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Les raffineries, parents pauvres de l'industrie pétrolière

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Publié le 10 février 2011 à 20:27 - Mis à jour le 10 février 2011 à 20:27

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Les bénéfices annoncés ce vendredi par Total seront en hausse sensible mais, une fois de plus, le raffinage devrait peser sur ces résultats. L'an dernier, on s'en souvient, le groupe pétrolier avait mis politiques et syndicats en émoi en confirmant vouloir fermer sa raffinerie de Dunkerque. Une fermeture, finalement autorisée en octobre après des mois de bagarre judiciaire et de grèves, qui devait aider à réduire les surcapacités du raffinage européen. Tout comme celles programmées sur le Vieux Continent par d'autres raffineurs : à Reichstett, en Alsace, par le suisse Petroplus ; à Cremona, en Italie, par le libyen Tamoil ; ou à Hambourg, en Allemagne, par l'anglo-néerlandais Shell.Un an plus tard, néanmoins, les industriels du pétrole tirent à nouveau la sonnette d'alarme. Ils continuent d'évoquer de fortes surcapacités qui laminent leurs marges. Le prérapport sur l'industrie du raffinage, issu de la table ronde organisée l'an dernier par le gouvernement, chiffre à deux ou trois, sur un total de onze, le nombre de raffineries françaises susceptibles de fermer dans les dix à vingt ans à venir.Un cri d'alarme difficile à comprendre pour les automobilistes qui voient grimper un peu plus la facture chaque fois qu'ils font le plein. En un an, pourtant, les prix du pétrole se sont fortement redressés, de 22 % en 2010 pour le baril de brent de la mer du Nord et encore de 9 % en janvier. Or, en 2008, l'envolée du prix du baril s'était accompagnée d'une hausse substantielle des marges brutes de raffinage, portées en Europe à 39 euros la tonne, contre 32 euros l'année précédente et 12 à 17 euros sur la période 1995-1999. Avec la crise, ces marges sont tombées à 15 euros la tonne en 2009. L'an dernier, selon les chiffres dévoilés voilà une semaine par l'Union française des industries pétrolières (Ufip), elles se sont un peu redressées, à 21 euros par tonne en moyenne. Mais en janvier 2011, elles ont lourdement rechuté, à 5 euros par tonne !Comment expliquer ce yo-yo incompréhensible ? Il faut d'abord revenir à la définition de ces fameuses marges. Les pétroliers la calculent en faisant la différence entre les prix de vente des divers produits issus d'une tonne de brut raffiné (essence, gazole, fioul, kérosène) et le coût d'achat de cette même tonne de pétrole. Si les produits raffinés se vendent mal, une hausse du baril en dollars n'entraîne donc pas forcément une amélioration des marges.Inadaptation de nos raffineriesEn Europe, l'envolée actuelle du baril se conjugue à celle de l'euro vis-à-vis du dollar et l'augmentation des prix à la pompe qui en résulte subit souvent un petit effet retard. Même si l'automobiliste a souvent l'impression du contraire ! De plus, les produits issus des raffineries françaises sont mal adaptés à la consommation du pays. En 2010, l'Hexagone a produit 16,9 millions de tonnes de gazole, selon l'Ufip, mais les Français en ont consommé le double ! Pour l'essence, c'est l'inverse. La production française atteint 12,8 millions de tonnes, pour une consommation de 8,2 millions seulement. Qui plus est, le seul produit pétrolier dont la consommation a progressé l'an dernier est justement le gazole (+ 2,1 %), alors que tous les autres ont reculé, de 6,2 % pour le super, de 4,5 % pour le carburant d'avion et de 5,3 % pour le fioul domestique. Enfin les pétroliers peinent un peu plus désormais à exporter leurs surplus. Avant la crise, les États-Unis, beaucoup moins adeptes du diesel que l'Europe, achetaient notre essence excédentaire et nous expédiaient leur gazole. Mais ils ont appris, depuis, à économiser le carburant.L'inadaptation de nos raffineries à la « diesélisation » de notre parc automobile, soulignée depuis des années par les experts, s'aggrave donc. Et les pétroliers rechignent à investir pour modifier leurs raffineries afin de rééquilibrer leurs productions. Surtout, répètent-ils ces derniers temps, avec des marges tombées à 5 euros la tonne et des contraintes environnementales de plus en plus coûteuses.La spirale infernale est donc enclenchée : le manque d'investissements dans les années fastes a rendu les usines françaises inadaptées et fait chuter leur rentabilité. Avec ces marges riquiqui, les pétroliers préfèrent arrêter leurs raffineries. D'autant que des sites flambant neufs vont bientôt démarrer dans nombre de pays d'Asie ou des pourtours de la Méditerranée. Dans des pays où la consommation pétrolière explose. Mais à une portée de navire seulement de nos côtes. Odile Esposito

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