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Publié le 10 septembre 2013 à 21:02 - Mis à jour le 10 septembre 2013 à 21:02

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/>Le modèle industriel d\'une carrière avec un seul et même employeur à vie est en train de mourir. Il ne reviendra pas. Le premier indice était le passage du mariage à vie à un poste vers son équivalent «monogamie en série», où l\'on change de boulot tous les trois ans maximum. L\'étape suivante du changement, qui se déroule déjà de nos jours, c\'est quand les gens ont plus d\'un emploi (ou ce qui équivaut à un emploi) en même temps : c\'est un changement majeur de la société, où les gens vont jongler entre cinq et dix projets à la fois, certains pour le plaisir, certains pour gagner leur vie, parfois pour les deux. J\'ai appelé ça l\'économie émergente de l\'essaim.Plusieurs jobsL\'économie de l\'essaim ne traite pas des détails de notre actualité. Il ne s\'agit pas de parler du bitcoin, de la fraude dans le système bancaire, des échanges de fichiers en pair-à-pair, ou encore du revenu de base. En tout les cas, un par un. Car l\'économie de l\'essaim, ce sont tous ces sujets combinés, et bien davantage encore.Nous voyons déjà comment les gens mettent en place des projets personnels à côté de leur emploi (unique), ainsi que des projets qui de temps en temps vont et viennent dans la vie de quelqu\'un alors qu\'ils changent de travail et de situations personnelles. Grâce au recours croissant à la connectivité, on peut s\'attendre à ce que cette tendance s\'accélère jusqu\'au point où la plupart des gens auront cinq a dix projets en cours, certains rémunérés, d\'autres non, plutôt que d\'avoir un travail «quotidien».Fin de l\'économie industrielleCette évolution - passer d\'un emploi par personne à cinq à dix projets par personne - change fondamentalement plus la société que quelqu\'un qui «fait un extra» ou «ait deux boulots». C\'est une fin précise à l\'économie industrielle. Voici quelques changements que cela implique, tous pouvant déjà être observés ici ou là dans le secteur informatique:La fin des lieux de travail fixes. Les gens travailleront où ils voudront, typiquement depuis des cafés ou autres tiers-lieux. «Aller au bureau» n\'existera plus comme un concept, à l\'exception de quelques services à la personne.La fin des horaires de travail. Les gens ne travailleront plus non seulement d\'où ils veulent, mais aussi quand ils le veulent - ou en concordance avec l\'équipe sur un projet commun. Les fuseaux horaires s\'assureront qu\'il n\'y aura pas d\'horaires de bureaux puisque les gens coopèreront depuis l\'Europe, l\'Amérique du Nord et du Sud, la Chine, l\'Inde, l\'Australie, et ainsi de suite, tous au même moment.Il y a bien plus de conséquences similaires telle que la disparition des «boulots d\'une journée». Cela signifie une décentralisation massive de la prise de décision pour soutenir l\'économie - voilà pourquoi je la nomme économie de l\'essaim. C\'est intéressant de la comparer aux concepts antérieurs.Échec du capitalismeLe capitalisme, quand il fonctionne, est supposé distribuer les ressources de manière optimales grâce à la décentralisation des décisions. Diverses formes de corruption ont détourné des lois et des marchés qui se nomment eux-mêmes capitalistes mais qui concentrent les ressources là où elles sont déjà rassemblées - «rendant le riche plus riche», et faisant du capitalisme un mot détestable - mais dans mon esprit, au moins l\'idée de décision décentralisée résonne fortement avec les idéaux pirates.Toutefois, le modèle capitaliste a échoué à prédire ce qui s\'est déjà produit. Dans un modèle capitaliste, Linux et Wikipédia - 10 000 volontaires qui s\'unissent pour créer un produit de manière bénévole, et où le produit est si incroyablement bon qu\'il dépasse les meilleures alternatives commerciales - n\'arrive simplement pas. Mais ça s\'est déjà produit. C\'est possible dans la pensée de l\'économie de l\'essaim.Encourager la prise de risqueEn même temps, l\'entrepreneuriat est une valeur très forte dans les idéaux pirates. Nous apprenons en faisant et ne demandons par la permission quand nous décidons d\'arranger quelque