Le torchon brûle entre le groupe ferroviaire et la RATP

Rien ne va plus entre la SNCF et la RATP. Les deux entreprises publiques sont en opposition frontale à propos de leur filiale commune Systra, spécialisée dans l'ingénierie de transport urbain et ferroviaire. Pour y voir clair, le gouvernement a, selon nos informations, demandé un rapport sur le sujet à Jean-François Bénard, grand connaisseur du monde ferroviaire aujourd'hui à la Cour des Comptes. Le rapport devrait être remis avant l'été, voire dans les prochaines semaines. « La SNCF et la RATP se disent concurrentes. Avoir une ingénierie en commun provoque de l'insatisfaction » explique un observateur. « Les attentes et les besoins des deux compagnies dans leurs conquêtes mondiales ne peuvent pas se synthétiser dans une même entreprise » poursuit une source proche du dossier. Le contentieux ne date pas d'hier. En 2003, les deux groupes, qui détiennent chacun 36 % de Systra, avaient déjà cherché à divorcer. Les pouvoirs publics avaient fait réaliser un audit, puis décidé de ne rien changer. Mais, en 2006, pour évoluer en toute indépendance l'une de l'autre, la SNCF et la RATP ont chacune décidé de créer leur propre filiale d'ingénierie, respectivement Inexia et Xelis. Aujourd'hui, ces sociétés se retrouvent en concurrence à l'étranger, en face souvent d'Egis, elle-même filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). « Il y a un gros malaise sur l'ingénierie : les ingénieries publiques françaises se sont démultipliées et beaucoup trop d'entreprises n'ont pas la taille critique » déplore un expert. « L'État a engendré ses propres créatures qui s'entretuent aujourd'hui. C'est du gaspillage d'énergie et c'est dommage pour la maison France » poursuit-il. Il y a quelques mois, la SNCF, qui s'oppose aussi à la RATP sur le Grand Paris, a voulu rouvrir le dossier. Son objectif : faire de Systra son outil d'ingénierie en lui apportant Inexia, Arep et SNCF International. Elle voulait que la RATP apporte Xelis. Mais la Régie a refusé tout net ce projet qui l'aurait placée en situation d'actionnaire minoritaire. Elle a proposé de faire émerger deux pôles, avec d'un côté l'urbain (80 % de l'activité de Systra) pour la RATP et de l'autre le ferroviaire pour la SNCF. Et se dit prête à trouver des partenaires. Pour pimenter le tout, la CDC aurait indiqué récemment qu'elle pourrait reprendre Systra. « Une autre idée circule : rapprocher Systra de la SNCF et la RATP de la CDC » note un observateur.calmer le jeu Alors que Bercy s'agace de ces bisbilles, le rapport de Jean-François Bénard devra tenter de définir la meilleure solution pour l'ingénierie française. « La nomination d'un rapporteur a servi à calmer le jeu et à ne pas précipiter les choses » indique un proche du dossier. Mais difficile de savoir quelle décision prendra le gouvernement. « L'État sait que dans les grandes batailles mondiales il faut un leader » analyse un expert. « Aucun gouvernement cependant n'a jamais traité ce sujet car Guillaume Pepy, le président de la SNCF, comme Pierre Mongin, à la tête de la RATP, ont des amis partout ». Et l'objectif est de ne pas froisser « ces grands barons, qui ont chacun leurs réseaux politiques ». Une chose est sûre : « le statut quo n'est plus envisageable », tant cette situation gêne et la SNCF et la RATP dans leur développement. Ingrid Seithume

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