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Austérité : pourquoi le Portugal persiste, signe...et se trompe

La Tribune

Publié le 08 avril 2013 à 21:03 - Mis à jour le 08 avril 2013 à 21:03

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18 juillet 2026

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Le Portugal s’annonce désormais comme le prochain laboratoire de la crise européenne. La décision de la Cour constitutionnelle du pays de rejeter quatre des neuf mesures d’austérité prévues dans le budget 2013 place en effet le pays à nouveau au centre de tous les regards. Mais surtout, cette crise portugaise traduit une nouvelle phase de la crise européenne. Celle où la crise budgétaire, devenue crise économique, s’est finalement muée en crise politique. Ce qui est en jeu à Lisbonne, c’est la prise en compte des institutions démocratiques du pays et du risque social dans la zone euro en crise. Le Portugal pourrait être une chance pour les dirigeants européens de prouver la bonne volonté affichée lors du dernier sommet de Bruxelles où ils s’étaient dits « pleinement conscients des frustrations, voire du désespoir grandissants de la population. » Chômage à 17,5 % en février 2013De ce point de vue, le Portugal est exemplaire. Rappelons que, début mars, près d’un dixième de la population du pays était descendue dans les rues de la capitale pour protester contre les mesures d’austérité. A 17,5 %, le chômage portugais est le troisième plus élevé de la zone euro. En trois ans, il a progressé de six points. Pour les moins de 25 ans, le taux de chômage dépassait en février les 38 %, soit 11 points de plus que voici trois ans. C’est assez dire le choc social qu’ont vécu les Portugais. Du reste, dans une étude publiée ce lundi, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) souligne combien le Portugal figure, avec Chypre, l’Italie, l’Espagne et la Grèce, parmi les pays ayant connu la plus forte augmentation du risque de conflit social. Bref, il y a au Portugal un risque d’explosion sociale aiguë qui pourrait conduire à un ajustement de la politique économique.La croissance en berneD’autant que la politique de rigueur – une des plus sévères mise en place en Europe – des deux derniers gouvernements portugais, tant de centre-gauche que de centre-droite, n’a pas prouvé encore, malgré les applaudissements de la troïka, son efficacité. Le pays va connaître cette année sa troisième année de contraction du PIB. L’an passé, cette contraction a atteint 3,2 %, elle serait de 1,9 % cette année selon la Commission européenne, mais le gouvernement a dû reconnaître que le recul atteindra 2,2 %, car la situation s’est encore dégradée en fin d’année 2012. La perspective d’un retour à la croissance en 2014 semble bien incertaine. La demande intérieure du pays s’est effondrée de plus de 7 % l’an passé. Une chute vertigineuse que la progression des exportations de 5,6 % sur un an en janvier, tant célébrée par les bailleurs de fonds du pays, ne suffit pas à compenser. Bref, la « dévaluation interne » ne semble pas fonctionner. Du reste, sans même la décision de la Cour constitutionnelle, les objectifs budgétaires de Lisbonne, fondés sur une prévision de croissance de 0,6 % en 2013, semblaient déjà caducs.Une chance à saisir ?La décision du tribunal constitutionnel aurait, par conséquent, pu être une chance pour le Portugal et l’Europe de reconsidérer sa politique et d’écouter les recommandations de l’OIT qui, ce matin, souligne combien est nécessaire une « stratégie de croissance et d’emploi » et combien « les mesures d’austérité n’ont pas traité des causes profondes de la crise ni fait baisser le chômage. » Il eût été possible de tenter de redonner un peu de confiance aux agents économiques portugais en acceptant la mesure des Sages et en assouplissant la politique menée. D’autant que Bruxelles a dû reconnaître récemment que les objectifs fixées précédemment étaient irréalistes et a lâché un peu de lest sur les conditions des prêts accordés en 2010 à Lisbonne et sur les dates de retour à l’équilibre budgétaire. D’autant aussi que chacun convient que la décision du tribunal constitutionnel ne remettait pas fondamentalement en cause « la trajectoire » de la politique budgétaire portugaise. On ne parle ici que de 900 millions d’euros à 1,3 milliard d’euros de mesures sur un total de 5 milliards d’euros de mesure. L’essentiel du plan choc de Lisbonne, l’augmentation considérable de l’impôt sur le revenu pour la classe moyenne de 35 % à 45 % a été validé par le tribunal.Persévérer dans la rigueurCe serait assez pour beaucoup. Mais pas pour Bruxelles et le gouvernement lisboète. Le premier ministre lusitanien, Pedro Passos Coelho s’est empressé d’annoncer qu’il remplacerait ces mesures par des réductions de dépenses publiques dans des domaines aussi sensibles que les aides sociales, la santé ou l’éducation. « Nous n’hésiterons pas », avait-il prévenu. La priorité du premier ministre portugais est en réalité claire depuis longtemps : il veut faire de son pays un « modèle », une « Irlande bis » et le sortir de l’infâme club des « pays du sud. » Et pour cela, l’essentiel n’est pas la croissance ou l’emploi, l’essentiel, c’est le retour sur les marchés. Pedro Passos Coelho veut être le dirigeant portugais qui trouvera preneur pour une obligation à 10 ans du pays. C’est son obsession, il ne cesse de placer cet objectif en évidence depuis plusieurs mois. Or, il pense – comme les Européens – que seule l’austérité est en mesure de rassurer les marchés. Il ne va donc pas hésiter à aller plus loin encore dans l’austérité. Il trouve un appui sans nuances de la Commission européenne qui, dès dimanche, a mis en garde le Portugal sur « le respect de ses engagements. » Le risque, c’est de voir la troïka ne pas remettre au pays les deux prochains milliards d’euros du plan d’aide. L’invitation à remplacer euro pour euro les mesures censurées est évidente.Le spectre de « l’aléa moral »En réalité, ne pas remplacer ces mesures ne serait pas un désastre pour le Portugal. Ce serait même un message positif envoyé à une population qui en aurait bien besoin. La troïka ne prendrait certainement pas le risque de couper les vivres à Lisbonne, et donc de sortir le pays de la zone euro pour un manque d’un milliard d’euros dans son plan de rigueur. Mais le symbole serait trop fort : il signifierait que l’on peut assouplir sans danger l’austérité. Il relancerait, dans les pays du nord, le débat sur « l’aléa moral », sur la vraie volonté des pays du sud de « se redresser » et, in fine, il retarderait sans doute le retour sur les marchés du pays. Retour qui, soit dit en passant, n’est pas urgent dans l’immédiat et qui ne sera définitif que lorsque le potentiel de croissance du pays sera reconstruit. Ce n’est certainement pas en détruisant les systèmes de santé et d’éducation que l’on parviendra à ce but. Mais l’Europe ne veut pas, malgré l’échec patent de sa recette, remettre en cause sa stratégie. Et Wolfgang Schäuble a, sans surprise, ce lundi, redit combien « le Portugal est en bonne voie pour retrouver l’accès aux marchés. » Un imprimatur allemand au nouveau plan du gouvernement de Lisbonne.

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