La startup normande Veragrow élève 45 millions de lombrics pour « digérer » les biodéchets
Nathalie Jourdan
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Le lombricomposteur de proximité conçu par Veragrow peut traiter jusqu'à 5 kilos de déchets organiques quotidiennement. Son volant manipule une grille qui permet de récupérer le compost sans se salir.
Veragrow
Labellisée deeptech par la Bpifrance, la jeune entreprise normande Veragrow a mis au point des « lombricomposteurs » industriels et semi-industriels à destination des professionnels et des collectivités. Sa solution arrive à point nommé sur le marché à la veille d’un durcissement de la réglementation sur les déchets organiques.
L'échéance inscrite dans la loi Agec, dite « loi anti-gaspillage », se rapproche à grands pas. A compter du 1er janvier prochain, tous les professionnels (restaurateurs, agro-industriels...) produisant plus de cinq tonnes de biodéchets* par an auront l'obligation de les trier à la source.
La même contrainte s'imposera aux collectivités un an plus tard. A charge pour elles d'organiser un système de collecte séparée des déchets organiques de leurs administrés. Majoritairement incinérés aujourd'hui, ces déchets dits « de cuisine » représentent un tiers de nos poubelles noires, selon le ministère de la Transition écologique.
Ce gisement inépuisable de plusieurs dizaines de milliers de tonnes est très convoité. Par les acteurs de la méthanisation au premier chef mais pas seulement. En Normandie, la startup Veragrow table sur la fenêtre de tir que lui offre la réglementation pour populariser le lombricompostage et le faire passer du stade artisanal à l'échelle industrielle. Fondée en 2019 par trois jeunes ingénieurs, elle s'est spécialisée dans ce processus qui transforme les matières organiques en amendement agricole grâce à l'action des vers de terre.
D'infatigables ouvriers
Installée à Val-de-Reuil dans l'Eure, son unité de production nourrit avec force épluchures, marc de café ou drèches de bière quelque 45 millions de lombrics de la famille des eisenia fetida. « Le plus commun, le plus vorace et le plus reproducteur », précise Alexandre Bocage, l'un de ses co-fondateurs. La littérature scientifique nous apprend, en effet, qu'un seul de ces vers digère quotidiennement l'équivalent de son poids et peut engendrer une descendance de 800 spécimens pendant sa courte vie (deux ans).
Pour exploiter au mieux les capacités de ces infatigables ouvriers, Veragrow a développé deux types de lombricomposteurs industriels et semi-industriels. Fourni avec 5 millions de lombrics, le premier et le plus capacitaire est capable de transformer en « flux continu » 150 tonnes de biodéchets par an en une quarantaine de tonnes de compost prêt à l'emploi. Commercialisée au prix de 100.000 euros, l'installation peut équiper des stations d'épuration ou de gros producteurs de déchets organiques comme des transformateurs de légumes. « Nous sommes en discussion avec plusieurs clients parmi lesquels Veolia et L'Oréal qui ont manifesté des marques d'intérêt », indique Alexandre Bocage.
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