Gare à la bulle sur le marché des obligations souveraines

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TAUXLes signaux de reprise économique ont beau se multiplier, les obligations d'État, traditionnelles valeurs refuges en temps de crise, continuent de bien se comporter, au point que certains professionnels évoquent la formation d'une bulle en constitution sur ce marché.Malgré le retour à une solide croissance de 2,8 % au troisième trimestre aux États-Unis et le dynamisme de l'économie chinoise, les deux poids lourds mondiaux, le rendement des titres d'État à dix ans américains et allemands, les références sur le marché, se situent nettement en dessous de leur plus-haut annuel de juin. Évoluant en sens inverse des prix, ils ont même atteint un plus-bas depuis début octobre, à respectivement 3,22 % et 3,15 % après la secousse provoquée par les craintes sur la solvabilité de Dubaï. « Actuellement, certains mouvements sont davantage liés à l'aversion plus ou moins élevée au risque des investisseurs, ainsi qu'aux apports de liquidité et aux bas taux d'intérêt, qu'aux fondamentaux du marché obligataire souverain », explique Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. « On peut aujourd'hui parler d'une bulle, mais pas au sens académique du terme, c'est-à-dire d'un net écart de valeur entre le prix de marché et la valeur fondamentale », ajoute-t-il.portage favoriséCes mouvements interviennent en effet dans un contexte où les établissements bancaires ont la possibilité de refinancer leurs achats de titres d'État auprès des banques centrales. Ce qui favorise des opérations de portage, les banques encaissant des rendements certes faibles au regard d'autres classes d'actifs, mais quasiment sans risque.Cette politique, qui devrait se poursuivre pour une « période prolongée » selon l'expression consacrée des banquiers centraux, a contribué ainsi à la formation d'une « petite bulle », selon Thierry Million, responsable de la gestion taux chez Allianz. Les taux des obligations américaines et européennes devraient en conséquence se rapprocher du niveau de 4 % au cours de l'an prochain, notamment en raison du niveau pharaonique des émissions à venir. À lui seul, le Trésor américain devrait émettre pas moins de 2.400 milliards de dollars de dette l'an prochain, d'après la banque Pictet.L' absorption de tels montants ne devrait cependant pas poser de problème, estime René Defossez, économiste chez Natixis. « Il est difficile de parler de bulle dans l'obligataire, ce qui sous-entend qu'elle va exploser, car la demande est là. Le vrai problème est que les politiques accommodantes ne dureront pas éternellement », nuance-t-il. Leur retrait progressif aura notamment pour but de calmer les inquiétudes concernant l'inflation, qui érode la valeur des obligations. « L'inflation ne va pas se matérialiser l'an prochain, mais elle sera l'un des thèmes des dix années à venir », souligne Mickael Benhaim, responsable obligataire chez Pictet. Le retour à la normalité en matière de politique monétaire risque de soustraire un précieux soutien au marché obligataire.

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