, du lait... Vers une nouvelle mobilisation

A couteaux tirés depuis plusieurs mois, les éleveurs, soutenus par les producteurs de lait, ont relancé le mouvement de contestation à Caen. Devant la préfecture du Calvados, une centaine d'agriculteurs ont manifesté ce jeudi 13 août, avec une cinquantaine de tracteurs et des remorques, selon l'AFP.

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Pour mémoire, cette manifestation intervient après un mois de juillet très tendu, marqué par des actions spectaculaires menées d'abord en Normandie avec trois jours de blocage, puis en région Rhône-Alpes entraînant la paralysie de Lyon le 23 juillet dernier. Pour la FNSEA, si les éleveurs ont obtenu 1,40 euro du kilo pour la viande porcine, le compte n'y est pas encore sur le bœuf où il manque encore 10 cts, et sur le lait avec une revendication des producteurs de 4 cts.

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