Sarkozy-Royal

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Rentrée 2009, Dominique Bussereau est convoqué à l'Élysée. Nicolas Sarkozy n'a aucune intention de lui parler de transports. Ce n'est pas au secrétaire d'État, mais au président du conseil général de la Charente-Maritime qu'il veut « tordre le bras ». Il lui ordonne de se lancer à l'assaut de la région Poitou-Charentes, présidée depuis 2004 par Ségolène Royal.Le chef de l'État ne se fait pas d'illusion. Devant plusieurs responsables de l'UMP, il a reconnu que la région n'était pas « gagnable ». Il propose donc à ce proche de Jean-Pierre Raffarin une mission kamikaze assortie d'une promesse de récompense au lendemain du scrutin de mars prochain. Car Nicolas Sarkozy a une priorité : son adversaire malheureuse de la présidentielle de 2007 doit sortir des régionales affaiblie au maximum. Il est persuadé que Ségolène Royal vise le meilleur score des présidents de régions de gauche sortants. « On va l'arrêter à Poitiers », plaisante un élu UMP qui, pensant à Charles Martel, oublie qu'un pouvoir socialiste a plus récemment choisi la capitale du Poitou pour tenter de stopper l'invasion des magnétoscopes japonais en France. Mais cette sentence martiale témoigne de la puissance de feu que le parti du président compte utiliser pour une offensive jugée cruciale. « Ceux qui pensent que Nicolas sous-estime Royal et s'amuse à la promouvoir comme meilleure adversaire se trompent. Il sait qu'elle est imprévisible, et donc dangereuse. Il a vu qu'elle résiste, et fait même mieux que résister, depuis 2007. Il veut lui barrer la route de 2012 dès que possible », affirme un élu UMP.Voilà pourquoi, depuis quelques semaines, ministres et responsables de la majorité présidentielle se succèdent en Poitou-Charentes. Et voilà pourquoi Jean-Pierre Raffarin a affirmé haut et fort qu'il ferait « tout pour compliquer la tâche de Mme Royal » du Marais poitevin à Cognac, en passant par le département de la Vienne, où l'ancien Premier ministre sera le chef de file de l'UMP.Ségolène Royal ne s'en émeut guère. « C'est bon signe non ? » plaisante-t-elle. Dans une interview au « Parisien », elle voyait même dans la venue de Patrick Devedjian et de Christian Estrosi en Poitou-Charentes un « hommage » à l'action menée dans la région. « Ils disent qu'ils ne vont pas me lâcher ? Ils sont en effet très agressifs », ajoutait-elle.Cette rentrée politique 2009 a un goût de déjà-vu, et surtout un goût de poudre, celle que font chauffer aussi bien Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal. Première à dégainer, la présidente de Poitou-Charentes prend toute la classe politique à contre-pied à la fin août en pulvérisant la taxe carbone au détour d'un discours à l'université d'été du PS, à La Rochelle. D'un ton mutin, elle affirme quelques jours plus tard sur RTL qu'elle serait peut-être « la meilleure candidate écologiste » en 2012, au vu de son bilan en Poitou-Charentes. Mais aussi de sa conviction que ce n'est pas par la « punition », et donc la fiscalité, qu'on va conduire les Français à un changement des mentalités et des comportements en matière environnementale.Nicolas Sarkozy riposte sans tarder. Il a vu dans ce dérapage contrôlé de la présidente de Poitou-Charentes l'occasion d'enfoncer un coin entre les socialistes et les Verts. Le chef de l'État doit présider le 3 septembre une réunion interministérielle sur la taxe carbone. Il décide de recevoir, la veille, la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, et une délégation des écologistes. Puis, une semaine plus tard, habile, il invite à l'Élysée Martine Aubry qui, à la différence de Ségolène Royal, plaide pour l'instauration d'une contribution climat énergie, mais différente de celle préparée par le gouvernement.La tactique gêne François Fillon. Mais Nicolas Sarkozy n'en a cure. Le Premier ministre avait prévu de dévoiler les grandes lignes de la future taxe carbone dans une grande interview de rentrée au « Figaro Magazine », samedi 5 septembre. Ce timing n'est pas compatible avec celui de l'opération de séduction lancée par Nicolas Sarkozy à l'adresse des écologistes. François Fillon sera désavoué sur son chiffrage du futur impôt, avant d'être ? tardivement ? conforté par le