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Bonus des traders?: un nouvel arbitrage capital-travail??

La Tribune

Publié le 09 septembre 2009 à 23:45 - Mis à jour le 09 septembre 2009 à 23:45

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Ces derniers temps, les bonus versés par les banques sont au c?ur du débat public. On entend Martine Aubry demander l'interdiction des bonus, Nicolas Sarkozy leur étalement sur trois ans et l'instauration de malus, comme s'il s'agissait là d'un levier essentiel de la sortie de crise. À tel point qu'on en vient à légiférer dans l'urgence, et dans des directions de type « usine à gaz ». On ne devrait pourtant pas trancher en la matière avec des points de vue uniquement moralistes, sans tenir compte de certaines spécificités du métier de trader. C'est ce que nous allons éviter ici.Tous les soirs, les traders calculent la richesse qu'ils ont créée ou détruite dans la journée. La part de cette richesse qui ne rémunère pas le travail du trader ira aux actionnaires de la banque, alimentant ainsi le fameux « capital ». Une fois réalisé, ce profit n'est plus susceptible d'évoluer. Pour un employé qui sait précisément avoir fait gagner 10 millions d'euros dans l'année à son employeur, il est difficile d'accepter une rémunération qui ne soit pas en juste proportion. L'indexation décalée des rémunérations ne saurait donc être ni juste ni justifiable. Un vendeur de voitures accepterait-il de voir ses commissions de 2007 révisées à la baisse sous prétexte de la chute du marché automobile en 2009?? Par ailleurs, la concurrence pour les bons éléments sur ce marché du travail très restreint est telle que si les bonus et les salaires sont bridés, des modes de compensation déguisés apparaîtront. De ce fait, toute tentative de limiter ces rémunérations de façon simple est vouée à l'échec.Il faut toutefois garantir une certaine stabilité de rémunération aux traders. Comme tout un chacun, ils se nourrissent, payent les traites de leur appartement, etc. Il est donc naturel qu'une part de leur rémunération soit constituée d'un salaire fixe. Un certain niveau de bonus est attendu en cas de performance moyenne. Ce « bonus moyen », ajouté au salaire fixe, constitue la partie récurrente de la rémunération sur laquelle le trader se base pour envisager l'avenir. Si, une année donnée, il se montre moins performant qu'attendu, le bonus sera réduit d'autant? ce qui équivaut à un malus. Certes, on peut être choqué que parfois, les contrats prévoient des limites indues à ce malus ? des bonus garantis ? qui ne sont que du salaire fixe déguisé. Dissuadons ces limitations, mais pourquoi vouloir recréer les malus sous une autre forme, si ce n'est pour un effet d'annonce?? D'un autre côté, la limitation de la rémunération des traders à sa seule composante fixe pose deux problèmes. Le premier est qu'ils seront amenés à se comporter sur les marchés comme étant neutres aux risques, alors qu'ils agissent en tant que représentants d'investisseurs qui en général répugnent aux risques. Le second est qu'ils pourraient, dans certains cas, prendre des risques démesurés, se disant que soit ça marche et ils gagnent (ne serait-ce qu'en prestige), soit ça ne marche pas et leur rémunération reste garantie. Aussi, la part variable de leur rémunération est-elle nécessaire pour prévenir certains excès. Par contre, il pourrait être pertinent de mettre en place des limites progressives à ces bonus, de sorte que, passé un certain seuil, la part des profits distribuée en bonus se réduise de plus en plus, de façon à freiner la course aux risques.Enfin, il est assez cocasse d'entendre les mêmes voix défendre ardemment une revalorisation de la part du travail (des salaires) dans la valeur ajoutée, et s'insurger contre des salaires élevés. En effet, les traders sont, comme les footballeurs, dans une position rare. Ils parviennent, entre fixes confortables et fortes primes, à s'accaparer une part significative des marges dégagées. Cela pourrait être considéré comme un modèle de rapport de force favorable au travail? au détriment du capital. On s'attendrait ainsi à ce que ces statuts exemplaires soient protégés ? par les syndicats notamment ?, alors que tout le monde crie haro sur le baudet? Encore un paradoxe de la crise? npoint de vue François Desmoulins- Lebeault et Bernard GumbEnseignants chercheurs à Grenoble École de management.

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