Marie-Christine Saragosse redonne de l'élan à TV5 Monde

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TV5 Monde revient de loin. La chaîne francophone secouée et immobilisée depuis 2005 par la volonté, prioritaire, de Jacques Chirac de lancer une chaîne d'information internationale devenue France 24, puis par la réforme de l'audiovisuel extérieur de Nicolas Sarkozy, a vu passer trois dirigeants en trois ans : Jean-Jacques Aillagon, François Bonnemain, et... depuis avril 2008, Marie-Christine Saragosse. Son retour, après deux ans d'absence, marque un redémarrage.Pendant des mois, en préparant sa réforme de l'audiovisuel extérieur sans les informer, la France avait exaspéré les autres pays. La Belgique, la Suisse, le Canada et la province du Québec se partagent 33,3 % de TV5 via leurs radiotélévisions et lui fournissent près du quart de ses programmes, aux côtés de ceux de France Télévisions, et de ses productions propres. Ils n'ont pas apprécié de se voir imposer un PDG, Alain de Pouzilhac, nommé à la présidence du holding, créé mi-avril pour rassembler les participations françaises dans TV5, RFI, et France 24.UNE ADAPTATION " VITALE"Quand le 20 mars, Alain de Pouzilhac croise, à une Journée de la francophonie, Marie-Christine Saragosse, en charge des lycées et centres culturels français à l'étranger, il prend aussitôt rendez-vous. Et c'est sur son nom que la France et ses partenaires, qui l'ont connue avant 2006, trouvent un accord pour dissocier le poste de président et de directeur général, nommé par le conseil d'administration de TV5 pour cinq ans.Il était temps. Pendant que la France s'occupait du Meccano de son audiovisuel extérieur, la numérisation des réseaux câblés ou satellite menaçait la distribution de TV5. Lorsqu'un réseau bascule de l'analogique au numérique, des abonnés se perdent ou la chaîne passe dans une option payante. Or, depuis vingt ans, TV5 a tissé sa toile pour diffuser huit chaînes différentes selon les régions du monde, couvrir 24 fuseaux horaires et atteindre près de 180 millions de foyers. Un plan stratégique sera présenté en novembre prochain à la conférence des ministres des pays partenaires. Comme tous les médias, TV5 doit évoluer vers un média global, sur tous les supports et réseaux. " Mais pour nous cette adaptation est encore plus vitale pour consolider notre distribution ", explique sa Marie-Christine Saragosse.PARTENARIATSInternet, télévision de rattrapage, vidéo à la demande, présence dans les taxis, hôtels, aéroports, etc., sont à la fois des moyens de garder une distribution menacée sur certains réseaux, d'en développer d'autres comme la télévision sur IP, d'atteindre de nouveaux publics, sur les mobiles par exemple, et de proposer des programmes à des cibles variées (enfants, voyageurs, etc.) réparties dans le monde avec des rythmes horaires différents. Mais les développements doivent se faire à budget constant, la France apportant 64 millions d'euros sur les 88 millions du budget de TV5, dont à peine plus de 4 millions de recettes commerciales. À propos des synergies avec RFI et France 24, qui devaient être la clé de voûte de la réforme, Marie-Christine Saragosse résume ce qui reste après l'accord entre les pays partenaires de TV5 : " Ce qui est bon pour TV5 sera mis en oeuvre. " À savoir, une coordination de la distribution internationale, pour que TV5 et France 24 ne soient pas en concurrence pour prendre place sur un réseau, et des études d'audience.Sur l'information, élément essentiel d'une chaîne généraliste qui doit être " réactive ", " nous travaillons déjà avec les correspondants de RFI. Sur l'Euro de football, on a collaboré avec France 24 et la TSR suisse ". Ainsi, du rapport initial sur la réforme de l'audiovisuel extérieur rédigé par l'ex-conseiller à l'Élysée, Georges-Marc Benamou, il reste peu de chose. La marque ombrelle France Monde, qui devait abriter TV5, RFI et France 24 ? Déjà déposée ! Le holding est sobrement baptisé " Audiovisuel extérieur de la France ". Le portail d'information commun ? " Alain de Pouzilhac croit à la valeur des marques. Celle de TV5 a 24 ans, il faut la cultiver ", note la directrice générale de la chaîne, qui prépare, bientôt, le lancement d'un portail Internet TV5 Afrique. Si le multilatéralisme incarné par TV5 a ses contraintes, " celles de l'équilibre des programmes en provenance des différents pays, de la création d'une identité cohérente à partir de ces sources multiples ", elle pense pouvoir compter sur ses chaînes partenaires et leurs émissions pour garder la liberté d'impulser une ligne éditoriale qu'elle souhaite engagée sur le développement durable, la santé, le statut des femmes dans le monde, le handicap.

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