Europe 2020, une nouvelle ambition collective

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Fini le triomphalisme des années 1990. Fini les déclarations tonitruantes du type de celle de la stratégie de Lisbonne qui affirmait en l'an 2000 que l'Europe serait « l'économie de la connaissance la plus compétitive au monde en l'an 2010 ». La crise est passée par là. L'heure est à la modestie. Aussi Europe 2020, préparée par la Commission et avalisée par les États, vise-t-elle à resserrer les rangs. Y réussira-t-elle?? Tout dépendra de la volonté des responsables politiques des États à qui incombera la mise en oeuvre de la plupart des actions et réformes envisagées.Europe 2020 est plus réaliste et cohérente que la stratégie de Lisbonne à laquelle elle succède et qui comportait des dizaines d'objectifs disparates, sans instaurer de mécanisme de contrôle du respect des engagements pris par les États pour les atteindre. Europe 2020 se concentre sur cinq thématiques - l'emploi, la recherche et l'innovation, le changement climatique et l'énergie, l'éducation et la lutte contre la pauvreté - et prévoit un suivi pouvant aller jusqu'à d'éventuels avertissements politiques aux États en panne de résultats.Toutefois, l'expérience du pacte de stabilité et de croissance nous incite à ne pas nous faire trop d'illusions. Exposées à des sanctions pour déficits excessifs en 2005, l'Allemagne et la France avait obtenu l'accord des autres États membres sur une réforme du pacte de stabilité en assouplissant considérablement les règles (les mêmes règles que l'Allemagne et la France proposent aujourd'hui de durcir). De la même façon, on peut parier que la Commission aura grand mal à adresser des avertissements politiques à des dirigeants nationaux qui n'auront pas pris les mesures - nationales - inscrites parmi les priorités d'Europe 2020.C'est pourquoi, il est temps de se poser la question d'une stratégie qui, autour des mêmes axes que ceux d'Europe 2020, représenterait pour tous les citoyens de l'Europe, et non pas seulement leurs dirigeants, une « ardente obligation » au sens gaullien du terme. Pour ce faire, il faut recréer les conditions d'une fierté européenne. La création d'un espace démocratique, le premier au monde, est une oeuvre en tous points remarquable. Et même si l'idéal démocratique s'exporte de moins en moins facilement, il faut continuer de le revendiquer haut et fort. La mise en place d'un grand marché est également une formidable entreprise. Le marché intérieur lancé en 1993 par Jacques Delors était l'alpha et l'oméga d'une Europe intégrée et solidaire. Son achèvement est tout aussi important qu'à l'époque.Cependant l'Europe traverse une période de frilosité face à cette ouverture des frontières. Cela n'est pas étonnant?: de même que l'euro sans gouvernance économique n'est pas une garantie d'équilibre, de même l'ouverture des frontières sans harmonisation des règles génère-t-elle du dumping entre États.Pour éviter ces effets de dumping?: deux solutions. D'abord reprendre l'objectif d'harmonisation des règles - sociales, fiscales, commerciales - que l'Europe s'était fixé à ses débuts. Il est temps de remettre au goût du jour l'harmonisation de l'impôt sur les sociétés ou encore la création de la société privée européenne pour les PME se déployant sur le marché intérieur. Ensuite surtout, il faut à l'Europe des projets mobilisateurs dotés de suffisamment d'argent?; ce qui n'a pas été le cas pour ITER et Galileo qui ont frôlé la catastrophe. Pourquoi pas, par exemple, un EADS de la construction navale, un consortium européen du véhicule électrique, un plan cancer ou Alzheimer européen ou un schéma européen d'infrastructures de transport et d'énergie?? Le rôle de l'Europe ne peut être seulement d'être le gendarme du libre marché ouvert à la concurrence, c'est aussi d'offrir à ses citoyens la possibilité de se reconnaître dans une ambition collective.

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