Crise : ça va durer encore longtemps ?
Ivan Best
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Quatre ans tout juste après la faillite de Lehman Brothers, qui a déclenché une crise mondiale du crédit et la plus forte récession de l'après-guerre en Europe, l'économie française paraît engluée dans la stagnation, synonyme de crise sociale (hausse du chômage, de la pauvreté...). Un triple zéro pour la croissance, pourrait-on dire, après l'annonce de trois trimestres consécutifs de stricte stabilité du PIB. Bien sûr, en annonçant le 6 septembre des mesures choc de soutien aux États européens en difficulté financière (rachat illimité d'obligations de moins de trois ans), la Banque centrale européenne (BCE) a permis d'éviter le pire, l'éclatement de la monnaie unique. Mais l'euro est-il, pour autant, tiré d'affaire ? Et, surtout, peut-on enfin espérer une sortie de crise économique ? Pour quand ? Dimanche dernier, François Hollande a évoqué deux ans de redressement, tout en affirmant que cette période de vaches maigres peut s'accompagner d'un peu de croissance. Il a retenu le chiffre de +0,8?% pour 2013. Mais qui croit vraiment à une telle prévision, à un pronostic définitif?? Mieux vaut envisager les différents avenirs possibles, pour l'économie française et la zone euro. Trois scénarios se dégagent. Le plus noir, celui d'une chute dans une spirale dépressive, comme le plus rose, celui d'un retour rapide de la confiance, ne sont pas les plus vraisemblables. Mais on ne peut les écarter. Entre les deux, le scénario dit central, dont la probabilité est plus élevée, à entendre les économistes, est celui d'une stagnation économique, qui durera entre 18 mois et... de nombreuses années.
Scénario 1 : le cycle austérité-récession
Le vrai scénario noir, jusqu'à ces dernières semaines, c'était celui de l'éclatement de la zone euro. Il n'est pas totalement exclu, même si Mario Draghi, le président de la BCE, en a fortement réduit la probabilité. « L'éclatement de l'euro serait dramatique, y compris pour l'économie française, souligne le directeur des études économiques de Natixis, Patrick Artus. Le taux de change s'apprécierait vis-à-vis de pays sortant de l'euro comme l'Espagne ou l'Italie, beaucoup plus que lors de la crise des changes de 1992-1993 (qui avait provoqué une récession). Du coup, les exportations s'effondreraient. »L'hypothèse d'un sauvetage pé-renne de la zone euro ne permet pas de balayer totalement le scénario de l'approfondissement de la crise, non pas financière, mais économique. Les économistes keynésiens craignent bien sûr les conséquences des politiques d'austérité budgétaire. « Le fait que tous les pays pratiquent en même des temps des coupes dans leurs budgets va provoquer une vraie récession, estime Éric Heyer, directeur adjoint du département analyse et prévision à l'OFCE. Surtout si les gou-vernements s'accrochent à la perspective d'un déficit public zéro, et renforcent la rigueur à mesure que celle-ci échoue à donner des résultats. » Le PIB de la zone euro, et donc de la France, pourrait alors reculer de 1,5 % par an pendant plusieurs années...Des experts plus libéraux, insistent sur le risque politique qu'accroît l'austérité à marche forcée. « Ma vraie crainte, c'est un changement politique radical sous la pression de l'opinion, qui ne supporterait plus les coupes budgétaires. Cela peut se produire dans un pays comme l'Italie », affirme Éric Chaney, chef économiste du groupe Axa. De quoi ramener à l'hypothèse précédente de la catastrophe européenne, avec l'éclatement de la zone euro...
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