Quand Air France, Lufthansa, IAG, font du lobbying avec Ryanair et EasyJet

Par Fabrice Gliszczynski  |   |  976  mots
"Airlines for Europe" veut ratisser large. Elle veut recruter au-delà de l'Union européenne en prenant la définition de l'Europe de l'Organisation internationale de l'aviation civile (OACI) (Crédits : Air France)
Ces cinq grands groupes se regroupent dans une association commune afin de parler de la même voix auprès des instances européennes sur des sujets communs permettant d'améliorer leur compétitivité, comme le coût des redevances aéroportuaires.

Il n'est pourtant pas si loin le temps où les dirigeants des compagnies aériennes low-cost et des transporteurs traditionnels s'échangeaient des amabilités.

    | Lire ici, par exemple: L'incroyable coup de gueule du patron de Ryanair en 2010

Et pourtant, ce mercredi, à Amsterdam, les trois plus grands groupes de transporteurs aériens traditionnels (Air France-KLM, le groupe Lufthansa -composé de la compagnie allemande du même nom, de Swiss, d'Austrian Airlines et d'Eurowings-, le groupe IAG -composé de British Airways, Iberia, Aer Lingus et Vueling) et les deux plus grandes low-cost européennes que sont Ryanair et Easyjet, ont lancé une association commune, "Airlines for Europe" (A4E), dans le but de devenir l'association de référence dans le secteur en Europe et d'être ainsi l'interlocutrice privilégiée auprès de la commission européenne afin d'obtenir des mesures qui amélioreront la compétitivité du transport aérien européen. Cette association sera vraiment opérationnelle mi-2016.

«L'objectif est de parler d'une même voix sur des sujets communs», a indiqué Willie Walsh, le PDG de IAG.

«Nous voulons créer de la croissance et de nouveaux emplois. Il faut améliorer la compétitivité de l'aviation européenne face au reste du monde», a de son côté déclaré Carsten Spohr, le président du directoire de Lufthansa.

D'autres membres vont suivre

Si ces cinq groupes représentent déjà 50% du trafic européen, "Airlines for Europe" nourrit l'ambition de regrouper tous les transporteurs aériens européens, répartis aujourd'hui dans plusieurs associations :  celle des compagnies traditionnelles (AEA), d'un grand nombre de low-cost (ELFAA), des compagnies charter (IACA), des compagnies régionales (ERA) ou encore de l'aviation d'affaires (EBAA).

"Airlines for Europe" veut ratisser large. Elle veut recruter au-delà de l'Union européenne en prenant la définition de l'Europe de l'Organisation internationale de l'aviation civile (OACI) qui inclut la Turquie dans l'espace européen comme le fait l'AEA, dont Turkish Airlines par exemple est membre.

Coûts aéroportuaires

Les sujets communs à ces compagnies concernent plusieurs points : les redevances aéroportuaires, l'amélioration du ciel unique, la taxation excessive qui, d'une manière générale, frappe le transport aérien européen, mais auss la réglementation et la sécurité.

"Les charges aéroportuaires des 21 plus importants aéroports (lesquels accueillent la moitié des passagers européens) ont augmenté de 80% depuis 2005. Celles des dix plus gros aéroports ont même progressé de 90%", a expliqué le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac. "Dans le même temps, le prix moyen des billets a baissé de 20%", a-t-il ajouté.

Selon la nouvelle association, le surcoût de charges aéroportuaires pour les passagers s'est élevé à à 5,4 milliards d'euro au cours des dix dernières. Les hausses les plus importantes ont été constatées en Espagne (+255%), en Italie (+141%) et au Royaume-Uni (+120%).

C'est d'ailleurs, outre-Manche que les coûts aéroportuaires sont les plus élevés : 44 euros par passager. La Suisse et l'Allemagne suivent derrière (38 euros et 35 euros).

«Nous pressons l'Union européenne de prendre des actions pour diminuer les coûts des aéroports européens", ont déclaré les cinq groupes.

A ces augmentations des redevances aéroportuaires s'ajoutent différentes taxes, comme la fameuse taxe Chirac sur les billets d'avion émis en France.

L'autre objectif de "A4E" est d'obtenir "une baisse du coût du contrôle aérien à travers l'achèvement du projet de Ciel unique européen" ainsi qu'"une meilleure régulation européenne".

Ryanair dénonce les grèves des aiguilleurs du ciel

Michael O'Leary a demandé également à Bruxelles de trouver une parade pour qu'une grève dans un pays n'empêche pas son survol.

"C'est inacceptable qu'une grève dans un pays paralyse les autres vols ", a-t-il déploré.

Sans les citer spécifiquement, il est clair que les aiguilleurs du ciel français sont visés. Pour autant, cette mesure semble compliquée à mettre en place car elle touche à des questions de souveraineté (le survol de l'espace aérien).

"La Commission ne pourra imposer une telle mesure à un Etat si ce dernier n'est pas d'accord", fait valoir un observateur.

Deux thèmes écartés : les compagnies du Golfe et le social

Néanmoins, au-delà de ces intérêts communs, d'autres gros dossiers ne seront pas abordés par Airlines for Europe", faute de consensus : celui de freiner l'accès au marché européenne aux compagnies du Golfe, dont la concurrence est jugée déloyale par certains, a été écarté. Celui des conditions sociales aussi. Le premier, sur lequel bataillent depuis des années Air France-KLM et Lufthansa, est rejeté par le groupe IAG (dont Qatar Airways détient 10% du capital) qui défend au contraire une libéralisation totale du marché. Le second qui vise Ryanair et Norwegian l'est évidemment par la compagnie irlandaise.

Bruxelles veut un mandat pour négocier les droits de trafic avec le Golfe

Le lancement de cette association intervient quelques semaines après l'envoi fin 2015 du paquet aviation de la Commission européenne au Conseil et eu Parlement. Plusieurs points concernent indirectement les compagnies du Golfe. Le plus concret concerne la demande de la Commission d'obtenir un mandat pour négocier les droits de trafic avec plusieurs pays tiers, dont les Emirats arabes unis et le Qatar. Si elle l'obtient ce mandat, les droits de trafic actuels seront gelés le temps de la négociation. Reste à savoir si une majorité qualifiée se dégagera sur ce thème dans la mesure où, à part la France et l'Allemagne, les autres pays européens ont déjà tous signé des accords de ciel ouvert avec les pays du Golfe.

Ce jeudi, un sommet sur l'aviation européenne se tient à Amsterdam.

    | Lire ici : Bruxelles veut protéger l'aviation européenne des pratiques déloyales