OPINION. « Que coutera l'e-euro (aux banques) ? »
Charles Cuvelliez, Benoit Speybrouck et Jean-Jacques Quisquater

Photo d'illustration
Reuters
Charles Cuvelliez, Benoit Speybrouck et Jean-Jacques Quisquater

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Un panel de 19 banques a participé à l'enquête, représentative par la taille ou l'activité des banques européennes. On y trouve 2 banques avec des actifs pour moins 30 milliards d'euros, 4 banques avec moins de 100 milliards d'euros d'actifs, 6 banques de moins de 1 trillion d'euros d'actifs et 7 banques avec plus de 1 trillion. On trouve dans ces 19 banques : 10 banques commerciales, 5 banques coopératives, 4 caisses d'épargne.
Ensemble, les coûts pour introduire l'e-euro se monteraient, pour ces 19 banques, à 2 milliards d'euros, en moyenne 110 millions d'euros par banque. Si l'on extrapole à toutes les banques de la zone euro, cela représenterait 18 milliards d'euros. C'est sans doute exagéré : on sait que les banques ne raffolent pas de l'e-euro. On peut les soupçonner de noircir le trait, mais, au-delà des chiffres, cette étude liste les bonnes questions.
A 75 %, les coûts seront de nature technique : l'e-euro nécessitera la mobilisation importante du personnel dans les banques, tous domaines confondus : 46 % des ressources avec les compétences requises seraient immobilisées chaque année pour l'e-euro. C'est autant de personnel au moins pour innover, le temps d'implémenter l'e-euro, à savoir 4 ans. Le trait est sans doute grossi ici aussi
La zone euro comprend de nombreuses solutions de paiement nationales et internationale (par exemple, Bizum, MB Way, girocard et surtout le WERO, présent en France et qui répond aux mêmes besoins que l'e-Euro). Elles se chevauchent souvent et l'euro numérique n'arrangera dit l'EBF. L'e-Euro recherche la souveraineté en matière de paiements, mais personne n'a jamais dit qu'elle ne peut être obtenue par ces solutions du secteur privé.
La couche technique (75 % des coûts) couvre plusieurs domaines clés : adaptation à l'e-Euro des canaux de paiement (applications mobiles, web, cartes physiques), celle de l'infrastructure de point de vente pour l'acceptation des paiements (terminaux, e-commerce), interfaces vers l'E-Euro. La gestion des comptes et la gestion des liquidités doivent être réexaminées pour répondre aux exigences de l'e-Euro.
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L'intégration de l'euro numérique dans les applications mobiles et web existantes est préférable à l'application mobile e-Euro que fournira la BCE. Le coût moyen de la connexion à cette dernière estimé à 3 millions d'euros sans, au fond, offrir aucun avantage fonctionnel de plus. La carte physique e-Euro pour ceux qui n'utilisent pas de mobil e(oui, car il faut en tenir compte, inclusion financière oblige), a un coût estimé pour leur intégration de 6 millions d'euros par banque en moyenne. L'adaptation de l'infrastructure des terminaux en point de vente à l'e-Euro dépendra du nombre de terminaux, de leur externalisation, de qui possède les terminaux. Les coûts estimés vont dès lors de 2,5 millions d'euros à près de 30 millions d'euros, selon la banque. Les coûts moyens de modification des solutions de paiement numériques sur page web et le commerce électronique sont estimés à près de 7 millions d'euros.
Se procurer ou vendre des e-euro nécessitera des modifications importantes de l'infrastructure informatique interne des banques. La mise en œuvre de la fonctionnalité dite waterfall, qui garantit le respect de la limite de détention de 3000 EUR en e-euro, exigera un investissement moyen de 3 à 4 millions d'euros.
N'oublions pas enfin les changements à apporter aux fonctions liées aux risques et à la conformité, comme l'autorisation de paiement, la prévention de la fraude et la gestion des litiges. Ils sont essentiels pour assurer la sécurité et l'efficacité des transactions. Le coût de la mise en place d'un système de gestion de la fraude pour l'euro numérique est estimé à 5 millions d'euros. Les coûts des modifications pour la gestion des litiges en e-euro vont de 1 à 3 millions d'euros.
Plusieurs banques ont planifié leurs propres campagnes de marketing indépendantes, avec le soutien externe de consultants et d'agences spécialisées, ce qui a entraîné des coûts compris entre 10 et 30 millions d'euros, mais d'autres considèrent que le marketing sera entre les mains de la BCE. Il faudra aussi modifier les contrats avec les clients pour y introduire les e-euros, dont coût 5 millions d'euros.
Des ajustements des fonctions de back-office, comme le calcul des frais et les processus de reporting, sont nécessaires puisqu'il y aura de l'e-euro en plus.
Il faudra revoir le support à la clientèle dans l'ensemble des plateformes, comme les centres d'appels et en agences. La mise à jour des bases de connaissances et les procédures internes pour des raisons de conformité, est également nécessaire. Les estimations de coûts pour ces processus varient considérablement en fonction de la taille de la banque et de la structure organisationnelle, la moyenne s'établissant à 6 millions d'euros.
Cela fait trop de millions empilés, c'est clair. Il y a aussi beaucoup de variabilité de chiffres entre banques. Les groupes bancaires décentralisés au sein desquelles les banques individuelles opèrent de manière indépendante ont estimé des coûts nettement plus élevés pour l'e-Euro pour les services qui nécessitent de se coordonner que les banques centralisées.
Ce qui est intéressant dans l'étude de l'EBF est l'énumération de tous les coûts très prosaïques de l'e-Euro vu de la banque qui doit faire tourner sa boutique au contact des clients qui verront l'e-Euro arriver.
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Pour en savoir plus
Digital Euro Cost Study, From concept to implementation: evaluating some economic implications of the digital euro for European retail banks, Juin 2025
Charles Cuvelliez, Benoit Speybrouck et Jean-Jacques Quisquater