« ST sort de cette crise plus fort qu'avant et que ses concurrents »
La Tribune
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STRONG>Comment va STMicroelectronics (ST) aujourd'hui ?ST est le plus bel exemple de réussite industrielle de la construction européenne. On cite toujours Airbus ou EADS mais on ne cite pas assez ST. En vingt ans, ST, issu de la fusion d'une entreprise française et d'une entreprise italienne, était déjà devenu l'un des leaders européens de son secteur avant la crise. Or, l'entreprise a su traverser trois crises consécutives. D'abord, la crise des marchés financiers en 2007 nous a retardés pour restructurer notre activité mémoires avec Intel et Francisco Partners. Puis, nous avons affronté la crise des taux de change qui a vu le dollar s'effondrer face à l'euro. Quand on vend principalement en dollars avec une part importante de ses coûts en euros, l'impact négatif est immédiat et considérable. Enfin, la crise économique, fin 2008, s'est traduite par un ralentissement unique dans l'histoire de la machine industrielle mondiale.Que fait-on en période de crise ?On adopte bien sûr des mesures défensives de réduction des coûts et on doit aussi, malheureusement, rationaliser les capacités de production. Mais il faut également adopter des mesures offensives pour innover et sortir par le haut, notamment investir en R&D (recherche et développement), ce que nous n'avons jamais cessé de faire. Notre ratio de R&D est toujours resté supérieur à 20 % de notre chiffre d'affaires même au plus profond de la crise. Le résultat est là. ST sort de cette crise plus fort qu'avant, et que la plupart de ses concurrents. Nous sommes l'incontestable numéro un européen et nous sommes positionnés parmi les cinq leaders mondiaux. Nous avons en outre une proportion importante de notre R&D et production en Europe.Que représente ST aujourd'hui ?Virtuellement, tous les individus de la planète doivent avoir dans leur poche, leur salon ou leur voiture au moins un circuit conçu et fabriqué par ST : un décodeur pour la télévision, un composant pour carte à puce, téléphone mobile, tablette, ou bien encore airbag de la voiture ou GPS. Une des forces de ST est d'être présent sur quasiment tous les marchés consommateurs d'électronique, et d'y figurer très généralement dans le top 3 mondial. C'est vrai pour la téléphonie mobile, l'automobile et les applications industrielles. Même sur l'électronique grand public où la concurrence est encore plus sévère, nous parvenons à être leader sur certains segments comme les décodeurs TV et dans le trio de tête dans les périphériques informatiques. Nous sommes aussi très bien placés dans la gestion de l'énergie. De plus, l'un de nos atouts est de pouvoir réutiliser nos actifs de production d'un business à l'autre. Cela nous apporte une flexibilité importante.Va-t-on avoir des capteurs partout reliés entre eux par des liens logiciels ?Cela fait longtemps que l'on parle des MEMS, les microsystèmes électromécaniques. Grâce à une innovation permanente depuis plus de dix ans, nous avons réussi à en maîtriser les processus extrêmement complexes de fabrication. L'idée innovante de départ est que le silicium, qui est connu pour ses propriétés électriques uniques, a aussi d'excellentes propriétés mécaniques que l'on peut exploiter. Nous appliquons ainsi, pour produire des circuits « micromécaniques », les mêmes techniques de photogravure que l'on utilise pour fabriquer les circuits « microélectroniques ». Nous détenons 50 % de part de marché des capteurs de mouvements pour les applications portables et grand public comme les consoles de jeux ou les téléphones portables. Parmi les applications intelligentes qui devraient émerger, citons le « lab-on-a-chip », ou « laboratoire sur une puce ». À partir d'une goutte de salive, on est capable d'utiliser le silicium pour trier en temps réel l'ADN et donc de détecter des bactéries ou tout type de pandémie instantanément. On utilise ainsi le silicium pour révéler les propriétés biologiques. Certains pays d'Asie sont particulièrement intéressés par ce genre d'applications.Qu'en est-il de ST-Ericsson ?ST-Ericsson est un des actes fondateurs de la transformation récente de ST. Dans une industrie de la téléphonie mobile où il faut pouvoir investir autour de 1 milliard de dollars par an en R&D pour rester compétitif, l'effet de taille critique est essentiel. Nous l'avons obtenu grâce à l'acquisition de NXP Wireless puis avec la coentreprise avec Ericsson. Cette construction était la première phase. Nous terminons la seconde phase de transition et de redéfinition du portefeuille de produits. L'année en cours est à ce titre importante pour le lancement ces produits.ST produit encore en France. Est-ce que notre pays est encore compétitif pour les entreprises de haute technologie ?ST est un magnifique exemple de ce qu'on peut faire en France, en Italie et en Europe. Malgré trois crises, nous avons amélioré notre compétitivité sur des sites comme Crolles et Rousset qui développent plutôt la finesse de la gravure, et Tours, où l'innovation se concentre davantage sur les nouveaux matériaux. Cela montre que l'on peut garder un haut niveau de compétitivité, à condition d'innover en permanence et de conserver un niveau de recherche et développement élevé. Les pouvoirs publics ont compris les faiblesses du système français et essayent d'y apporter des solutions. À ce titre, le crédit d'impôt recherche est un exemple remarquable.Le crédit d'impôt recherche a été légèrement modifié. Faut-il absolument le conserver ?C'est essentiel.Faut-il modifier les 35 heures ?C'est un mauvais débat. Une des faiblesses de la culture française est de toujours regarder en arrière. Une erreur considérable a été faite voici douze ans. On a réussi à compenser et à s'y adapter plus ou moins depuis. Passons maintenant à autre chose. Rouvrir sans arrêt ce débat, c'est consommer inutilement l'énergie des forces vives de notre pays.La France forme-t-elle suffisamment de bons ingénieurs ?Le modèle français de formation d'ingénieurs reste excellent, un peu élitiste, mais excellent. Je crains toujours une certaine désaffection pour les métiers liés à la technologie. Et une concurrence dommageable des métiers de la finance. Par ailleurs, quand je vois la valeur ajoutée du modèle d'innovation-industrialisation autour du CEA et l'essaimage qui conduit à la création de sociétés créatives, comme Soitec, leader français de matériaux pour puces électroniques, je pense qu'il y a là un modèle intéressant. On devrait l'alimenter un peu plus financièrement. Pas nécessairement pour la phase initiale mais pour les phases de développement.
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