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Voici un an, la Banque centrale européenne fêtait ses dix ans en se félicitant, non sans raison, du chemin parcouru. Depuis 1998, l'institution francfortoise n'avait manqué aucun de ses rendez-vous : l'introduction de l'euro, sur les marchés, puis dans les porte-monnaie, la construction d'une politique monétaire crédible, la gestion de deux crises financières et économiques. La mécanique bien huilée semblait partie pour une nouvelle décennie sans raté. Mais au début de l'année, le moteur s'est grippé? de l'intérieur. La grogne est progressivement montée dans les rangs des quelque 1.500 salariés de l'institution présidée par Jean-Claude Trichet. Après avoir sorti une banderole lors de la cérémonie des v?ux de la direction au personnel et manifesté devant l'Eurotower, la tour qui abrite l'institution dans le quartier des affaires de Francfort, le syndicat Ipso s'est résolu à appeler le 3 juin dernier à une grève d'une heure et demie. Selon la direction, 200 personnes ont cessé le travail. Ipso en compte 400. Mais peu importe. Avec cette première grève, le malaise a pris une forme médiatique dont la BCE se serait bien passée. Le casus belli de ce premier conflit social a été la réforme des retraites décidée l'an passé par la direction. Un passage obligé, selon Gertrude Tumpel-Gugerell, membre du directoire en charge notamment des questions de personnel, qui avance deux raisons : l'augmentation de l'espérance de vie et la baisse des taux d'intérêt à long terme qui pèsent sur la rémunération du fonds de retraite. Pour la direction, il était devenu nécessaire de durcir les conditions jusqu'ici très avantageuses de départ anticipé à la retraite (avant 65 ans), mais aussi de réduire le montant des pensions. Une telle réforme était déjà délicate en soi, mais elle est devenue un véritable test pour le dialogue social au sein de la banque. Car, depuis juin 2008, la BCE a signé un « accord de principe » avec Ipso. La direction a reconnu le syndicat et, sur tous les sujets concernant le personnel, s'est engagée à mener des consultations sur toute la durée des projets. Notez bien : il ne s'agit que d'une consultation, pas d'une négociation. Cet accord n'en était pas moins une victoire pour Ipso. Une victoire théorique qui demandait confirmation dans la pratique. La réforme des retraites sera son baptême du feu.Les discussions s'engagent donc et 28 réunions ont lieu. Mais rapidement, le ton monte. Ipso met en cause la base des calculs du plan de la direction, notamment ses projections de taux d'intérêt. La direction ne veut rien entendre. Selon Wolfgang Hermann, le secrétaire général du syndicat, les propositions de modifications émanant des représentants du personnel étaient pour l'essentiel repoussées. Ce n'est évidemment pas l'avis de la direction. Gertrude Tumpel-Gugerell juge que « le projet final a été considérablement modifié par rapport au projet initial ». Le durcissement des conditions de départ en retraite anticipé a ainsi été atténué. Mais pour Ipso, ces discussions ont prouvé que l'accord de principe n'était pas suffisant. « Nous avons compris que, malgré les réunions et les discussions, la direction n'était pas prête à prendre en compte le point de vue des salariés : dès lors, l'escalade était inévitable », résume Wolfgang Hermann. C'est alors que le conflit se noue. Certains diront que l'occasion était trop belle pour le syndicat de s'imposer dans l'institution. Ipso réclame des négociations en bonne et due forme, débouchant sur la signature d'un accord entre direction et syndicat. Une sorte de « Mitbestimmung », comme on dit partout ailleurs à Francfort. Mais cette revendication-là, la direction n'en veut pas. Car, comme le rappelle Gertrude Tumpel-Gugerell, la « BCE évolue dans un cadre européen ». Et d'ajouter : « La direction est d'avis qu'elle doit opérer dans le cadre prévu par ses statuts. » Or, ces derniers précisent que concernant les questions de personnel, le conseil des gouverneurs décide des conditions de travail sur la proposition du directoire. Ce