A Florange, ArcelorMittal accusé d'avoir déversé de l'acide dans la nature

Par Audrey Fisne  |   |  741  mots
A Florange (Moselle), ArcelorMittal est mis en cause dans une affaire de pollution à l'acide. (Crédits : Reuters/Vincent Kessler)
Le géant de la sidérurgie ArcelorMittal est accusé, par un ancien salarié d'une filiale, d'avoir déversé des "milliers voire des millions" de litres d'acide afin d'échapper à des dépenses pour le traitement des déchets toxiques.

"Si les faits sont avérés, ce serait un nouveau scandale sur Florange." Lionel Buriello, responsable CGT au sein de l'usine d'ArcelorMittal, à Florange (Moselle), résume la situation clairement. Le groupe sidérurgique est accusé, par un ancien employé d'un sous-traitant, d'être à l'origine de pollution à l'acide. Il est question de "milliers voire des millions de litres d'acide déversés dans le crassier de Marspich". Les faits ont été révélés par Le Républicain Lorrain.

Les accusations proviennent d'un ancien intérimaire d'une filiale de Suez-environnement, chargé de convoyer les déchets toxiques du sidérurgiste. Celui-ci a affirmé dans le quotidien régional, avoir été contraint de déverser quotidiennement sur le crassier d'Hayange 24 mètres cubes d'acide usagé. Et ce, pendant ses trois mois de contrat. A France Bleu Lorraine, l'ancien chauffeur de camion affirmait : "Les rochers éclataient à cause de l'acidité du produit. Le soir, je rentrais avec les yeux rouges."

Des déversements d'acide dans le crassier de Marspich

Si l'origine des déversements d'acide est encore inconnue, Michel Liebgott, président de la communauté d'agglomération du Val de Fensch, a indiqué ce mardi à l'AFP: "Pour l'instant, ce qui est avéré, c'est qu'il y a eu des versements d'acide mais on n'en connaît pas l'importance."

Ce produit toxique doit normalement être recyclé et envoyé dans un centre de traitement spécialisé. Une opération qui peut être coûteuse. Au journal, un ancien salarié a rapporté : "Tous les produits d'Arcelor allaient au crassier. Neuf fois sur dix. Arcelor nous dit de vider là, on vide là." Cela aurait permis à ArcelorMittal de ne pas payer le traitement des déchets. Pour accéder au crassier, l'ancien intérimaire a expliqué à France Bleu Lorraine qu'ArcelorMittal avait recours à des bons de livraison qui indiquaient que les produits transportés étaient "de la boue de fer ou de la boue d'épuration" et non de l'acide.

ArcelorMittal nie toute responsabilité

Pour justifier son témoignage, l'ancien chauffeur a enregistré des vidéos réalisées avec son téléphone portable. Des images qu'il a transmises au Républicain Lorrain. Quelques semaines après le début des opérations, il se confie à un collègue, ce qui lui portera préjudice : il est alors remercié pour "rupture de discrétion commerciale". En septembre 2016, l'ancien employé contacte la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) pour la prévenir des faits mais, après une investigation, le dossier est classé sans suite, aucune faille n'est trouvée, faute de moyen.

Pour autant, le groupe sidérurgique a nié toute responsabilité dans ces prétendus versements irréguliers sur la zone de stockage. Dans un communiqué, ArcelorMittal a ajouté que si les faits étaient avérés "ils seraient extrêmement graves et contraires à toutes les règles d'ArcelorMittal en matière de gestion des résidus [...] Ils seraient le fait de personnes isolées ou des entreprises sous-traitantes". Avant d'ajouter "qu'aucun risque sanitaire ni environnemental pour les populations n'est à signaler"...en tout cas pour le moment. La filiale de Suez, contactée par Le Républicain Lorrain, a également nié les accusations.

Plusieurs enquêtes en cours

Pour faire la lumière sur les faits, plusieurs investigations sont en cours. ArcelorMittal a lancé une enquête interne ainsi qu'auprès des sous-traitants mis en cause. Un comité d'entreprise (CE) extraordinaire a été organisé ce lundi 3 juillet. Lionel Burriello, responsable CGT a déclaré que si les faits étaient faux, l'entreprise envisage également de porter plainte. Les représentants du personnel ont d'ailleurs demandé à la direction de prouver si ces propos étaient diffamatoires. Ainsi, le CE a décidé de commander une première expertise dans le cadre de son droit d'alerte environnemental et a convoqué un CHSCT afin de demander une deuxième évaluation sous l'égide du ministère du Travail. De son côté, la Dreal a, elle aussi, ouvert une enquête.

Les conséquences pourraient êtres importantes puisque, la communauté d'agglomération du Val de Fensch a d'ores et déjà annoncé qu'elle portait plainte contre X, si la pollution était avérée. Rémy Dick, le maire de Florange s'était exprimé lui aussi, dans Paris Match, qualifiant les faits de "scandale sanitaire sans précédant dans le département" et ajoutant que les fautifs seraient traduits devant la justice.

(avec agences)