chose. Nous attendons des gens de prendre des initiatives de leur propre gré s\'ils sont insatisfaits par quelque chose, et nous voulons promouvoir cette prise de risque. Nous savons qu\'une communauté qui ne fait pas que tolérer la prise de risque, mais qui la promeut activement, se révèlera demain parmi les meilleures . Par contraste, une communauté ou une société où les gens ne peuvent pas se permettre de perdre leur position actuelle est une communauté sans entrepreneurs et sans innovation.Cela mène à l\'argument le plus logique pour le Revenu de Base Universel jamais trouvé : la société dans sa globalité bénéficie d\'un environnement favorisant la prise de risque. Et, si vous pouvez proposer un mécanisme où chacun peut tester n\'importe quelle idée idiote de commerce sans risquer de s\'endetter ou de devenir SDF, plus de gens innoveront et prendront des risques… ainsi la société utilisant ce mécanisme aura un avantage compétitif.Revenu pour tousJ\'imagine un Revenu de Base Universel qui remplacerait tous les minima sociaux, un revenu inconditionnel, qui suffirait à la location d\'un T1, dans la banlieue proche d\'une ville qui en vaille la peine, ainsi qu\'aux frais de nourriture et au minimum nécessaire pour démarrer leur nouvelle entreprise. Imaginez un gros bouton rouge de «réinitialisation économique», qui permettrait de repartir à zéro suite à l\'échec du lancement d\'une startup. Vous vous retrouvez dans un studio, à portée de navette d\'une métropole, en conservant l\'équipement nécessaire pour vous lancer sur votre projet suivant, prêt à repartir sur les chapeaux de roue. De plus, rien n\'empêcherait deux ou plusieurs personnes de rassembler leur revenu de base, pour améliorer par exemple leur cadre de vie, etc… En pur bonus, ce combat pour une compétitivité à long terme résoudrait également un certain nombre de problèmes sociaux, tels que celui des sans-abris. (Les lecteurs de Reddit savent que l\'on peut être sans domicile fixe un an ou deux, et se relever, parfois en lançant une société prospère.)Ces mécanismes (la faillite personnelle et la sécurité sociale) existent déjà en substance. Le RBU rendrait plus simples et rapides les processus permettant le retour à la création d\'entreprise. L\'on peut se demander si le Parti Pirate, et si ces observations et tendances sont une politique de gauche ou de droite. Mais c\'est sans intérêt : l\'échiquier gauche-droite est basé sur l\'économie industrielle, or ces idées se basent sur l\'observation que l\'économie industrielle se dissout. Cela n\'a aucun sens d\'essayer de placer les conséquences du système émergent à l\'intérieur du modèle qu\'il remplace et rend obsolète.Syndicats obsolètesMalgré cela, on peut observer que ces idées sont au moins compatibles avec le libre marché capitaliste et avec le socialisme, avec une préférence pour un marché fort et non-régulé et de très forts avantages sociaux. Néanmoins la base de nos convictions ne sont ni le «marché libre» de l\'ère industrielle ni le «modèle social» de l\'ère socialiste : c\'est l\'idéal de «décentralisation des décisions» du logiciel libre associé à l\'idéal de «promotion de la prise de risque et optimisation pour la compétitivité» de l\'open-source. Il se trouve qu\'ils partagent les mêmes champs politiques, mais viennent de convictions entièrement différentes basées sur l\'économie de l\'essaim et non sur l\'économie industrielle.Évidemment, beaucoup d\'intérêts investis résisteront à ce changement. Les syndicats de travailleurs, en particulier, le détesteront malgré le fait qu\'enfin cela «libère le travailleur des menottes du capital», comme ils le diraient dans leur idéologie. La raison pour laquelle les syndicats de travailleurs le combattront bec et ongles, c\'est que ce changement les rendra instantanément obsolètes. Lors des dernières décennies leur propre pouvoir leur est devenu plus important que de parvenir leurs buts. Voyons si les Knut contemporains peuvent ordonner à la marée de ne pas monter...  *Texte traduit par Michel Amorosa, Cédric Levieux, Pouhiou (nom d\'auteur) et Victor Toulouse. Publié par Xavier Gillard sur Politique du Netz.

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