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Sarkozy : pourquoi tant de haine ?

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Publié le 07 avril 2011 à 19:26 - Mis à jour le 07 avril 2011 à 19:26

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Il y a une forme de jubilation dans la volonté de Maffesoli de décrypter la hargne que suscite l'actuel président de la République. À un an du rendez-vous de 2012, le sociologue de la postmodernité, penseur iconoclaste, prend un plaisir certain à se payer à la fois ceux qui font profession d'anti-sarkozysme parfois primaire, et l'intéressé lui-même dont il dresse un portrait sans concession.Rien, du péché originel du Fouquet's, des vacances sur le yacht de Bolloréeacute;, de l'affichage ostentatoire d'un luxe jugé vulgaire par une certaine bourgeoisie qui pourtant fit son accession au pouvoir, aux aventures sentimentales (Cécilia, le divorce, le remariage avec Carla), en passant par le soutien à son fils (le prince Jean) dans les Hauts-de-Seine, n'est épargné à Nicolas Sarkozy. Mais de cette chronique de la geste présidentielle, Michel Maffesoli tire de toutes autres conclusions que celle que l'on peut lire quotidiennement dans les médias qui dopent leur tirage en tirant à vue sur le président. Pour Maffesoli, si Nicolas Sarkozy suscite une telle hystérie, c'est que par bien des côtés, il nous ressemble trop : par ses tics, ses maladresses de langage, sa réactivité, ses colères, il est humain, trop humain.Certes, la hargne qu'il déclenche s'explique aussi, comme l'avait identifié l'essai destructeur du philosophe Alain Badiou (« De quoi Sarkozy est-il le nom ? »), par le fait qu'il représente, « d'une manière caricaturale », ce dont on a peur, mais dont on pressent que, inéluctablement, « ça arrive ». En cela, Nicolas Sarkozy est bien un président postmoderne, au sens que donne Maffesoli à cette notion : il est étroitement lié au quotidien des gens, vibre de la même émotivité et par son caractère diviseur plus que rassembleur des Français, est bien le symbole de ce morcellement de la France en « tribus », autre notion essentielle de la pensée « postmoderne ».Nicolas Sarkozy devient ainsi l'incarnation des maux de notre temps (société fragmentée, ultra-violente, qui divise et oppose) et des peurs de notre époque : peur de la mondialisation et peur des autres, peur du déclassement et du déclin. Ainsi, la haine contre Sarkozy serait fille de notre propre panique face à ce qu'il faut bien appeler la fin d'un cycle. « On craint moins Sarkozy ?en soi? que comme symbole du monde qui rattrape la France et l'oblige dans la douleur à évoluer. » En somme, il est une bonne « autobiographie du moment ».Mais on aurait tort, selon Maffesoli, de déduire de ses (mauvaises) courbes de popularité que Nicolas Sarkozy a d'ores et déjà perdu toutes chances d'être réélu. En s'intéressant aux faits de tous les jours, des plus anecdotiques aux plus essentiels, il conserve une forte audience, parce que ce qu'il dit et fait entre en résonance avec le peuple. Que ce soit dans la haine ou dans l'admiration, il demeure présent dans les conversations de tous les jours. En langage tactique « sarkozien », il occupe le terrain et reste un bon fonds de commerce politique.Incontournable pour 2012 ? En jouant des « deux corps du roi » (tels que décryptés par l'historien Kantorowicz), le corps naturel, que l'on pouvait maudire, et le corps surnaturel, qui reste « intouchable », sacré, « on peut dire que le corps politique du président Sarkozy perdure lui aussi, intact, au-delà des attaques dont il est l'objet », écrit Maffesoli.Alors, bien sûr, il y a du tragique chez Sarkozy, qui en fait presque un personnage de roman ; il y a aussi du démoniaque : il est la « figure du diable » dont on ne peut pas prononcer le nom sans hystérie) ; on brocarde sa petite taille (comme si François Mitterrand avait été grand, lui qui ne dépassait pas de beaucoup, en centimètres, son lointain successeur !). Sans voir que, au-dessus des talonnettes, Sarkozy a chaussé des bottes de sept lieues et fait changer la France plus profondément qu'elle ne le croit. « Il y a quelque chose de fatal en lui : il est en accord avec le commencement d'un nouveau cycle », incarné aussi par la crise de 2008. La suite, reconnaît Maffesoli, n'est pas écrite : son sort dépendra des différentes tribus qui l'ont élu, et bien élu en 2007 : « De leur engagement, de leur indifférence, de leur rage, va surgir, un certain dimanche (de mai 2012), une inclination du pays. » C'est là que sera finalement tiré le rideau de ces « sarkologies ». Philippe Mabille

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