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Et si l'Europe manquait d'une nouvelle Margaret Thatcher?

La Tribune

Publié le 08 avril 2013 à 21:03 - Mis à jour le 08 avril 2013 à 21:03

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le décès de Margaret Thatcher relancera sans doute la controverse sur les méfaits supposés ou les bienfaits espérés du « libéralisme. » A l\'heure où l\'Europe subit une vague d\'austérité sans précédent et tente de réduire à tout prix la dette publique, ce débat est inévitable, mais il risque d\'être aussi vain que celui qui oppose depuis des décennies les sectateurs de John Maynard Keynes à ceux de Friedrich von Hayek. Car si « l\'ultralibéralisme » avait triomphé avec Margaret Thatcher au Royaume-Uni, avant de se répandre dans le monde entier, comme on l\'entend souvent, il n\'y aurait sans doute pas eu de crise de la dette publique. Et si l\'on n\'avait pas libéralisé les marchés financiers à partir des années 1980 - en grande partie pour faciliter le financement des Etats - on n\'aurait pas connu dans les années 2000 cette financiarisation de l\'économie dont on paye encore aujourd\'hui les conséquences. La réalité est souvent plus complexe que les théories.Un pays au bord de la rupturePourtant, la vraie leçon de la carrière politique de la « dame de fer » est peut-être ailleurs. Elle est dans sa vision de la politique. Une vision qui semble avoir entièrement disparu en Europe aujourd\'hui. Margaret Thatcher a pris les rênes d\'un Royaume-Uni au bord de l\'effondrement politique, économique et moral. Aucune majorité ne s\'était dégagée des deux élections de 1974 : le pays avait dû réclamer l\'aide du FMI, son industrie s\'était délitée beaucoup plus vite que celles des autres puissances européennes. Et dans la foulée de la crise de 1974, l\'hiver 1979, le fameux « Winter of Discontent » avait été marqué par des grèves dures dans tout le pays. Les gouvernements travaillistes qui s\'étaient succédés, ceux de Howard Wilson et James Callaghan, avaient tenté de trouver un compromis entre les contingences d\'un parti très liés aux syndicats et les impératifs économiques. Ils n\'avaient fait que mécontenter tout le monde. Autrement dit, le pays était en perte de confiance, incapable d\'avancer, tétaniser à l\'idée de tout changement. Les politiques, eux, semblaient incapables d\'agir et se contentait la plupart du temps, de gérer l\'urgence par du « wishful thinking ». C\'est le fameux titre du Sun « Crisis ? What Crisis ? », pour commenter une conférence de presse de James Callaghan en plein chaos hivernal.Agir et non seulement parlerLa plus grande réussite de Margaret Thatcher est sans doute d\'avoir redonné aux Britanniques de la confiance en soi, parfois par des moyens plus que contestables sans doute, et sa mort ne doit pas faire oublier celle du républicain irlandais Bobby Sands, mort, lui, de faim dans une prison britannique, les victimes de la guerre des Malouines, pas plus que les souffrances des mineurs qu\'elle a particulièrement maltraités. Mais il faut reconnaître à la dame de fer cette capacité d\'avoir redonné des lettres de noblesse au politique qui, avec elle, l pouvait encore changer la réalité. En vérité, l\'ancien premier ministre de sa majesté ne s\'est pas contenté de subir la crise, elle a agi contre elle. Elle a adapté les structures du pays à sa position réelle : celle d\'un pays ayant décliné depuis la fin de la guerre et n\'ayant plus les moyens de l\'Etat omniprésent des années 1940-60. Peu importe finalement de savoir si son action a réellement été utile, si le Royaume-Uni en a finalement profité, si elle n\'a pas surtout profité de la conjoncture mondiale à partir de 1982 : elle a prouvé qu\'il y avait une alternative au « wishful thinking », à la gestion hasardeuse et au découragement des années 1970.CohérenceL\'autre leçon de Margaret Thatcher, c\'est sa cohérence et sa capacité à agir en accord avec ce qu\'elle promettait. Sa brutalité était sans doute le revers de cette honnêteté. Elle n\'a jamais promis une autre politique que celle qu\'elle avait présentée aux électeurs. Et elle l\'a menée dans toute sa cohérence, jusqu\'à la cruauté même. Mais ceci tranchait avec les allers-retours idéologiques que l\'on a connus, à la même époque sur le continent, lorsque la gauche troquait en catastrophe ses habits keynésiens contre un costume d\'orthodoxie budgétaire et qu\'elle suivait, malgré ses discours, le flot de la libéralisation des marchés financiers. Margaret Thatcher est peut-être la dernière politique européenne à avoir eu cette cohérence idéologique. C\'est sans doute pour cette raison qu\'elle a pu gagner la bataille des urnes à quatre reprises.Des politiques modernes à l\'opposé de la « dame de fer »Avec la chute du mur de Berlin, les politiques ont jugé qu\'il fallait en finir avec la cohérence idéologique, considéré comme une relique soviétique méprisable. Dès lors, les dirigeants politiques n\'avaient plus d\'autres ambitions que la gestion au quotidien des affaires courantes dans l\'intérêt de leur propre reconduite aux affaires. Face à une crise de l\'ampleur de celle que l\'on vit en Europe, ils n\'ont d\'autres réponses que celle de l\'ampleur de la crise elle-même et « l\'absence d\'alternatives » à des politiques imposées par les intérêts électoraux. Angela Merkel, qui, lors de la campagne électorale allemande de 2005, s\'était volontiers présentée comme « la Thatcher allemande », est l\'incarnation de ce nouveau personnel politique. Aussi à l\'aise en coalition avec les Sociaux-démocrates qu\'avec les Libéraux, prête à défendre un retrait accélérée du nucléaire après avoir défendu un allongement de la durée de vie des centrales, la chancelière allemande utilise la puissance de son pays en fonction de ses intérêts électoraux. Elle peut tenir un discours fédéraliste pour complaire à de futurs alliés sociaux-démocrates, tout en prenant garde de défendre avant tout les intérêts des contribuables allemands pour ne pas se couper des cercles conservateurs. On est loin de la cohérence de Margaret Thatcher qui avait refusé l\'euro parce qu\'elle avait saisi que cette monnaie menait au fédéralisme européen. Mais surtout, dans le reste de l\'Europe, le personnel politique semble désormais aussi impuissant que James Callaghan face à la crise. Les dirigeants des pays se contentent souvent de répéter le bréviaire de l\'orthodoxie budgétaire imposé par Berlin, fût-ce au détriment de la réalité, comme au Portugal. Ou bien, ils n\'hésitent pas à chercher des compromis impossibles en faisant des annonces pour « la croissance » en menant une politique d\'austérité qu\'ils ne peuvent combattre au niveau européen, comme, par exemple, les dirigeants français.

La Tribune

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