La présidentielle 2012 à la recherche du temps perdu

À l'heure où le temps redevient un objet d'affrontement idéologique, comme le montre la résurgence du débat sur les 35 heures, prenez quelques instants pour lire « la Dictature de l'urgence », le nouveau livre de Gilles Finchelstein. Il s'adresse d'abord bien sûr à tous ceux qui, harassés par les courriels TTU en retard, par le « fast » qui domine tout, de la façon de se nourrir ou de se vêtir à celle de se divertir ou de s'informer, voire même d'aimer, se sentent oppressés par l'urgence. Directeur des études d'Euro RSCG, il s'inscrit ainsi dans la veine du livre à succès de Jean-Louis Servan-Schreiber (« Trop vite ! Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme », Albin Michel) et fait le même constat, pour le pire plus que pour le meilleur, d'une accélération exponentielle du temps au cours des vingt et surtout des dix dernières années. Les causes en sont diverses. Gilles Finchelstein en propose trois lectures. Technique avec la loi de Moore (l'un des cofondateurs d'Intel, selon qui la puissance des microprocesseurs doublerait tous les dix-huit mois) et notre plongée sans filet dans le monde numérique, qui ont accéléré de façon visible le temps technologique. Une vision politique aussi avec la mondialisation qui a changé le travail. Dans « The Great Doubling », Richard Freeman a montré l'impact sur la productivité d'un monde dont la réserve de main-d'oeuvre a brutalement doublé, à 3 milliards d'hommes ! Les évolutions récentes de la finance (à l'exemple du fameux « high frequency trading », la négociation d'actions à la nanoseconde), a encore amplifié notre abandon à la vitesse pour la vitesse.La lecture morale est plus discutable. « Et si l'urgent trouvait sa source dans l'argent ? » s'interroge l'ancien conseiller et plume de Dominique Strauss-Kahn, également directeur général du « think tank » socialiste Jean Jaurès. « Quel est le lien entre l'accumulation de l'argent par quelques-uns et l'accélération du temps pour tous ? » demande-t-il. Le triomphe de la cupidité a-t-il placé toute la société sous une pression telle qu'il faudrait une nouvelle révolution pour la libérer ?Internet, la mondialisation, l'argent : et si finalement c'était l'interaction des trois phénomènes en même temps qui provoquait le profond désarroi qui nous saisit face à l'urgence des temps. Mais Gilles Finchelstein ne s'arrête pas là. Son livre se veut aussi une synthèse politique à l'usage de la gauche, elle aussi en plein désarroi dans la guerre des chefs. Car il y a finalement trois moyens de sortir de la dictature de l'urgence, explique-t-il. On peut vouloir freiner, c'est l'idée du « Slow Movement », qui inspire les partisans de la décroissance. On peut vouloir répondre à la vitesse par la vitesse. Pour Finchelstein, c'est le choix qu'a fait Nicolas Sarkozy : « Par son action, sa communication, sa rhétorique, sa méthode, sa politique, il cherche à saturer l'espace et comprimer le temps. » La multiplication des lois réactionnelles en est la marque de fabrique.On peut enfin, et c'est bien là que l'auteur a voulu nous mener dans ce voyage au pays de l'urgence, « redonner de la profondeur au temps », lui donner du sens. Selon lui, ce doit être l'ambition du candidat de la gauche, qui devra être en 2012 « celui du temps long », là où Nicolas Sarkozy apparaîtrait comme « le président de l'urgence et de l'instant ». Postulat un peu « téléphoné », d'autant que la gauche ne sera pas elle-même exempte de contradictions en 2012. Comment en effet projeter le pays à vingt ans, là où cinq ans de crise auront donné, en tout cas à gauche, le sentiment d'une « urgence sociale » à laquelle il faudra répondre à court terme ? On peut lire, quoi qu'il en soit, ici en filigrane quelques éléments possibles de la campagne (encore virtuelle) de DSK pour 2012. Et, n'en déplaise à Manuel Valls, l'affrontement gauche-droite portera moins sur le temps de travail que sur les conditions de travail, prédit Gilles Finchelstein qui propose de prendre pour slogan le titre du livre de Roger Godino, un autre proche de DSK, « Réenchanter le travail ». Tout un programme !Philippe Mabille

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