"Les hauts fourneaux de Liège ne sont pas compétitifs"

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Le dirigeant d'ArcelorMittal affirme que le numéro un mondial de l'acier a déjà essayé de réduire les trop forts coûts de production des hauts fourneaux de Liège. En vain. Leur fermeture définitive, annoncée vendredi, va entrainer la suppression de 581 emplois.

- Qu'est ce qui a poussé ArcelorMittal à annoncer la fermeture des deux hauts-fourneaux liégeois alors même que les négociations allaient reprendre lundi ?
Nous avons voulu réinstaller une situation calme avant d'annoncer le processus de fermeture. Cela aurait été très difficile d'amorcer un autre problème avec un conflit.

- Cette volonté de fermer existe-t-elle depuis de nombreuses semaines ?
Nous y travaillions depuis quelques semaines. La crise financière rend les choses plus difficiles. Nous sommes dans une phase de déséquilibre entre l'offre et la demande. Des actions sont donc nécessaires pour rétablir le marché. Nous devons adapter nos activités dès à présent car un rétablissement de la demande par rapport au niveau de 2007 va prendre plusieurs années.

- Les mouvements violents de ces derniers jours et la séquestration du management ont-ils accéléré cette décision ?
Non, cela n'a pas joué. La réflexion va plus loin que cette grève.

- Vous avez 25 hauts-fourneaux en Europe. Pourquoi cibler ceux de Liège ?
Une suspension temporaire n'était plus possible. Les contraintes à Lièges sont trop importantes. Les sites sont répartis un peu partout dans la ville. Cela occasionne des pertes en énergie très importantes. Pour avoir un site complètement intégré, il faudrait dépenser un milliard d'euros. C'est un véritable obstacle.

- Vous avez pourtant bien décidé de relancer les hauts-fourneaux en 2008 et 2009...
Oui, mais il y a eu un effort important pour rattraper l'écart en termes de coût de production entre Liège et les autres sites d'Europe du nord. De 100 euros la tonne d'acier, nous sommes passés à 50 euros. C'est significatif, mais le marché ne veut plus payer n'importe quel prix aujourd'hui.

- Fallait-il alors relancer les deux hauts-fourneaux ?
Cela montre notre optimisme du moment. Nous espérions un retour à un niveau de demande acceptable. Mais voilà, depuis 2010, les inconnues sont nombreuses. Il y a la crise de la dette. Mais le problème principal de Liège reste le coût de production.

- Les syndicats pensent qu'ArcelorMittal se moque de l'impact social que peut avoir une telle décision dictée, selon eux, par des impératifs de rentabilité. Êtes-vous d'accord ?
Non, je ne suis pas d'accord avec cette accusation. Cette société se comporte d'une façon responsable par rapport à ses employés. Mais effectivement, il doit y avoir un profit régulier pour pouvoir faire des investissements. Nous devons gagner de l'argent.

- Êtes-vous étonné par les nombreuses réactions du monde politique suite à cette décision ?
C'est une première réaction et il y a beaucoup d'émotion. Mais cela va se calmer.

- Cette décision démontre-t-elle d'une certaine façon que la Belgique perd en compétitivité ?
Oui. Aujourd'hui, il est possible de produire à moindre coût en Chine.

- Cela a-t-il joué dans le cas de Liège ?
Si l'offre interne en Europe est remplacée par des exportations, effectivement c'est une donnée importante. Les exportations de Chine ont augmenté de 20% en Europe. Mais pour Liège, outre cet aspect «marché», c'est le coût qui a joué. Liège n'est pas compétitif.

- Les hauts-fourneaux ont-ils été les victimes d'un manque d'investissement?
Non car les niveaux sont normaux, de l'ordre de 35 millions d'euros par an. Cela explique les progrès qui ont été faits à Liège en termes de compétitivité. Le problème, c'est que les autres sites ont également fait des améliorations. L'écart est donc toujours là.

- Êtes- vous conscient de l'impact social ?
Oui, et je ne suis pas d'accord qu'on dise que nous n'en tenons pas compte. Il n'y aura pas de licenciements secs. Il faut aussi se rendre compte qu'en Belgique, nous employons 11.000 personnes dont 5.000 en Wallonie. Ici, on parle de 580 personnes. Il y a un mécanisme de correction par rapport à un chiffre total d'emplois.

- Une cession à un repreneur est-elle envisageable ?
Nous ne travaillons pas dans cette direction car cela aurait comme effet de créer un nouveau déséquilibre dans le marché. Notre but ici est de diminuer la capacité de production dans le marché européen. Par ailleurs, on ne peut nous forcer à vendre.

- Les usines en aval sont-elles viable sans les hauts-fourneaux et donc sans ses matières premières pour travailler?
La filière va être plus rentable maintenant. Nous optimisons le flux qui est le plus rentable. Or, c'est moins coûteux de produire à Dunkerque. L'aval de Liège a donc un avenir dans le groupe.

- Les travailleurs vont-ils vous croire ?
Les faits sont là. Le client est à proximité des installations. Les spécialisations sont l'avenir de l'Europe. C'est l'acier moderne.

- Parleriez-vous d'un beau gâchis social ?
C'est un élément d'adaptation. Liège est une correction dans un marché. Il y aura toujours des phases où il faut s'adapter. Si la demande n'est pas là, nous devons réagir.

- D'un point de vue personnel, est-ce difficile de gérer ce genre de décision ?
Oui, derrière ces chiffres, il y a des familles et des incertitudes. Mais il faut faire le travail. Il faut garantir une place pour la société. Au final, nous renforçons l'emploi dans l'aval et nous avons supprimé l'écart de coût.

 

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