Les zéros de la zone euro

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En mars 2007, les ménages américains font faillite et appellent au secours leurs banques. Dix-huit mois plus tard, en septembre 2008, les banques font faillite et appellent au secours les États. Dix-huit mois plus tard, en mai 2010, ce sont les États qui font faillite et appellent au secours les institutions internationales, Fonds monétaire, banques centrales et Commission européenne. Tout homme sensé, à la vue du plan européen de 750 milliards d'euros, ne peut que se poser les questions suivantes : que se passera-t-il dans dix-huit mois, si les sauveteurs d'aujourd'hui font faillite ? Peut-on régler un problème d'endettement excessif avec un surcroît d'endettement ? La politique qui consiste à creuser un trou pour en boucher un autre a un nom. C'est celle du sapeur Camember, compagnon du sergent Bitur et héros de bande dessinée.Reste une évidence : l'Europe n'avait pas d'autre choix que d'aligner les zéros. Ces milliards promis sont évidemment fictifs, mais cela ne gêne pas les marchés financiers, moutonniers et crédules comme une classe d'écoliers du primaire - ce sont probablement les derniers qui croient au pouvoir des gouvernements, et mieux vaut ne pas les détromper. Avec un peu de chance, le plan d'aide européen permettra d'attendre que la reprise se matérialise sur le Vieux Continent. Déjà, les premières lueurs apparaissent : les exportations allemandes bondissent, la production industrielle française se redresse. Il va se livrer une course de vitesse entre la reprise mondiale et la fatale mécanique des faillites en cascade. Si la première l'emporte, l'Europe gagnera du temps pour réduire ses déficits. Si au contraire c'est la seconde qui prévaut... Mieux vaut que l'homme sensé arrête ici ses spéculations - intellectuelles, cela va sans dire. Car l'Europe aura alors épuisé toutes ses cartouches : plus d'argent, plus de crédit, plus de balivernes à raconter aux investisseurs. Même Jean-Claude Trichet, le gardien du temple branlant de l'union monétaire, sera criblé de dettes. flenglet@latribune.frpar françois lenglet

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