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Situer l'origine du Centre Pompidou-Metz revient à faire un bond de dix ans en arrière. Depuis la première rencontre entre Jean-Jacques Aillagon, alors président du musée national d'Art moderne, et le maire messin de l'époque, Jean-Marie Rausch en 2000, six ministres de la Culture se seront succédé, 70 millions d'euros auront été investis dans un bâtiment qui aura réclamé l'expertise de cinq bureaux d'études techniques. Aujourd'hui, le résultat est enfin là et paraît vouloir tenir toutes ses promesses.Au départ, il y a un modèle. Celui du musée Guggenheim de Bilbao, pièce centrale d'un projet de rénovation urbaine qui a permis d'offrir une seconde vie à une ville qui, comme Metz, s'était laissé enliser par un lourd passé industriel. Certes, crise oblige, les projets architecturaux qui devaient accompagner l'implantation du musée messin dans le quartier de l'Amphithéâtre ont pris du retard. Mais la dynamique est toujours là. Surtout grâce à sa situation géographique, la ville pourra aussi bien compter sur les visiteurs parisiens (82 minutes en TGV) que sur les voyageurs du Luxembourg, de Belgique ou d'Allemagne. Laurent Le Bon, directeur des lieux, espère 200.000 visiteurs par an. Un chiffre plus qu'honorable pour cette toute première expérience de décentralisation d'une institution culturelle nationale (avant l'antenne du Louvre attendue à Lens pour 2012). Comme le musée du Pays basque espagnol, le Centre Pompidou-Metz dévoile une architecture résolument audacieuse. Signé du Japonais Shigeru Ban et du Français Jean de Gastines, l'édifice vaut à lui seul le détour, bâtiment complexe équipé d'une charpente de bois composée de pas moins de 18 km de poutres. Le tout recouvert par une membrane ondulante aussi aérienne que sensuelle percée d'une flèche métallique qui côtoie les cieux à 77 mètres de hauteur.La structure abrite une surface de plus de 10.000 m2 dont la moitié est consacrée aux espaces d'exposition. Suivant l'esprit du grand frère parisien, s'y déploient un auditorium, une salle de spectacle, une librairie, un café et un restaurant. Avec un budget annuel de 10 millions d'euros, entre trois et six expositions seront programmées chaque année au sein des quatre espaces modulables (une nef principale et trois galeries). Déjà prévus : un accrochage autour du thème du labyrinthe, un autre sur la vue aérienne ou encore une réflexion sur l'année 1917 qui voyait, en pleine guerre, des artistes comme Braque, Léger ou Picasso révolutionner l'art.Mais jusqu'à l'été 2011, les quatre espaces sont réquisitionnés pour un unique événement qui questionnera la notion de « chefs-d'oeuvre » du Moyen Âge à nos jours. 780 oeuvres, dont la majorité sont issues de Beaubourg (mais aussi du Louvre, des musées d'Orsay et du Quai Branly), puisque cette antenne n'aura pas de fonds propre. Parmi elles, on retrouve « la Tristesse du roi » de Matisse. Immense collage aussi superbe que symbolique puisque celui-ci, qui marque traditionnellement l'ouverture des collections du musée national à Paris, n'en était presque jamais sorti. Tout comme « Joséphine Baker IV » de Calder ou « Femme à la tête rouge » de Picasso, rarement prêtés. Façon d'affirmer que le Centre Pompidou-Metz n'ira pas seulement piocher dans les réserves mais aura l'honneur d'accueillir certaines des plus belles pièces de la collection. Olivier Le Floc'h
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