OPINION. « Gestion de l'eau : le choix des territoires »
Estelle Grelier

Photo d'illustration
G.Aresteanu/LT
Estelle Grelier

Photo d'illustration
G.Aresteanu/LT
Jamais l'eau n'a autant concentré d'attention. Pollution aux PFAS, pesticides, changement climatique : ces défis appellent une mobilisation collective, rigoureuse, exigeante. Ils encouragent aussi à dépasser les postures, pour faire de la gestion durable de l'eau un terrain de solutions, pas d'oppositions.
Prévention et traitement : agir sans dogmatisme
Garantir la qualité de l'eau repose sur deux principes clairs : prévenir d'abord, traiter lorsque c'est nécessaire. Les entreprises de l'eau sont pleinement mobilisées pour accompagner les collectivités dans cette logique de prévention, en agissant en amont pour protéger la ressource et éviter la pollution à la source. Elles proposent des traitements adaptés lorsque la réglementation l'impose, ou que les enjeux locaux le justifient, sur demande des collectivités.
Ces dernières restent seules décisionnaires. À travers des appels d'offres encadrés, elles fixent leurs exigences. Les entreprises y répondent avec leur expertise et leurs moyens d'innovation. Plus de 10000 contrats de délégation de service public actifs, et 600 nouveaux chaque année, témoignent de ce lien fondé sur la performance, la confiance et la maîtrise publique.
Les délégations de service public (DSP) offrent des garanties solides : rendez-vous de gestion, revues de performance, reportings réguliers. Les DSP instaurent un dialogue et une transparence concrets, opposables, partagés. C'est ce qu'attendent les élus qui en font le choix, et c'est précisément ce que permettent ces contrats.
L'eau mérite mieux que des caricatures
Cette réalité rappelle une évidence : il n'existe pas de modèle unique. Les besoins d'une commune rurale ne sont pas ceux d'un bassin industriel. Chaque territoire fait des choix adaptés à ses contraintes hydrologiques, économiques, sociales et environnementales.
Promouvoir exclusivement la gestion publique comme si une solution unique devait s'imposer partout, c'est nier la diversité des territoires et la capacité des élus à décider pour et avec leur population.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Au demeurant, ne nous y trompons pas : les services d'eau et d'assainissement restent toujours publics dans les nombreux cas où les collectivités font appel à l'expertise des entreprises.
Innover pour mieux protéger
Garantir la qualité de l'eau, c'est aussi anticiper, innover, renforcer la résilience des services. Chaque année, les entreprises de l'eau investissent 112 millions d'euros en R&D en France, mobilisant plus de 900 chercheurs pour développer des solutions efficaces : traitement des polluants émergents, sobriété, adaptation au changement climatique, protection de la biodiversité.
Cette expertise irrigue un écosystème solide : 28 000 salariés, 100 000 emplois indirects, 785 implantations locales, un réseau de PME et de start-up mobilisées partout sur le territoire. Cette capacité de réaction, précieuse en temps de crise, contribue aussi à la vitalité économique locale, en créant des emplois non délocalisables et en développant l'expertise environnementale.
Mais au-delà des chiffres, c'est une culture de l'amélioration continue qu'il faut préserver : renforcer la sobriété, accélérer la prévention, protéger les milieux naturels, garantir une eau de qualité pour tous à un prix maîtrisé mais juste, aujourd'hui et demain.
Face aux défis du siècle, le respect du choix des collectivités, la reconnaissance de la diversité des solutions et la mobilisation des compétences doivent rester nos boussoles. La qualité de l'eau n'est pas une posture. C'est une exigence. Une responsabilité que les entreprises de l'eau endossent à 100%. Et c'est un engagement collectif.
______
(*) Estelle Grelier est présidente de la Fédération Professionnelle des Entreprises de l'Eau (FP2E). Elle débute sa carrière dans la sphère publique, où elle exerce pendant vingt ans comme députée européenne, députée à l'Assemblée nationale, secrétaire d'État chargée des collectivités territoriales, présidente d'agglomération et vice-présidente de région. Elle rejoint le groupe Saur en 2018, d'abord comme directrice Stratégie, Développement et Marketing, avant d'être nommée présidente de Saur France en 2024.
Diplômée de l'IEP de Grenoble et titulaire d'un DESS en relations franco-allemandes de l'université de Strasbourg III, elle défend aujourd'hui une vision engagée de la transition écologique et de la gestion durable de la ressource en eau.
Estelle Grelier