Coup d'accélérateur bienvenu pour Enterome. Cette biotech française, qui développe des médicaments et des diagnostics issus du microbiome intestinal (ensemble des génomes des bactéries colonisant l'intestin, Ndlr), a annoncé mercredi 20 avril une levée de fonds de 14,5 millions d'euros.
Cette augmentation de capital s'est faite auprès de plusieurs investisseurs historiques et d'un nouvel acteur de renom: Nestlé Health Science, filiale du groupe agroalimentaire suisse Nestlé, qui devient ainsi son nouvel actionnaire. Le montant de la somme investie par le Suisse n'a pas été dévoilé.
Nestlé Health Science s'intéresse entre autres au développement d'une molécule chimique d'Enterome. Celle-ci empêche l'activité d'une bactérie néfaste qui prolifère dans l'intestin des personnes ayant la maladie de Crohn, et est donc destinée à traiter les patients qui en souffrent. La molécule entre en étude clinique de phase I en automne, et devrait passer en phase II début 2017 si tout se passe comme prévu pour Enterome. C'est la molécule la plus avancée de la biotech créée en 2012 et basée à Paris.
Pour expliquer son investissement, Nestlé Health Science explique que:
Niveau expertise, Enterome a déjà plusieurs collaborations à son actif avec des sociétés pharmaceutiques de renom, comme les américains Johnson and Johnson et AbbVie, ou encore le japonais Takeda.
Cet investissement marque la volonté de Nestlé de développer sa division santé. "Nestlé Health Science a été créé pour pouvoir prévoir l'avenir de la maison Nestlé qui est plutôt dans la santé", dit à La Tribune Pierre Belichard, dirigeant d'Enterome.
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Dans cette filiale créée en 2011, Nestlé a embauché plusieurs personnes issues de l'industrie pharmaceutique, dont le patron Greg Behar, ancien président et directeur général de Boehringer Ingelheim Pharmaceuticals. Ce dernier estime que "la nutrition peut jouer un rôle thérapeutique majeur dans la prévention et la prise en charge des maladies." Nestlé Health Science veut ainsi créer une "nouvelle industrie entre l'alimentaire et les industries pharmaceutiques basé sur thérapie nutritionnelle avec une valeur santé prouvée cliniquement". En clair, la filiale espère briser les barrières entre la nutrition, les diagnostics et les médicaments.
Avec sa division santé, le géant Suisse espère tirer à terme des ventes annuelles de l'ordre de 10 milliards de francs suisses (9,2 milliards d'euros). Pour rappel, le chiffre d'affaires comprenant toute les activités de Nestlé s'est replié de 3% à 88,8 milliards de francs suisses en 2015.
"Nous faisons partie des sociétés qui les intéressent car la meilleure porte d'entrée pour entrer dans monde où il n'y a pas de barrière entre le médicament, la nutrition et le diagnostic, c'est le microbiome intestinal", assure Piere Belichard. Enterome est la seconde société travaillant sur le microbiome dans laquelle Nestlé Health Science a investi. La première était Seres Therapeutics. Nestlé a d'ailleurs aidé cette société à s'introduire en Bourse en 2015.
Car l'intérêt de Nestlé pour Enterome va certainement beaucoup plus loin que les recherches de la biotech pour soigner la maladie de Crohn. L'objectif d'Enterome "est de devenir une entreprise pharmaceutique, de développer des médicaments dans différentes indications thérapeutiques liées à des anomalies du microbiome intestinal: le diabète, l'obésité, les maladies inflammatoires, le cancer. Car elles semblent être liées à des anomalies du microbiome", explique le dirigeant d'Enterome. Prochaine cible de la biotech: l'oncologie,un des trois domaines les plus lucratifs pour les laboratoires pharmaceutiques. Un secteur dans lequel la biotech peut accélérer grâce à cette levée de fonds.
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