Une addition douloureuse pour le rugby français

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Dans trois semaines peut-être le Top 14 aura fait un mort : Montauban. Parti en Pro D2 pour un trou de 2 millions d'euros qui correspond à presque 20 % de son budget. Et le MTG XV n'est peut-être pas le dernier. Bourgoin ou le Stade français sont menacés dans une moindre mesure pour des déficits équivalents. Avant eux, en 2008, Albi était passé entre les fourches caudines de la Direction nationale d'aide et de contrôle de gestion (DNACG), qui avait prononcé sa rétrogradation. Solidarité des collectivitésAvant d'être entendu par la DNACG, Patrick Vianco, le président de Montauban, prédisait que faire descendre son club reviendrait à « effacer d'un coup de trait le rugby en Tarn-et-Garonne ». À l'annonce de la rétrogradation du MTG XV, il ne pouvait contenir ses larmes : « Les collectivités m'ont promis la solidarité. J'y crois dur comme fer, nous avons trois semaines, Sapiac (le stade : ndlr) est toujours là. » Le rugby français est engagé à marche forcée dans une évolution qui est difficile à suivre pour les clubs les plus fragiles. Les budgets ont explosé. En 1998, le Stade français a été champion de France avec un budget de 5 millions d'euros. Aujourd'hui, le plus faible budget du Top 14 est celui d'Albi avec 8,5 millions d'euros, le plus haut, Toulouse, 21 millions d'euros et encore ce n'est pas une garantie de succès. 400.000 euros de salaireLes salaires aussi ont mangé du lion. Sébastien Chabal touche près de 400.000 euros annuels. Des dépenses qui augmentent, des recettes qui stagnent voire qui baissent, une crise économique qui débarque sur nos rivages, dur pour certains de garder la tête hors de l'eau. Pour que la chute soit moins dure, on délocalise à tout va dans des enceintes plus grandes et plus modernes. Le tableau n'est pas noir partout. Toulouse, Clermont, Toulon, le Racing Métro, ont su inventer ou faire évoluer leurs modèles pour coller à l'époque. Les présidents-joueurs ont laissé la place à des capitaines d'industrie comme Mourad Boudjellal à Toulon ou Jacky Lorenzetti au Racing. Leurs investissements à coups de millions changent les codes. Max Guazzini a été de ceux-là, mais c'était il y a plusieurs années. Alors, cette crise de croissance, cette crise structurelle peut laisser les plus fragiles, ceux avec les plus petits bassins de population, sur le bord de la route. On pourrait arriver à un système de franchises comme dans le sport américain. Création d'un « salary cap »Pour passer l'orage, la Ligue nationale de rugby a prévu trois mesures : la création d'un « salary cap », l'obligation d'avoir un certain nombre de joueurs issus de la formation française et donc ne pas recruter des étrangers chers, ainsi que l'augmentation des pouvoirs de la DNACG. Cette DNACG, assistante sociale des clubs qui leur met des garde-fous pour éviter des trous sans fond. En fait, le rugby français prend de plein fouet ce qui a touché nos voisins anglais, plus libéraux et sans DNACG, en 2009. L'an prochain, c'est prévu, les budgets des clubs du Top 14 seront moins élevés de 5 % à 10 %. Ce frein qu'on impose aux clubs sera-t-il salvateur ou, au contraire, les mettra-t-il en retard dans ce train de la modernisation qu'ils n'ont pas su prendre ? C'est tout l'enjeu du débat.

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