qui signifie que la décision revient au directoire seul et non aux salariés. Introduire officiellement les représentants du personnel dans la prise de décision contreviendrait ainsi au statut de la BCE. Pas question donc d'aller plus loin que l'accord de principe : discuter, oui ; décider, non. Pour Wolfgang Hermann, cette position n'est pas tenable. Selon lui, rien n'empêche le directoire de mettre en ?uvre un cadre de négociation et de porter ensuite l'accord issu de ces négociations devant le conseil des gouverneurs. Mais il le reconnaît : il n'y a aucune volonté de la part de la direction d'aller dans ce sens aujourd'hui. « Il est plus facile de prendre des décisions sans partenaires sociaux, mais c'est aussi plus risqu頻, résume-t-il. La réforme des retraites a alors ouvert un autre débat au sein de la BCE : celui des contre-pouvoirs et des conditions de travail. Car l'institution se trouve dans une situation sans équivalent : elle édicte elle-même les règles auxquelles elle doit se soumettre comme employeur. « Lorsque vous signez un contrat, c'est un chèque en blanc que vous donnez à la direction qui peut redéfinir vos conditions de travail comme elle l'entend », résume Wolfgang Hermann. Cette situation entraînerait, selon le syndicat, un climat lourd fait de crainte et d'injustice. Toutes les décisions deviennent suspectes : augmentations de salaire, nominations, sanctions. Certes, les procédures d'appel devant la Cour de justice européenne, seul recours en cas d'échec des procédures de recours internes, sont rares : trois seulement sont en cours. Mais à quoi bon engager une procédure contre un employeur qui a défini lui-même la législation sociale qu'il se doit de respecter. Tout en niant le caractère arbitraire de la gestion du personnel, Gertrude Tumpel-Gugerell rappelle que « les conditions de travail au sein de la BCE sont attractives ». Elle « souhaite qu'elles le restent » et que « les salariés, dont le travail a été remarquable pendant la crise, puissent travailler dans une atmosphère sereine ». Les salaires bruts moyens, par exemple, oscillent entre 3.600 euros pour une secrétaire et 9.250 euros pour un chef de service. Mais pour Ipso, ces excellentes conditions sont aussi la conséquence de compétences solides qui justifieraient une participation des salariés aux décisions tandis que l'attitude de la direction conduit à une certaine démotivation. « Un vrai gâchis », résume un salarié.En réalité, cette mauvaise humeur trouve aussi sa source dans l'évolution de la banque. Voici dix ans, il y régnait une ambiance de start-up. La construction de l'Union économique et monétaire était une sorte d'aventure et l'on ne comptait pas son engagement. Les effectifs s'accroissaient et tant les promotions que la mobilité en étaient facilitées. Nul n'aurait alors eu l'idée de pester contre l'arbitraire de la direction. Depuis, l'institution a grandi : les effectifs se stabilisent, la mobilité interne est moins forte, même si elle reste prioritaire en cas de poste vacant. Du coup, affirme Wolfgang Hermann, « les salariés ont abandonné le mythe de la maison en construction qui avait dominé au cours des dix dernières années ». Cette crise de croissance a débouché sur une crise de confiance et, pour certains, de motivation. La situation à présent semble difficile à évaluer. La grève a sans doute fait prendre conscience à la direction de la nécessité d'agir. Gertrude Tumpel-Gugerell affirme prendre au sérieux les demandes des salariés et ajoute que Jean-Claude Trichet suit également cette affaire de près. Elle se dit toujours prête à « améliorer le dialogue mutuel » mais « dans le cadre de l'accord que nous avons tous sign頻. Toujours pas de négociations, donc. Ipso, de son côté, prépare la poursuite du mouvement et a déjà envoyé une lettre aux gouverneurs des banques centrales nationales, membres du conseil des gouverneurs. Le bras de fer pourrait encore durer et écorner encore un peu l'image de l'une des plus évidentes réussites de la construction européenne.

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