Comment la France peut-elle retrouver sa souveraineté en matière de santé ?

Florine Galéron

forum sante
Rémi Benoit

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"Les Français, les Européens, ont découvert avec cette pandémie que finalement, leur santé dépendait de produits, qu'ils soient des médicaments ou de certaines technologies, fabriqués dans des pays tiers. Et que finalement, leur santé était mise en danger", rappelle l'ancienne députée européenne Françoise Grossetête, à l'occasion du 3e campus santé d'été organisé ce jeudi 17 juin par La Tribune.
Entre la pénurie de masques et de tests, les ruptures de stocks sur certains médicaments, les exemples n'ont pas manqué depuis le début de crise sanitaire pour mettre en évidence les lacunes de la France en matière de souveraineté pour les produits de santé. Pourtant, les industriels avaient tiré la sonnette d'alarme depuis plusieurs années. Didier Véron est président du G5 Santé, un cercle de réflexion qui rassemble les dirigeants de huit entreprises françaises de santé (bioMérieux, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Servier et Théa).

Didier Véron est président du G5 Santé (Crédits : Rémi Benoit).
La dépendance de la France en matière de produits de santé a également impacté les chercheurs. "Pour effectuer nos missions de recherche, nous utilisons beaucoup de produits venant d'Inde ou de Chine. Et à l'heure actuelle, nous sommes terriblement impactés", fait savoir Nathalie Vergnolle, directrice de l'institut de recherche digestive à l'Inserm.
Mais pour Didier Véron, ce décrochage n'a rien d'inéluctable. "Il n'est jamais trop tard", insiste-t-il. Avant de citer l'exemple des membre du G5 Santé qui ont maintenu leur outil industriel en France, soit 52 usines et 20.000 emplois.
Également membre du G5 Santé, le groupe Pierre Fabre met en avant qu'il faudrait toutefois mettre la main au portefeuille pour regagner en souveraineté.
Avant d'ajouter : "Produire localement aura un coût plus élevé que de produire en Chine ou en Inde. Si l'on veut faire revenir la filière chimie, cela représente un surcoût de 3 à 30% environ selon les secteurs. Et c'est là où on a besoin d'une politique économique cohérente entre le ministère de l'Industrie et de la Santé. Si les prix des médicaments baissent régulièrement, nous ne pourrons pas affronter ces surcoûts."
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Le président du G5 Santé pointe de son côté l'écart des moyens déployés outre-Atlantique. "Le gouvernement américain a déployé près de 10 milliards de dollars pour développer, produire des vaccins. La France n'a pas ces moyens. Au niveau européen, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a annoncé en septembre 2020 vouloir se doter d'une nouvelle autorité, baptisée Hera (Health Emergency Response Authority), une Barda à l'européenne, cette autorité américaine pour la R & D avancée dans le domaine biomédical. Mais cette agence ne sera opérationnelle qu'en 2023 alors qu'il y a urgence et qu'il faut trouver des financements massifs", regrette Didier Véron.
L'ancienne députée européenne Françoise Grossetête peut comprendre cette frustration. "Mais il faut bien comprendre que l'Europe, ce ne sont pas les Etats-Unis. L'Europe, c'est 27 Etats membres qui sont souverains et qu'il faut que nous ayons 27 ministres de la Santé qui se mettent d'accord ensemble", rappelle-t-elle.
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La responsable politique appelle de ses voeux un changement de doctrine. "Pendant très longtemps nous avons considéré la santé comme un problème de comptabilité parce que cela creuse sans cesse les déficits. Mais nous avons oublié ce que la santé représentait au niveau économique. Avoir une population en bonne santé représente un atout majeur pour la bonne santé d'un pays", conclut-elle.

L'ancienne députée européenne Françoise Grossetête (Crédits : Rémi Benoit).
Florine Galéron