Hôtels mythiques
La Tribune
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C'est au « Chateau Marmont » que Sofia Coppola vient de tourner son prochain film, « Somewhere », avec Stephen Dorff dans le rôle d'un acteur à succès en pleine crise, résidant chambre 59. Elle est loin d'être la première à avoir posé ses caméras dans ce qui est le plus anticonformiste des palaces hollywoodiens. Avant elle, Gore Vidal y écrivit « Myra Breckinridge » (le film a été réalisé en 1970 avec Mae West). Et papa Coppola faillit bien racheter le tout au mitan des « eighties ». Après la mort de John Belushi en 1983, d'une overdose d'héroïne et de cocaïne dans le pavillon 8, le Château prenait l'eau et périclitait, principalement parce que son sacro-saint principe de haute discrétion avait volé en éclats à cette occasion funeste.La garantie pour les stars de séjourner ici incognito, avec scellés sur leurs frasques diverses, remonte au début des années 1930 quand Albert E. Smith, ex-cofondateur des studios Vitagraph qui lancèrent Rudolph Valentino, rachète cet immeuble d'appartements de luxe sur Sunset Boulevard, bâti sur le modèle du château d'Amboise, qui avait été abandonné, neuf et vide, après le krach de 1929.L'idée de Smith est simple?: décorer les appartements déserts avec les meubles vendus aux enchères des ruinés de la crise, les louer au mois, à la semaine ou à la journée comme un hôtel qui ne serait pas un hôtel et en confier la direction à Ann Little, une ancienne actrice populaire du muet qui connaît son Hollywood sur le bout des doigts. Le succès est immédiat. Les grands studios y logent à résidence acteurs et actrices et très vite les scénarios y remplacent les bibles. Pourtant, le mobilier est hideux, avec faux lambris en Formica et épaisses moquettes orange et marron. Mais les habitués adorent et ne supportent pas qu'on y change quoi que ce soit. Le téléphone marche mal, les messages passent à la trappe, ce qui fait des lieux une planque crapuleuse idéale. Le personnel frise l'insolence. Après une secousse sismique matinale qui jette tous les hôtes au bas du lit, un réceptionniste répond à un client paniqué?: « Vous avez demandé qu'on vous réveille, non?? » Plus proche de la « Famille Addams » que des standards Hilton, l'esprit du Château inspire entre autres Faulkner et les frères Coen pour les décors du film « Barton Fink ».« The Chateau » déborde de ciné-anecdotes?: Billy Wilder préféra dormir dans les toilettes pour dames plutôt que de réserver une chambre dans un autre hôtel?; Greta Garbo rasait les murs sous un faux nom (Harriet Brown)?; Howard Hughes, qui avait racheté les studios RKO dans le seul but de se constituer un harem de stars (Gina Lollobrigida, Jane Russell, Janet Leigh...), en notait les mensurations depuis son « penthouse », transformé en lupanar. Descendue pour sa nouvelle lune de miel après le suicide de son premier mari, Jean Harlow s'arrangea pour faire dormir le frais épousé dans une chambre séparée et se donner du bon temps avec Clark Gable.Rayon rock, les Led Zeppelin firent le tour du lobby en Harley, alors que Jim Morrison plongea dans la piscine depuis son balcon. Quant aux Eagles, ils s'imprégnèrent des lieux pour écrire leur tube « Hotel California ». Vous avez dit mythique?? n? Mardi : Ciragan Palace, à Istanbul
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