Chine  : les secrets d'une

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La Chine, « pays du capitalisme sauvage » ? Le cliché s'applique sans doute aux secteurs dominés par les PME chinoises. Mais dans les grands secteurs stratégiques, ceux qui font la vraie puissance des pays, la Chine est plutôt le pays du capitalisme ultraorganisé. Non qu'il soit resté l'apanage des grandes entreprises d'État. Elles ne généreraient plus, selon Natixis, que 28 % du PIB, contre 20 % pour les entreprises étrangères, et surtout plus de 51 % pour les entreprises privées. Mais même largement privatisé et ouvert aux étrangers, le capitalisme chinois reste encadré à l'extrême. Mieux que planifié, il est programmé.Au moment où la France enterrait la planification dans les oubliettes des instruments anachroniques, la Chine se hissait au rang des grandes puissances en musclant le fonctionnement de son organe de planification, devenu en 2003 la Commission nationale pour le développement et la réforme, alias la NDRC. Instrument privilégié de la reprise en main centralisé du pouvoir par Hu Jintao, la NDRC joue un rôle tout à fait clé : directement rattachée au Conseil des affaires de l'État, l'organe gouvernemental le plus élevé, la NDRC définit et coordonne la politique économique, fiscale et réglementaire, elle planifie les réformes, définit toutes les priorités stratégiques du pays, donne son approbation à chaque grand projet, et fixe leur tempo. Sans prétendre à une description exhaustive de son fonctionnement, les résultats de cette programmation stratégique méritent que l'on en dégage quelques caractéristiques.1. Adoptée en 2006, la stratégie scientifique et technologique de la Chine s'inspire des évolutions mondiales, et se situe dans un horizon de quinze années, à savoir 2020.2. L'objectif politique encadre tout. À savoir devenir le leader mondial des technologies en 2020, pour que, à cette date, 60 % des technologies utilisées en Chine soient d'origine chinoise. Il s'agit de s'affranchir à terme de la dépendance vis-à-vis de l'étranger, sans pour autant l'exclure aujourd'hui, car demeure la conviction que la Chine a encore besoin de leur technologie et de leur savoir-faire managérial.3. Pour son élaboration, la NDRC a mis en concurrence tous les organismes de recherche du pays dans un système de « check-and-balance ». À savoir, ses propres « think tanks » spécialisés par secteur, ceux de tous les ministères, au contact des groupes étrangers, et tous les organismes d'étude et de veille technologiques dans les universités. C'est au niveau de la NDRC que sont réalisés les arbitrages guidés par l'intérêt supérieur du pays.4. Les think tanks de la NDRC sont composés à la fois d'experts techniques formés à l'étranger et ayant réalisé une partie de leur carrière à l'international et de hauts responsables politiques. En clair, la vision technique et économique de l'expert, nourrie des informations circulant dans le monde, est toujours encadrée par l'horizon politique, et réciproquement.5. La NDRC a aussi défini pour les onze secteurs d'activité plus de 68 politiques prioritaires ultraciblées et répondant aux besoins précis de la Chine, avec une maîtrise technique de haut vol. Elle a prévu que le pays consacrera, en 2020, 2,5 % de son PIB pour financer la recherche (1,5 % actuellement). Et a défini jusqu'aux champs et missions précises de la recherche appliquée comme de la recherche fondamentale, lesquelles sont évaluées tous les cinq ans, à l'aune des objectifs assignés.6. Ce plan est rendu public pour permettre à tous les acteurs publics et privés, et parmi eux aux étrangers, de s'insérer dans les priorités nationales. Le développement des acteurs est alors facilité par des mesures réglementaires et fiscales, mais aussi par l'accès aux financements, les banques publiques répondant aux directives politiques. Tous les moyens sont mis au service de l'objectif politique.7. Alors que les dirigeants des sociétés d'État sont toujours des membres du parti, les entreprises privées dans les grands secteurs sensibles ont un « manager des relations avec le gouvernement », qui assure la bonne exécution des décisions prises au sommet de l'État.S'il est vrai que la stabilité des dirigeants politiques, la force du nationalisme dans un pays multiethnique et la non-convertibilité du yuan, qui donne à la Chine la maîtrise de sa politique monétaire, facilitent la mise en oeuvre des projets de long terme, il faut reconnaître que la Chine a adopté et exécuté avec un zèle stupéfiant cet agenda de Lisbonne que l'Europe a ignoré. nPoint de vue Valérie Segond Éditorialiste à « La Tribune »

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