Climat : en Suède, la forêt est devenue une industrie du futur

Mathieu Viviani (à Stockholm en Suède)

Un cadre de la société Holmen, un des plus gros gestionnaires de forêts en Suède, explique comment il replante des arbres.
Mathieu Viviani

Mathieu Viviani (à Stockholm en Suède)

Un cadre de la société Holmen, un des plus gros gestionnaires de forêts en Suède, explique comment il replante des arbres.
Mathieu Viviani
« Ici, presque tout part de la forêt, c’est un secteur économique indispensable en Suède ». Ces mots sonnent comme une évidence pour Viveka Beckeman, directrice générale de la Fédération des industries forestières suédoises. Ce lundi matin, elle s’exprimait dans le cadre d’un voyage de presse à Stockholm, en Suède, auquel La Tribune participait.
Les chiffres sont là : ici, près de 70 % du territoire est couvert de forêts (28 millions d’hectares), ce qui fait de la Suède le premier pays de l’UE en la matière. Contre 17,5 millions en France (quatrième). Cette ressource abondante, la Suède a décidé d’en faire un levier de croissance unique en Europe, appelé « bioéconomie ».
D’après la Fédération des industries forestières suédoises, qui fait le lien entre les entreprises du secteur et le gouvernement, cette industrie contribue directement à 3 % à 5 % du PIB suédois.
L’industrie des arbres est aussi un employeur généreux. « Elle emploie environ 2 % de la population active », précise Viveka Beckeman, et ce, dans un pays d’environ 10,6 millions d’habitants. Sa fédération estime également que l’ensemble de la chaîne de valeur forestière contribue à hauteur d’environ 145 milliards de couronnes suédoises (13,4 milliards d’euros) par an à l’économie nationale.
Cette puissance industrielle se retrouve dans les chiffres du commerce extérieur : les exportations de produits forestiers ont atteint environ 185 milliards de couronnes suédoises par an, soit près de 18 milliards d’euros. Cela représente près de 10 % de la balance commerciale du pays.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Une dynamique qui fait de la Suède l’un des principaux exportateurs mondiaux de pâte à papier, de carton et de sciages. Car près de 90 % de la production nationale de pâte à papier est exportée, tout comme une grande partie du bois des forêts suédoises transformé.
Si cet « or vert » est un atout économique indéniable pour le royaume scandinave, cette industrie a aussi ses pourfendeurs. Parmi eux, des ONG et certains scientifiques qui déplorent les risques pour la biodiversité que fait peser la « culture » d’arbres spécifiques, comme les pins et les épicéas dans le cas suédois. À noter que la critique est valable pour la sylviculture pratiquée dans d’autres pays, comme la France ou l’Indonésie.
Autre problème observé par différentes études, notamment celles de l’Agence suédoise de protection de l’environnement : entre 2010 et 2022, la capacité de captation de carbone des forêts suédoises a constamment baissé. La courbe a commencé à légèrement s’inverser à partir de 2023. La faute à un taux de coupes jugé trop élevé par les experts, mais aussi à des arbres qui poussent moins vite, ou encore à une invasion de scolytes, ces insectes qui détruisent les arbres de l’intérieur.
Le gouvernement suédois est conscient de l’enjeu et travaille avec les entreprises du secteur afin de tendre vers une gestion plus durable des forêts. À l’instar d’Holmen, l’un des principaux propriétaires forestiers de Suède, avec ses 1,3 million d’hectares.
Parmi les actions concrètes mises en place par l’entreprise : replantations systématiques d’arbres après les récoltes, sanctuarisation de 20 % de ses plantations pour favoriser la biodiversité, non-exploitation des forêts à haute valeur de conservation. Notamment les forêts anciennes, identifiées par les autorités suédoises.
Malgré ses efforts, des ONG continuent de contester ce modèle, car il simplifie malgré tout les écosystèmes forestiers. Pour elles, il est nécessaire qu’il y ait une réduction plus importante des « coupes rases » pour les récoltes et une protection accrue des forêts naturelles suédoises les plus vieilles.
« Les forêts créées depuis les années 1990 intègrent davantage de biodiversité, tout en maintenant un niveau élevé de productivité », réaffirme à ce sujet la directrice générale de la Fédération des industries forestières suédoises.
Et Viveka Beckeman d’avancer : « Par ailleurs, en Suède, nous considérons que l’arbre permet de remplacer certains produits et usages captés par l’industrie fossile, ce qui constitue un bénéfice non négligeable pour la transition climatique. L’arbre n’est pas qu’un puits de carbone en réalité. »
Ainsi, le tronc principal sert à produire du bois de construction, tandis que les sous-produits alimentent l’industrie papetière. Les résidus de cette dernière sont ensuite valorisés énergétiquement pour produire du chauffage.
De nouveaux débouchés sont permis par le monde de la recherche. C’est ce que fait le Wallenberg Wood Science Center, abrité par le Royal Institute of Technology de Stockholm. Ce centre universitaire est considéré comme l’un des meilleurs au monde sur les matériaux « biosourcés ».
Notamment la lignine, qui pourrait, à l’avenir, servir à produire du carburant d’aviation durable (SAF), remplacer le graphite dans les batteries de voitures électriques ou encore être utilisée à la place du plastique.
L’idée derrière tout cela est de ne plus considérer l’arbre uniquement comme une source de bois, de papier ou d’énergie, mais comme une véritable « raffinerie biologique ».
Mathieu Viviani (à Stockholm en Suède)