Inquiétant retour de l'inflation au Japon

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La hausse du prix des produits alimentaires en mars au Japon a atteint 2 %. Du jamais vu depuis dix-sept ans. Hausse de la farine, de l'essence, de l'acier, etc. Les étiquettes recommencent à valser avec un entrain inédit depuis la bulle spéculative des années 80. " Les hausses de prix se font sentir au niveau du producteur ou du grossiste. C'est un exemple classique d'inflation venue des coûts " , explique Hiromichi Shirakawa, l'économiste en chef de Crédit Suisse.Pour une économie qui se plaint depuis dix ans d'être en déflation, ce phénomène peut sembler une bonne nouvelle. C'est en tout cas ce qui semble motiver qu'Alain Bokobza, stratège de SG Securities, ait porté la part des actions nippones au top de la surpondération, à 15 % de son allocation de portefeuille. La banque centrale a longtemps appelé de ses voeux une inflation modérée de 2 %. Celle-ci, arguait-elle, aurait le mérite de nettoyer la gigantesque dette publique (180 % du PIB selon l'OCDE), certes sur le dos de ses souscripteurs : " De fait, le gouvernement a déjà commencé à monétiser la dette ", estime Philippe Baudin, en charge des produits dérivés chez SG Securities, qui voit depuis Tokyo les choses un peu différemment que ses collègues en place à Paris.Mais de quoi parle-t-on ? Ces dix années de déflation ont été surtout celles de gains de compétitivité des entreprises. Nissan ne fait plus de voitures non rentables. Uniqlo, le Gap japonais, a écrasé les marges du mille-feuille de la distribution nippone. Softbank a cassé les prix des télécommunications fixes et mobiles. Aujourd'hui, l'inflation ne provient pas d'une hausse de la demande, toujours atone, mais de celle des matières premières. Elle va peser sur les exportateurs, principaux moteurs de la croissance nippone, et en particulier sur l'industrie lourde, friande de pétrole et d'acier. Elle pèsera sur une consommation qui ne progresse plus non plus depuis longtemps.FUITE DES CAPITAUXEnfin et surtout, elle appauvrit plus encore les épargnants japonais. Ceux-ci doivent se contenter de taux zéro depuis dix ans, qui ont anéanti le rendement de leurs livrets. La potion était déjà amère dans un contexte de déflation, où la monnaie se renforce. Mais dans cette nation qui vieillit très vite et dont les retraites sont sinistrées, l'inflation qui ronge l'épargne est insupportable. " La fuite des capitaux va s'accélérer, et le yen continuer de baisser. Les Japonais, qui sont les premiers à acheter du dollar néo-zélandais et du rand sud-africain, sont encouragés par le gouvernement à lâcher leur monnaie " , explique Philippe Baudin.

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