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Le "coup de balai" de Mélenchon : et si la France revivait un autre 5 mai 1789

La Tribune

Publié le 05 mai 2013 à 21:05 - Mis à jour le 05 mai 2013 à 21:05

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

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Ce 5 mai 1789, la France est un pays en crise. Une crise si profonde que le roi LouisXVI s\'est décidé à ouvrir l\'assemblée des états généraux, réunion des trois ordres du royaume, pour la première fois depuis 1614. Certes, la France est un pays riche et influent. Sa population est, de loin, la plus importante d\'Europe et sa culture rayonne sur tout le continent.Pourtant, la France va malLes finances du royaume sont à l\'agonie. Depuis plus d\'un an, l\'État ne paie ses créanciers qu\'au compte-gouttes. Il ne survit que d\'expédients. Certes, une série de mauvaises récoltes pèse sur les rentrées fiscales, mais le problème est surtout structurel : un système fiscal inefficient et plombé par les nombreuses exemptions dont disposent les nobles et les ecclésiastiques. Quant au budget, il est fort mal géré. On dépense inconsidérément, comme lors de la guerre d\'indépendance américaine, qui n\'a apporté que du prestige.Face à cette situation, le jeune roi, sur lequel se fondaient de grands espoirs, ne semble guère à la hauteur. Malgré l\'étendue de son pouvoir et son libéralisme (il rend en 1787 des droits aux protestants), il a surtout fait preuve de faiblesse. En 1776, il renvoie Turgot, son ministre des Finances, effrayé par son vaste plan de réforme : abolir les privilèges et fonder l\'impôt sur le consentement des propriétaires. Ce recul en inaugure d\'autres. En 1781, le banquier genevois Necker, qui veut réduire les dépenses de la cour, est aussi remercié. En 1787, c\'est Calonne, qui entend reprendre le plan de Turgot, qui est chassé. La faiblesse du roi alimente la résistance des privilégiés à la cour et dans les parlements. Mais à la fin de 1788, la situation financière est si critique que Louis XVI doit envoyer un message fort aux créanciers : il convoque les états généraux et rappelle Necker.En réalité, la France pense peu à ses financesEngoncé dans des structures politiques et sociales médiévales, le pays est travaillé par l\'esprit du temps, par un désir de liberté et d\'égalité. Rien ne laisse cependant présager une explosion. Les cahiers de doléances rédigés pour les députés sont pleins de respect pour le monarque. On accuse plus l\'entourage du roi, notamment la reine. Mais l\'arbitraire royal, celui des hobereaux locaux et l\'ensemble des privilèges sont de moins en moins supportables. Le peuple est si excédé qu\'il a défendu contre le pouvoir royal la fronde des parlements, pourtant peu favorables à ses intérêts. La colère explose encore occasionnellement, comme à Vizille en 1788. Mais ce qui inquiète le pouvoir, c\'est surtout le mécontentement de la bourgeoisie, classe montante sur laquelle pèse l\'essentiel des impôts et qui est travaillée par l\'esprit des Lumières. C\'est elle que représente le tiers état, celui qui, pour reprendre les mots de l\'abbé Sieyès dans un pamphlet qu\'il a publié en janvier, « n\'est rien », mais « cherche à devenir quelque chose ». C\'est elle qui veut utiliser les états généraux comme moyen de faire reconnaître ses droits.Ce 5 mai, le peuple est donc encore spectateurTout comme les députés réunis à Versailles. Après une longue cérémonie, le roi dit quelques mots et Necker ne parle que finances. Il n\'y a pas de révolution. Les semaines qui viennent se passent en chicanes sur le mode de vérification des pouvoirs des députés. L\'enjeu est la question du vote par tête ou par ordre, alors que les élus du tiers état sont deux fois plus nombreux. Le 17 juin, ces derniers, devant la mauvaise volonté royale, se proclament « assemblée nationale ». Leur modèle n\'est pas démocratique, il s\'agit surtout de faire décider de l\'impôt par celui qui le paie et d\'empêcher une ruine des rentiers par une banqueroute de l\'État. On ne veut guère mêler le peuple à tout ceci. Mais lorsque le 13 juillet, le roi renvoie Necker, présage d\'une future faillite, et regroupe ses troupes, la bourgeoisie décider d\'utiliser l\'exaspération des Parisiens. L\'arsenal des Invalides est pillé, la Bastille est prise. Le symbole de l\'arbitraire royal tombe. Dans les semaines qui suivent, les campagnes se soulèvent, c\'est la Grande Peur. Le 4 août, la noblesse décide d\'abandonner ses privilèges. Le tiers état a gagné : l\'égalité devant l\'impôt est proclamée, tout comme le caractère sacré de la dette publique. On veut calmer les « passions populaires ». Mais le peuple a découvert son pouvoir, il va désormais l\'utiliser.

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