Quand l'UMP devient partageuse

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Comment qualifier l'état mental d'un client qui achèterait un stock de maillots de bain alors que la mer est gelée ? De deux choses l'une. Ou bien il fait preuve d'une capacité d'anticipation peu commune et parie sur les beaux jours à venir, ou bien il a perdu tout contact avec la réalité. Ainsi le projet de l'UMP, parti majoritaire français, qui veut « distribuer les fruits de la croissance » alors que le monde connaît une crise économique comme il s'en produit une ou deux par siècle. On connaît les motivations politiques d'une telle initiative. La crise a pointé d'incroyables déséquilibres dans les rémunérations et le gouvernement, qui prône volontarisme et retour du politique, se doit d'intervenir. Surtout après les scandales de rémunérations délirantes ? stock-options, retraites chapeau et autre golden parachutes patronaux ? que l'actualité a mis en lumière.Aussi le président de la République a-t-il missionné l'un des meilleurs économistes français, Jean-Philippe Cotis, directeur général de l'Insee, pour établir un constat sur la distribution des revenus en France, qui sera remis à l'Élysée demain. Le rapport Cotis est d'une clarté cristalline : en France, la part des salaires dans la valeur ajoutée n'a pas diminué notablement depuis quinze ans. Inégalités salarialesDeuxième observation, le « grain à moudre » est très maigre. Et il est en partie absorbé par le coût de la protection sociale. Pas de quoi faire la révolution. Mais le rapport Cotis explique que, derrière cette stabilité apparente, les rémunérations les plus confortables ont augmenté bien davantage que la moyenne. C'est au sein des revenus du travail que les inégalités ont progressé, et non pas entre les salaires et les profits.C'est bien là qu'il y a un champ d'action. Champ qui serait normalement du ressort de la fiscalité. Mais, pour des raisons politiques, le gouvernement ne veut pas entendre parler d'une augmentation du taux marginal de l'impôt sur le revenu. Il s'agit de ne pas prendre à revers les électeurs de droite, qui ont déjà dû avaler la taxe RSA. Et l'on souligne, à l'UMP, que le surcroît d'impôt ne serait pas forcément efficace, car les entreprises augmenteraient alors la rémunération des dirigeants.Éric Besson, ministre de l'immigration, et Frédéric Lefèbvre, député UMP des Hauts-de-Seine, ont donc cherché d'autres pistes, pour « faire rentrer des mécanismes plus vertueux à l'intérieur des entreprises », selon le second. Si les partenaires sociaux ne s'entendent pas « avant l'ét頻 pour mettre au point de nouvelles règles de répartition des profits, ces pistes donneront lieu à une proposition de loi. La méthode est désormais habituelle pour encourager patronat et syndicats à se saisir d'un sujet délicat. En langage trivial, c'est la méthode du bâton. Et l'expérience prouve que ce n'est pas inefficace. n

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