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Ce que nous dit l'affaire Snowden sur la (non) coopération internationale

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Publié le 01 septembre 2013 à 21:02 - Mis à jour le 01 septembre 2013 à 21:02

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Après l\'éclatement de la crise financière mondiale, les grands dirigeants de la planète ont eu à de multiples reprises des paroles lénifiantes. La Grande dépression n\'allait pas se répéter, non seulement en raison d\'une bien meilleure politique monétaire (ce fut effectivement le cas), mais aussi parce que la coopération internationale est mieux institutionnalisée. Pourtant un employé de sous-traitants des services de renseignement américains, Edward Snowden, a monté combien ce discours est loin de la réalité. Des périodes prolongées de tension affaiblissent le tissu de la coopération institutionnelle. La crédibilité du FMI et du G20, les deux institutions apparemment les plus dynamiques et efficaces en 2008 et 2009, a été sérieusement éntamée tout au long de la crise.Une autorité qui s\'érodeLes grands pays industriels étant probablement sur le chemin de la reprise - même si elle n\'est pas très marquée - personne ne se préoccupe de l\'état de délitement des mécanismes de coopération. C\'est une erreur ! Il y aura beaucoup d\'autres incendies financiers à travers le monde, mais où sont les pompiers pour les combattre ?Le budget du FMI a augmenté en 2009 et l\'organisation devait être réformée pour donner davantage de poids aux pays émergents. Mais il n\'y a guère eu de progrès dans cette direction.Le Fonds était la pièce maîtresse  du système économique mondial d\'après-guerre. Il a donc joué un rôle essentiel dans la gestion de la crise de la dette des années 1980 et lors de la transition économique post-communiste après 1989. Mais depuis, chaque grande crise économique internationale a érodé son autorité. La crise financière asiatique de 1997-1998 a affaibli son autorité en Asie, beaucoup de pays de la région croyant que les institutions financières américaines exploitaient la crise.Le FMI n\'a plus la coteLa Grande récession qui a éclaté après 2007 a encore ajouté au discrédit du FMI pour trois raisons :- La phase initiale de la crise paraissait être un phénomène américain.- La forte implication du FMI dans la longue crise de l\'euro donnait l\'impression que l\'Europe bénéficiait d\'un traitement privilégié. Ainsi les grands pays émergents n\'ont pas compris pourquoi, du seul fait que le monde était penché sur l\'Europe, une autre Européenne (une Française de surcroît) devait succéder au président directeur général du FMI de l\'époque, Dominique Strauss-Kahn.- Comme lors de la crise asiatique, les relations entre le FMI d\'une part et la Commission européenne et les pays européens d\'autre part se sont tendues, ces derniers lui reprochant d\'avoir par son analyse déstabilisé les marchés. Par ailleurs le FMI n\'a pas beaucoup d\'autres choses à dire, ou à dire de manière plus efficace qu\'il ne le pouvait avant le déclenchement de la crise financière mondiale, sur les grands problèmes qui en sont la cause (le déséquilibre des balances des comptes courants, comment décider des pays devant procéder à un ajustement et comment concilier réformes financières et mesures favorables à la croissance).Le succès de Londres Le G20 a été le grand gagnant de la crise. Les sommets plus anciens (le G7, ou avec la Russie le G8) et les rencontres des ministres des Finances du G7 avaient perdu leur légitimité. Ils rassemblaient les pays à l\'origine des problèmes, étaient dominés par les USA, et les pays européens de taille moyenne y étaient fortement surreprésentés.Par contre le G20 inclut les grands pays émergents et il devait initialement fournir un moyen pour contrôler le FMI. La photo officielle du sommet du G20 qui s\'est tenu à Londres en avril 2009 traduit fort bien la nouvelle atmosphère entourant la transformation de l\'économie mondiale. Cette photo a été abondamment utilisée par la suite lors des sommets les plus réussis.Restaurer la confianceA court terme, le sommet de Londres a freiné la contagion de la crise financière du sud de l\'Europe et donné des moyens supplémentaires à la Banque mondiale pour  financer le commerce international, particulièrement les exportations des pays émergents. Il a également semblé accroître la puissance d\'action et la légitimité au FMI et catalyser des mesures coordonnées de stimulation budgétaire destinées à restaurer la confiance. Mais seuls les plus techniques de ces objectifs (les deux premiers) ont résisté à l\'épreuve du temps. Les sommets suivants n\'ont pas été un succès. L\'idée de mesures coordonnées de stimulation budgétaire est devenue problématique quand il est devenu évident que beaucoup de pays européens ne pouvaient s\'endetter davantage sans s\'engager dans un cycle intenable d\'emprunts de plus en plus coûteux et déstabiliser les marchés.Un sommet discréditéPourtant, aussi limité ait été le succès du sommet de Londres, ce n\'est que lors des révélations de Snowden sur l\'interception des communications que le G20 a été totalement discrédité. Peut-être les dirigeants et leurs équipes étaient-ils naïfs de croire que leurs communications étaient sûres. Après les révélations de Snowden selon lesquelles le gouvernement britannique aurait surveillé les communications des participants, il est difficile d\'imaginer que le climat de confiance des précédents sommets pourra jamais être rétabli. Et avec l\'espionnage apparemment dirigé essentiellement vers les représentants des pays émergents, le fossé s\'est encore creusé entre pays avancés et émergents. En réponse à ces allégations, les dirigeants de la planète sont en partie ignorants et en partie manipulateurs. Ils ont probablement raison de souligner qu\'ils ne savent pas grand chose en matière de surveillance. Il est dans la nature même de programmes complexes de collecte de données que personne n\'en ait véritablement une vue d\'ensemble.Houles à prévoir sur le G20Le manque de transparence qui entoure la collecte et la recherche de données signifie que lorsqu\'un déclencheur d\'alerte livre une information, chacun peut l\'utiliser comme bon lui semble pour donner sa propre explication du comment et du pourquoi. Les révélations qui ont été faites encouragent donc les théories conspirationnistes les plus fantaisistes. Finalement, le sommet de Londres a déjà engendré une déception de grande ampleur concernant le G20. L\'affaire Snowden a dissipé toute illusion quant à la confiance entre les dirigeants - et quant à leurs compétences. Ayant accordé l\'asile à Snowden pour un an, Poutine aura une bombe entre ses mains quand il accueillera le sommet du G20 cette année à Saint Pétersbourg. Traduit de l\'anglais par Patrice Horovitz Harold James est professeur d\'Histoire et d\'Affaires internationales à l\'université de Princeton et professeur d\'Histoire à l\'Institut universitaire européen de Florence. Son dernier livre s\'intitule Making the European Monetary Union. Copyright: Project Syndicate, 2013.www.project-syndicate.org

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