La guerre mondiale des contenus est déclarée  !

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Des États-Unis, à Bombay, Pékin, en passant par Tokyo, Rio ou Le Caire, Frédéric Martel a rencontré plus de 1.000 experts ou professionnels pour analyser la montée des nouvelles puissances dans les flux de contenus (cinéma, musique, séries TV, jeux vidéo) que l'auteur préfère appeler industries « créatives » plutôt que « culturelles ». Car la culture dont parle Frédéric Martel n'est pas l'art sanctuarisé pour une élite à l'abri du commerce mais bien « l'entertainement », la « culture de march頻, ce « soft power » qui alimente les imaginaires, influe sur les modes de vie. La position dominante de l'Amérique du Nord, essentiellement des États-Unis, avec 60 % des exportations mondiales, reste pour l'heure incontestée. La moitié de l'ouvrage, la plus fouillée, va à la source, au coeur de la machine américaine à créer des productions « mainstream » (grand public ou tout public), blockbusters de cinéma, comédies musicales au succès mondial comme « le Roi Lion » de Disney.... Frédéric Martel, en 2006, dans son ouvrage « De la culture en Amérique » dévoilait à des Français jaloux d'avoir su maintenir la culture hors des circuits marchands, la richesse de la vie culturelle associative, universitaire de l'Amérique profonde. Cette fois, il a rencontré les représentants des majors d'Hollywood ou des labels de musique de Detroit à Nashville. Conclusion où pointe l'admiration : les majors d'Hollywood, « plus apatrides et moins idéologiques qu'on ne le croit », ont réinventé un capitalisme culturel, qui sait intégrer capitaux et créateurs du monde entier, innovations des campus universitaires et une myriade de travailleurs indépendants, pour finalement produire une « diversité standardisée » à vocation universelle. Mais, dans un monde multipolaire, Madonna fait moins recette en Asie qu'une musique pop panasiatique avec des groupes sud-coréens produits au Japon. Et la censure chinoise sert d'alibi à un protectionnisme sévère envers les films américains. Amit Khanna, PDG de Reliance Entertainment, le groupe indien qui a investi dans le studio Dreamworks de Spielberg, affiche clairement son dessein : « Nous allons affronter Hollywood, pas simplement pour gagner de l'argent mais pour affirmer nos valeurs. » Des valeurs qui au Moyen-Orient aussi justifient une production panarabe de « feuilletons du ramadan ». Dans ce combat, les flux créatifs venus d'une Europe vieillissante, puzzle de cultures où l'élitisme a une meilleure cote que le « mainstream », semblent menacés. Sans parler de pays d'Afrique, d'Amérique latine ou d'Asie, exclus du dialogue culturel mondial. Un tableau qui résume tous les rapports de force de la mondialisation économique. Isabelle Repiton « Mainstream. Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde », de Frédéric Martel. Flammarion (458 pages, 22,50 euros). Notes, bibliographie, index et documents : sur le site Internet www.fredericmartel.com

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