Areva et ses salariés tirent la sonnette d'alarme

L'augmentation de capital d'Areva prend des allures d'Arlésienne. Décidée par l'État actionnaire en juin 2009 pour permettre au groupe de financer son plan d'investissement, l'entrée d'investisseurs au tour de table d'Areva semble repoussée au-delà de l'arrêté des comptes semestriels du groupe au 30 juin. « Ce retard va poser des problèmes structurels. La situation devient très sérieuse », déclare Maureen Kearney, secrétaire du Comité de groupe européen d'Areva qui tient une conférence de presse ce mardi à l'Assemblée nationale. « Si l'État ne prend pas de décision, nos concurrents vont en prendre à notre place », estime la représentante des salariés. « Nous craignons de plus en plus la réaction de nos clients et des banquiers », ajoute-t-elle. « L'attentisme de l'État est d'autant plus préoccupant que la vente de la branche T&D, réalisée elle, prive le groupe d'une grande part de ses bénéfices », ajoute Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT d'Areva. Comme souvent chez Areva, les salariés affichent une position que la direction du groupe partage mais ne peut se permettre d'affirmer publiquement. audit des comptesLa tension est montée d'un cran en interne depuis la mise sous surveillance négative, mi avril, de la notation long terme du groupe par l'agence S&P. Peu après, la publication du rapport Roussely sur la filière nucléaire française, posée comme un préalable politique au nouveau tour de table, a été reportée par l'Elysée de « plusieurs semaines ». Initialement prévue fin avril, elle est désormais annoncée « avant l'ét頻. Au même moment, René Ricol, coordinateur pour l'exécution du Grand Emprunt, s'est vu confier par le même État actionnaire un audit des comptes d'Areva. La finalisation des négociations sur la valorisation d'Areva avec les candidats investisseurs - les fonds souverains du Qatar et du Koweit ainsi que le japonais Mitsubishi, qui doivent apporter entre 2,5 et 3 milliards d'euros - est désormais suspendue à ce nouvel audit. « Cela nous handicape aussi sur le marché américain où ces nouveaux partenaires pourraient proposer des financements à nos prospects », soupire-t-on en interne. « Nous sommes dépendants de la patience de S&P », ajoute une autre source. « Nous n'avons pas de problème de liquidité mais nous pourrions avoir un sérieux problème de crédibilité si nous ne pouvons faire face à nos engagements sur le marché obligataire. » Areva a levé 3 milliards d'euros à l'automne 2009. Toute dégradation de sa note de crédit alourdirait considérablement le coût des garanties de bonne fin que le constructeur accorde à ses clients et donc le prix de vente de ses réacteurs. Le préjudice commercial est déjà une réalité, selon certains cadres d'Areva, « Les conclusions du rapport Roussely sont un grand sujet d'inquiétude pour nos clients. Ils se demandent si l'État adhère à la stratégie du groupe et si son périmètre va être maintenu ». Les électriciens allemands RWE et E.ON, gros clients potentiels en Grande-Bretagne, seraient très inquiets de voir leur concurrent EDF se renforcer chez Areva.

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