Moins de feux pour une ville apaisée : l'expérimentation bordelaise
Hélène Lerivrain
Hélène Lerivrain
"Nous n'avons pas besoin d'électronique pour faire du smart." Sébastien Dabadie, directeur des infrastructures et des déplacements à Bordeaux Métropole, l'assène aujourd'hui haut et fort, preuve que la conception de la mobilité en ville a changé depuis les années 1980.
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Après s'être tourné vers les services techniques du centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), à la fin de 2015, l'agglomération bordelaise a donc décidé de supprimer 300 feux tricolores d'ici à 2022.
"Ce serait d'ailleurs bien d'aller plus loin et d'en enlever 500 sur les 960 existants", complète Michel Duchène, vice-président de Bordeaux Métropole chargé des grands projets d'aménagement urbain. À la place : des giratoires, des stops, ou encore des cédez-le-passage.
Selon des chiffres datant de 2015, la métropole bordelaise est la championne du carrefour à feux, avec un ratio de 1,26 pour 1.000 habitants, devant Lyon (1,21), Paris (0,78) et Nantes (0,57). La mise en place de Gertrude l'explique en partie. Gertrude, c'est une société créée en 1981 par la Communauté urbaine de Bordeaux avec l'objectif de développer un système d'avant-garde pour améliorer ou résoudre les problèmes de circulation. Mais c'est surtout un logiciel qui permet d'adapter en temps réel le cycle des feux à la densité du trafic. En 2015, il était utilisé dans neuf pays, 29 villes, pour gérer plus de 3.800 carrefours. "Avec Gertrude, on a tiré le meilleur de ce qu'on pouvait faire avec un carrefour à feux", reconnaît Sébastien Dabadie.
"Nous ne souhaitons pas la fin de Gertrude", insiste toutefois Michel Duchène, même si lui aussi reconnaît que "ce système arrive à ses limites. Il y a peut-être eu un effet pervers à vouloir tout régler par les feux et l'électronique." Depuis la fin de 2015, changement de cap donc. Bordeaux a expérimenté l'extinction d'une quarantaine de carrefours à feux, ce qui va permettre à la métropole de réaliser des économies.
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Sébastien Dabadie. complète :
Certaines villes en France et dans le monde sont très en avance en matière de suppression des feux, et d'autres s'y mettent, à l'instar de Bordeaux mais aussi Paris.
"Nantes n'a pas recréé de feux pendant des années et a plutôt misé sur les giratoires. Cela remonte aux années 1980", commente Christophe Damas, chargé d'études sur les carrefours à feux et la régulation du trafic urbain au Cerema. À Abbeville (23.000 habitants), ce fut plus radical :
Christophe Damas cite également l'exemple de "Drachten, en Hollande, qui a fait le choix de supprimer tous les objets routiers dans une démarche de redesign de la ville, pour une ville plus apaisée. Il n'y a plus de signalisation, plus rien."
Ainsi, Bordeaux Métropole a par exemple choisi de ne pas supprimer les feux sur les boulevards où le trafic est dense. En revanche, devant les écoles, c'est en cours.
Les feux améliorent-ils la sécurité ? La question n'est pas simple pour le Cerema qui cite notamment le guide de conception des carrefours à feux aux États-Unis : la suppression des feux qui ont perdu leur pertinence aboutit à une réduction de l'accidentalité pour peu qu'elle se fasse dans un cadre réfléchi et conforme aux règles de l'art.
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Sur ce sujet enfin, Christophe Damas insiste pour dire que "ce qui a changé, c'est la prise de conscience politique. Elle est d'ailleurs très liée au développement du vélo. En Europe, beaucoup de villes se sont lancées dans l'espace partagé et la ville apaisée."
Hélène Lerivrain