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Publié le 08 mars 2010 à 22:18 - Mis à jour le 08 mars 2010 à 22:18

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La tempête Xynthia a mis en évidence les risques d'inondations côtières, jusqu'alors peu présents dans le débat public français. Pourtant, ces risques n'ont cessé d'augmenter au cours des dernières décennies, notamment avec la densification des populations sur le littoral. Gérer les risques côtiers est une tâche complexe et il faut se méfier des solutions simples. Si les digues constituent une solution efficace, elles ne doivent pas être la réponse systématique à ce problème. Tout d'abord, le cas de L'Aiguillon-sur-Mer l'illustre tragiquement, le risque de rupture des digues n'est jamais nul et l'inondation par rupture est beaucoup plus dangereuse qu'une inondation normale. Ensuite, les digues, par le sentiment de sécurité qu'elles engendrent, peuvent conduire à une augmentation du risque en encourageant l'urbanisation et en décourageant les comportements de prudence. Enfin, répondre à l'augmentation des risques côtiers par la construction systématique de digues conduirait à une artificialisation massive des côtes, qui poserait de graves problèmes, notamment en termes de biodiversité, de paysage, et d'impact sur les côtes voisines.De la même manière, « ne plus construire en zone inondable » n'est pas une proposition réaliste. Il serait difficile de freiner toutes les activités économiques en refusant tout risque. La question est donc plutôt de distinguer entre les risques acceptables et les risques inacceptables. De plus, La construction en zone à risque est dans certaines régions fortement liée à l'augmentation du prix du sol, elle-même engendrée par la raréfaction du foncier dans des régions où la population augmente et où les nouvelles constructions sont souvent des pavillons individuels. Limiter trop strictement les constructions, c'est donc aussi rendre l'accès au logement plus difficile. Face à la complexité du problème, seul un ensemble de mesures cohérentes permettrait de gérer le risque côtier. Cet ensemble comprendrait bien sûr la construction et le renforcement de digues, notamment dans des zones déjà très densément peuplées. Mais d'autres solutions plus « douces » sont parfois préférables, comme par exemple l'apport de sable pour augmenter la taille des dunes et la préservation, voire la recréation, de zones humides qui absorbent les marées de tempête. Et puisque le risque n'est jamais nul, les protections physiques doivent être complétées par une amélioration des systèmes d'alerte et d'évacuation. Des progrès ont été accomplis avec les cartes de vigilance et la question est plutôt celle des procédures d'évacuation. En parallèle, des systèmes d'assurance doivent mieux aider les populations touchées à reconstruire si une catastrophe se produit. Enfin, l'installation de digues ne doit se concevoir qu'au sein de plans d'occupation des sols répondant aux besoins de logement de la population et délimitant clairement les zones protégées. En effet, tout ne peut pas être protégé. Dans certaines zones, le coût par habitant de la protection est particulièrement élevé. Dans d'autres zones, le niveau de risque reste inacceptable même en présence de protection, notamment parce qu'elles sont situées sous le niveau moyen de la mer. Dans ces cas, et malgré les difficultés, il faudra considérer la possibilité de « retrait stratégique », c'est-à-dire d'abandon planifié, anticipé et organisé des zones trop dangereuses, qui seraient ainsi rendues à la mer. Ces retraits demanderaient une organisation spécifique, pour compenser de manière adéquate les populations expropriées, et de l'anticipation, afin d'éviter de construire ou de reconstruire aujourd'hui dans des zones que l'on évacuera demain.Alors que la France prépare son plan d'adaptation au changement climatique, il faut saisir l'occasion de progresser sur ces sujets, en s'inspirant des exemples étrangers. Ainsi, depuis l'inondation meurtrière de 1953, les Pays-Bas ont développé une approche particulièrement efficace. Cet exemple suggère l'importance des innovations légales et institutionnelles, c'est-à-dire de gouvernance et de financement, plutôt que des actions uniquement techniques. Au lieu de se lancer dans une politique de renforcement des digues, il serait donc préférable d'établir clairement les responsabilités des différents acteurs et de définir de nouvelles politiques de gestion des zones côtières, dont les digues ne seraient qu'un élément. ?Point de vue Stéphane Hallegatte et Valentin Przylusk

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