L'Algérie à coeur ouvert

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Il faut d'abord s'arrêter sur le titre du dernier livre d'Akram Belkaïd. Un regard calme sur l'Algérie, c'est mettre cartes sur table, sans colère. Dire d'emblée que l'on veut prendre de la distance, ne pas raviver des passions encore prêtes à s'enflammer. Mais l'ambition de l'auteur est aussi d'ausculter les plaies toujours ouvertes de cette Algérie, de son histoire immédiate (les conflits politiques, militaires ou religieux, les difficultés socio-économiques) comme de son passé pas si simple, notamment la colonisation française. Grand risque donc pour cet Algérien clairement amoureux de ce pays qui l'a vu naître, grandir, étudier et travailler ; pour ce parfait francophone - "la langue française nous appartient aussi", écrit-il - qui vit depuis quelques années en France où il est journaliste (à La Tribune).Dossiers passés au crible. Posture de l'intellectuel donc, pour l'auteur, qui choisit l'écriture limpide sur des sujets complexes. Quand il raconte "C'est un matin de septembre 1982 que j'entre à l'Ecole nationale d'ingénieurs et de techniciens d'Algérie, établissement militaire qui surplombe Bordj El Bahri" et poursuit "c'est un immense campus lumineux où le vent amène régulièrement embruns et fragrances iodées", c'est pour mieux introduire les petits détails qui coincent, ici le parrainage d'Air Algérie, et dénoncer le rôle omniprésent du piston ("Passeport, emploi, bourse à l'étranger, appartement, tout cela nécessite un piston").En usant de l'anecdote, Akram Belkaïd oxygène les vingt chapitres très denses de son livre où les dossiers essentiels sont passés au crible pointu de son analyse. Du "pouvoir" algérien, "boîte noire mafieuse" dont "il faut se débarrasser". Du mal-être, "L'Algérie était une nation en devenir bien avant 1830, et la colonisation n'a été qu'un accélérateur et non un catalyseur indispensable". Du terrorisme islamiste, "Je pense que l'expression "guerre civile" s'impose. [...] C'est rejeter le discours hypocrite du pouvoir." Belkaïd creuse le régionalisme, parle de la situation des femmes, de l'économie, de la religion, des malentendus franco-algériens ou encore de la violence (chapitre très fort). Sa montagne d'arguments met parfois le lecteur dans l'embarras. Comme si l'auteur refusait de choisir dans cet inventaire sans complaisance.Jean-Pierre Bourcier"Un regard calme sur l'Algérie", d'Akram Belkaïd. Seuil, 285 pages, 21 euros.

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