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Les enjeux du procès Vivendi

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Publié le 07 janvier 2010 à 22:48 - Mis à jour le 07 janvier 2010 à 22:48

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cite>Vivendi a-t-il subi une crise de trésorerie en 2001-2002 qui aurait été cachée aux marchés ? Telle est l'épineuse question à laquelle doit répondre dans les jours qui viennent un jury populaire, dans le cadre du procès collectif (« class action ») qui se tient depuis octobre à New York. La question est d'importance, car le groupe, s'il est reconnu coupable, pourrait payer plusieurs milliards de dollars de dommages. Face à cette accusation, la ligne de défense du groupe est : « Vivendi n'a pas fait faillite, a toujours eu assez d'argent pour payer ses factures, et l'a toujours fait », pour reprendre les mots de leur avocat, Paul Saunders. Selon lui, le groupe a été victime de la conjonction simultanée d'événements défavorables, une sorte de « tempête du siècle ». D'abord, des événements externes, comme l'éclatement de la bulle Internet, le scandale Enron, les attentats du 11 septembre 2001, et la révélation de la fraude chez Worldcom, qui a « fermé le marché obligataire », alors que Vivendi s'apprêtait à lever 2 milliards d'obligations. Ensuite, une bataille au sein du conseil d'administration sur la stratégie à suivre, puis la démission de Jean-Marie Messier ? « des événements pas du tout secrets, qui étaient dans tous les journaux », a souligné Paul Saunders. En outre, le 25 juin 2002, Barclays a refusé de renouveler un prêt accordé à Vivendi de 750 millions d'euros « tant que M. Messier reste PDG ». Enfin, début juillet, la Bayerische LandesBank est revenue sur un prêt de 1 milliard d'euros qu'elle venait d'accorder à Vivendi.Mais, selon la défense, la principale cause de la crise intervient le 1er juillet 2002 : c'est la dégradation de la note en catégorie spéculative (junk) par Moody's. Jean- René Fourtou s'en plaindra même auprès du président de l'agence de notation. Le nouveau PDG, nommé le 3 juillet 2002, arrive le lendemain matin au siège. Une heure et demie après son arrivée, il reçoit un coup de fil. « Alors qu'il n'avait même pas encore trouvé les toilettes, un jeune homme de Moody's lui annonce que la note va encore être dégradée de deux crans, à moins qu'il ne trouve un crédit de 1 milliard d'euros dans les soixante-douze heures, a raconté Paul Saunders. En cinq jours, M. Fourtou trouvera le milliard. Et cette ligne de crédit ne sera pas utilisée avant fin août, où elle sera tirée puis ensuite redéposée immédiatement à la banque. »En effet, les banques forcent alors Vivendi à tirer sur toutes ses lignes de crédit disponibles, non pour dépenser cet argent, mais pour empocher les taux d'intérêt élevés (à la limite de l'usure, selon Jean-René Fourtou) imposés au groupe.« Quand il reçoit le coup de fil de Moody's, M. Fourtou ne sait pas si Vivendi a besoin ou non de cet argent », a reconnu Paul Saunders. Cela a été corroboré par la déposition en vidéo de Jean-René Fourtou lui-même, présentée en octobre. Avant d'arriver chez Vivendi, « jamais aucun administrateur ne m'avait indiqué qu'il y avait le moindre problème de trésorerie », a-t-il témoigné. Et lors de son premier conseil d'administration, il déclare se donner trois mois pour résoudre les problèmes. « Un discours qui a l'air plutôt ridicule aujourd'hui, et qui montre combien j'étais inconscient de la situation », a-t-il ajouté.Immédiatement après, Goldman Sachs fait un exposé aux administrateurs sur la trésorerie, qui suscite une totale incompréhension chez le nouveau PDG : « Je ne comprenais pas ce qui se passait. Seul un seul administrateur avait l'air de suivre l'exposé de Goldman Sachs, mais peut-être lui-même faisait-il semblant. Mais aucun administrateur ne savait de combien Vivendi avait besoin. »Mais le témoignage de Jean-René Fourtou, de même que celui de l'ex-directeur financier Jacques Espinasse, recueillis tous deux en 2007, se sont avérés à double tranchant. En effet, tous deux ont reconnu sans aucun problème l'existence d'une crise de trésorerie, et ont même révélé qu'elle avait atteint une ampleur insoupçonnée. Jacques Espinasse a ainsi raconté qu'en Californie, une compagnie d'électricité, inquiète de la situation, voulait couper le courant aux studios Universal.Les deux hommes ont ainsi révélé avoir envisagé un dépôt de bilan. « J'ai préparé techniquement une cessation de paiement, a dit Jean-René Fourtou. C'était un très bon moyen de pression auprès des banques, car cela aurait gelé leurs créances pour cinq ou dix ans. » Jacques Espinasse a confirmé : « Par trois fois, Fourtou, Bébéar et moi-même avons menacé de déposer le bilan pour que les banques deviennent raisonnables. C'était une posture de négociation, car les banques avaient beaucoup à perdre si nous déposions le bilan. Mais la menace aurait été mise à exécution si les crédits octroyés ne nous donnaient pas un minimum de marge de man?uvre. » Le problème qui se pose alors est que les banques exigent que toutes les cessions d'actifs servent à rembourser les prêts. « Mais nous serions alors entrés dans une spirale conduisant à la vente de tous les actifs », a expliqué Jacques Espinasse, qui voulait monter au capital de Cegetel pour contrer un rachat par Vodafone. Finalement, les banques accepteront que la vente de 20 % de Vivendi Environnement ne serve pas à rembourser les prêts.Autre révélation : Vivendi n'est pas passé loin d'une mise en faillite par sa propre filiale télécoms, Cegetel. En effet, les trois autres actionnaires de Cegetel (BT, SBC et Vodafone), inquiets de la situation de Vivendi, ont demandé début juin 2002 que la maison mère rembourse immédiatement 720 millions d'euros prêtés par sa filiale. Mais Vivendi a tergiversé, et tenté d'étaler le remboursement jusqu'à fin 2002. Furieux, BT a alors menacé alors de lancer une procédure judiciaire pour que Cegetel force Vivendi à déposer le bilan. Finalement, la menace sera écartée in extremis, et l'argent remboursé le 5 juillet.Les plaignants ont aussi fait témoigner Edgar Bronfman Jr, vice-président du conseil d'administration, qui a attesté n'avoir appris qu'à la fin du printemps 2002 les négociations difficiles avec les agences de notation de fin 2001. En juin 2002, il écrira à un autre administrateur : « La situation financière à fin 2001 était considérablement plus précaire que chacun d'entre nous ne le savait. »Surtout, les plaignants ont ressorti les propres déclarations de Vivendi, qui, lors d'une procédure contre Jean-Marie Messier en 2003, affirma : « Les administrateurs ont réalisé pour la première fois les 24 et 25 juin 2002 que la société faisait face à une grave crise de trésorerie, dont M. Messier ne les avait jamais informés. » Avec ce réquisitoire contre J2M, Vivendi « s'est tiré une balle dans le pied », a estimé le juge Richard Holwell qui préside le procès de la « class action  ».Jamal HenniVivendi a-t-il caché à ses actionnaires une situation de trésorerie plus que tendue ? Telle est l'accusation des plaignants dans le procès de la « class action ». Revue des arguments de part et d'autre à l'approche du verdict.Moody's dégrade la note de la dette en catégorie spéculative.Le scandale Worldcom ferme le marché obligataire.Une banque refuse de renouveler ses crédits, une autre revient sur un crédit accordé.Le PDG Jean-Marie Messier remercié.Un conseil d'administration divisé.

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