L'Europe mise sur le microcrédit

 |  | 386 mots
Ironie de l'histoire, c'est au moment où le microcrédit connaît, au Sud, sa plus grave crise de croissance, que Bruxelles se mobilise pour favoriser son développement dans les 27 pays de l'Union européenne. Opérationnel depuis la fin 2010 et doté de 200 millions d'euros (à parts égales entre la Commission et la BEI), le fonds « Progress » permet de garantir les portefeuilles de crédit des institutions de microfinance (IMF) ou de les financer (crédits, prises de participation). De quoi accorder jusqu'à 500 millions d'euros de microcrédits ou 46.000 prêts supplémentaires d'ici à 2020, espère la Commission. Par ailleurs, plusieurs pays ont adapté leur cadre réglementaire afin de développer le microcrédit. En France, une disposition de la loi Lagarde de 2010 sur la réforme du crédit à la consommation autorise les associations de microcrédit à collecter des fonds auprès des particuliers. Depuis 2001, un aménagement de la loi bancaire leur permettait déjà de prêter des fonds empruntés auprès des banques. Lesquelles, soucieuses de redorer leur image auprès du grand public, semblent vouloir s'y mettre aussi. En octobre dernier, elles faisaient ainsi état d'une progression du nombre de microcrédits personnels (en tout, seulement 4.000) de 56 % au premier semestre 2010. Encore confidentiel au Nord, le microcrédit paye le prix de son développement ultra-rapide dans le Sud et en particulier en Inde. Après le malaise suscité par l'introduction en Bourse de SKS, puis le scandale des suicides de paysans surendettés en Andhra Pradesh (Inde), le secteur sera obligé de répondre à plusieurs questions. La microfinance est-elle compatible avec une logique lucrative ? Si non, comment assurer la pérennité des IMF ? Le prix Nobel de la paix, Mohammad Yunus, estimait récemment dans la presse qu'il fallait « mettre de l'ordre » dans le secteur, par exemple en imposant un code de bonne conduite aux IMF. Pour lui, « il faut aussi mettre en place une limite sur les taux d'intérêt pratiqués. Le bon niveau serait d'ajouter 10 % au coût de la ressource, afin de couvrir les frais de fonctionnement, ce qui représente des taux autour de 20 %. À ce niveau, tout le monde est gagnant », déclarait alors le fondateur de la Grameen Bank. Reste à savoir si les institutions de microfinance l'entendent de cette oreille. S. R.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :