OPINION. « La communication politique a remplacé le rêve par la stratégie »
Ariane Ahmadi

Photo d'illustration
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Ariane Ahmadi

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La chute du gouvernement de François Bayrou plonge, une fois n'est pas coutume, la France dans un état de sursis. Chacun attend, hagard, de savoir si la crise s'apaisera ou au contraire si elle en ouvrira une autre. En attendant, la politique se vit sous le régime du CDD : finis les grands projets et la vision d'avenir. Tout se décide la veille pour le lendemain et pour un temps limité.
Dans cette nouvelle donne, la communication politique a sa part de responsabilité. Elle joue un rôle dans ce manque de perspective et dans l'incapacité de la politique à faire rêver. Depuis le deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, celle-ci a complètement abandonné la fabrique des récits. La crise démocratique profonde et durable semble avoir affaibli son sa créativité, son aptitude à se projeter dans le temps long et dans un monde des possibles.
Elle a donc privilégié la tactique de court terme et la production de messages clivants, à la fabrique d'imaginaires désirables. A la promesse d'un monde meilleur. Il n'y aurait plus d'histoires à raconter face à un quotidien trop douloureux pour être sublimé, et plus de grand soir politique face à un burn out démocratique trop avancé.
La communication politique a donc remplacé le rêve par la stratégie. Communiquer est devenu un exercice court-termiste pour se maintenir au pouvoir, et non l'élaboration d'une vision d'avenir. La chute du gouvernement de François Bayrou en est un exemple. Le discours s'est concentré sur un constat (la France endettée) et non sur une ambition (la France telle qu'elle devrait être). En conséquence, le discours politique semble sonner creux et, faute de symboles auxquels se raccrocher, ne parvient plus à produire du sens. Quoique disent les politiques, leur parole ne dépasse pas le mur du son.
Cependant, la communication politique n'a pas dit son dernier mot. Elle a, dans le passé récent, bâtit de nouveaux imaginaires. En 2017, la start up Nation était le récit d'un self made man à la française. Une promesse de réussite pour tous grâce à l'entreprenariat, nouvel eldorado pour quiconque voudrait travailler. Plus encore, Emmanuel Macron version 2017 c'était une nouvelle culture politique. Mettre en avant la société civile et promouvoir le « en même temps » : un récit universel d'une France affranchie de ses blocages.
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Idem, Jean-Luc Mélenchon remettait au même moment au goût du jour la lutte des classes comme révolte nécessaire. L'insoumission devenait alors un imaginaire de rébellion : un monde dans lequel le rapport de force permettait la victoire des plus précaires face aux puissances de l'argent.
Or, aujourd'hui, la politique semble avoir abdiqué sur l'universalisme, sur la promesse d'un monde meilleur communément souhaité et partagé. Désormais, les forces politiques s'évertuent à conserver leur couloir en s'opposant à leurs adversaires, plutôt que de rassembler largement. La fameuse punchline joue alors un rôle privilégié dans cette course à imprimer, ne serait-ce qu'un court instant.
L'absence de majorité absolue à l'Assemblée Nationale et la fragilisation du front républicain accroissent cette dynamique. La communication politique, doit, dans ce contexte, revenir à son ADN : proposer un monde désirable à une opinion publique qui l'aurait imaginé sans le formaliser clairement. C'est un travail de révélation plus qu'une machine à fabriquer des messages.
Alors que l'élection présidentielle a lieu dans un an et demi, il est de la responsabilité des communicants et des politiques de travailler dès maintenant à bâtir un nouveau récit pour la France. Celui d'un pays qui saurait dépasser les épreuves auxquelles il fait face pour vivre heureux et apaisé.
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(*) Ariane Ahmadi, experte en communication. Présidente-Fondatrice de Kerman Consulting.
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