La redoutable corrélation inverse dollar-pétrole

Les marchés ont dû s'habituer depuis le début de la flambée des cours du brut à une nouvelle donne : une corrélation inverse entre le dollar et le pétrole s'est instaurée. Autrement dit, le dollar monte quand le pétrole chute, et inversement. Le coefficient de corrélation s'est même élevé à un record de 95 %. C'est lorsque la grande phase de hausse de l'or noir a culminé à la mi-juillet à plus de 147 dollars le baril, que le billet vert s'est affaissé à son plancher historique de 1,6038 pour 1 euro. Depuis que le pétrole est entré dans une phase de reflux, le dollar remonte spectaculairement la pente, face à toutes les monnaies.Vis-à-vis de l'euro, il affiche une reprise de près de 15 % en moins de deux mois. Hier, alors que le brut s'attaquait à la barre des 100, le dollar tentait de sauter celle de 1,40 pour 1 euro. Il ne s'est arrêté qu'à quelques fractions de ce seuil, montant jusqu'à 1,4012, son plus haut niveau depuis onze mois. Les responsables américains, jusque-là soupçonnés de laisser filer leur monnaie, ont pris la mesure de ce redoutable effet pervers dès le 10 juin.SOUTIEN EXCEPTIONNEL DE LA FEDAlors que le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, réitérait face à un vide sidéral son credo du dollar fort dans l'intérêt des États-Unis et que le billet vert continuait, impassible, à s'enfoncer, il a reçu le soutien très exceptionnel du président de la Réserve fédérale. Ben Bernanke, qui n'est pas censé se mêler de politique de change, prérogative du Trésor, a lancé, à la stupeur des marchés, cette phrase : la baisse du dollar est dangereusement inflationniste. L'Amérique prenait enfin concience que la stabilisation du dollar, qui sert de véhicule à la facturation du pétrole à l'échelle internationale, était la condition sine qua non de l'interruption de l'envol des cours du brut. Depuis, les deux complices ont franchi tacitement une autre étape : ils sont désormais convaincus que la planète, États-Unis compris, se sortira beaucoup mieux de l'ornière économique et financière dans laquelle elle s'enlise avec un dollar plus robuste et un pétrole moins onéreux. C'est un virage majeur de la politique économique de l'oncle Sam.

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