chef de l'État.Dans l'éventualité d'un nouveau duel contre Ségolène Royal en 2012, Nicolas Sarkozy connaît son principal handicap : il sera le sortant, comme Valéry Giscard d'Estaing, battu en 1981 par François Mitterrand, qu'il avait vaincu sept ans plus tôt. L'UMP a donc reçu pour mission de réfléchir dès à présent aux propositions que le président pourrait faire aux Français lors d'une nouvelle campagne. Le chef de l'État s'appuie sur une stratégie simple et redoutablement efficace : construire un socle de premier tour le plus large et le plus stable possible.L'UMP, qui s'était ouverte à gauche en 2007 avec l'entrée au gouvernement des transfuges socialistes Éric Besson et Jean-Marie Bockel, a rallié cet été le souverainiste de droite Philippe de Villiers (MPF) et les chasseurs de Frédéric Nihous. Sont aussi courtisés les écologistes indépendants d'Antoine Waechter et même les Verts, comme on l'a vu avec le débat sur la taxe carbone. Les centristes ne sont pas oubliés, avec les appels aux électeurs du Modem qu'effarouche le rapprochement entamé par François Bayrou avec la gauche. Sur le fond, l'UMP n'a pas évolué dans son discours anti-Royal. Frédéric Lefebvre, le « sniper » du parti, continue de mitrailler l'ex-candidate de 2007 à coups de communiqués dès qu'elle prend une position publique. L'objectif est toujours de la faire apparaître comme une personnalité peu fiable et isolée dans son propre camp politique.Du côté de Ségolène Royal, l'heure est à la réorganisation des équipes avec, là encore, la présidentielle en ligne de mire. Jean-Christophe Cambadélis, membre de la direction du PS et proche de Dominique Strauss-Kahn, le grand rival de la présidente de Poitou-Charentes, ne s'y est pas trompé. La semaine dernière, il déclarait que, « bien évidemment, Ségolène Royal est candidate aux primaires » du Parti socialiste. « Elle vient de prendre la présidence de Désirs d'avenir et, quand on prend la présidence d'un courant du Parti socialiste, cela veut dire que l'on se prépare », ajoutait-il.De fait, il y a huit jours, c'est dans une lettre adressée aux membres de Désirs d'avenir que Ségolène Royal a annoncé qu'elle allait assumer « la présidence formelle » du mouvement. Son ami, l'avocat Jean-Pierre Mignard, s'est effacé de la direction pour permettre à l'ex-candidate de trouver une nouvelle tribune. La présidente de Poitou-Charentes a d'ailleurs précisé qu'elle entendait transformer Désirs d'avenir en organisation non gouvernementale (ONG) internationale, suivant ainsi les conseils du président de l'Internationale socialiste, le Grec Georges Papandréou. La deuxième édition de la Fête de la fraternité, le 19 septembre à Montpellier, sera le premier temps fort de cette nouvelle séquence politique. Mais bien des obstacles demeurent sur la route élyséenne de Ségolène Royal. À commencer par ses relations toujours épineuses avec son parti. La trêve signée avec Martine Aubry reste fragile. Nombre des soutiens de la présidente de Poitou-Charentes au congrès de Reims ont pris leurs distances ces derniers mois, notamment Vincent Peillon et Manuel Valls, ce dernier étant même prêt à affronter Ségolène Royal si des primaires sont organisées pour la présidentielle de 2012.Si elle constate que le PS reprend aujourd'hui à son compte les idées qu'elle défendait au congrès de novembre 2008, les primaires, la démocratie participative, le non-cumul des mandats « et même l'ouverture au Modem », la nouvelle présidente de Désirs d'avenir n'a donc d'autre choix que de continuer son parcours en marge des codes traditionnels de la politique. Ce qui lui permet toutes les audaces face à Nicolas Sarkozy, qu'elle veut harceler sans relâche en se présentant plus que jamais comme la première des opposants, l'avocate des faibles et des victimes de la crise. Rien ne dit que cette affiche Royal-Sarkozy sera finalement celle du second tour de la présidentielle de 2012, mais les équipes des deux champions préparent sans fléchir le match retour. n« Il sait qu'elle est imprévisible, et donc dangereuse. Il veut lui barrer la route de 2012 dès que possible. »Ségolène Royal : « Ils disent qu'ils ne vont pas me lâcher ? Ils sont en effet très agressifs. »

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